Environ 500 personnes ont installé un campement place de la République jeudi 25 mars. Crédit : Reuters
Environ 500 personnes ont installé un campement place de la République jeudi 25 mars. Crédit : Reuters

Près de 500 migrants à la rue, dont des femmes et des enfants, ont pu être hébergés jeudi soir après avoir occupé pendant plusieurs heures la place de la République, en plein cœur de Paris.

Vers 18h30 jeudi 25 mars, 480 personnes ont installé leurs tentes place de la République, en plein centre de Paris, avec l'aide de plusieurs associations dont Utopia 56, déjà à l'origine d'une précédente initiative similaire.

Cette action a cette fois-ci eu lieu à l'occasion de la "Nuit de la solidarité", opération annuelle de recensement des sans-abri. Des associations, regroupées dans un "collectif réquisitions", ont profité de cette opération pour "demander [un] hébergement immédiat, stable et décent" pour ces exilés, selon leur communiqué conjoint.

Rendre les migrants visibles

"Notre boulot c'est aussi de rendre ces gens visibles", indique à InfoMigrants Yann Manzi, fondateur d'Utopia 56. "On ne veut plus de campements, on veut des logements. Le gouvernement est inconscient de laisser les plus vulnérables d'entre nous dehors, en pleine pandémie", insiste le militant.

Parmi les migrants rassemblés place de la République, se trouvait une vingtaine de familles, hébergées chaque soir par Utopia 56 grâce à son réseau citoyen. Les autres vivent dans les rues du nord parisien "cachés sous des ponts", de peur d'être délogés par la police, précise Yann Manzi. La majorité sont originaires d'Afghanistan et d'Afrique subsaharienne.

Si la plupart sont des demandeurs d'asile, des déboutés ou des dublinés, d'autres en revanche sont des réfugiés statutaires qui ne trouvent pas de toit malgré leur régularisation et sont contraints de vivre dehors, sur les trottoirs parisiens.

Des mises à l'abri dans le calme

C'est le cas de Safai, un Afghan de 24 ans en France depuis 2019. "J'ai obtenu mon statut de réfugié il y a deux semaines mais rien ne se passe", a-t-il expliqué à l'AFP, "je dors parfois dans la rue ou alors je sous-loue un lit quand je peux." "Sans toit, sans sommeil, ma vie est bloquée, j'espère que ce soir on va nous trouver une solution", a ajouté le jeune homme devant sa tente rouge.

Après plusieurs heures de négociations avec les autorités, les associations ont obtenu la mise à l'abri de tous les exilés présents place de la République. Vers minuit, les migrants sont montés dans des bus et ont été orientés vers des hôtels ou des gymnases. À 2 heures du matin, l'opération a pris fin dans le calme. 

"Cette occupation prouve qu'on peut organiser les choses sans violences", constate Yann Manzi, faisant référence à la dernière occupation de la place de la République fin novembre qui avait été évacuée par la force, suscitant une vive émotion jusque dans les rangs du gouvernement.

Les associations envisagent par ailleurs de mettre en place d'autres évènements de ce type en région, et de nouveau à Paris si la situation n'évolue pas dans les prochains mois. "Si autant de personnes se retrouvent encore à la rue à l'avenir, nous réinstallerons une nouvelle fois des tentes place de la République", prévient Romal Safi, un réfugié afghan de 26 ans, membre de l'Association solidarité et culturelle des Afghans à Paris (Asca).

 

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