A Calais, les campements de migrants sont démantelés toutes les 48 heures. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
A Calais, les campements de migrants sont démantelés toutes les 48 heures. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Pour la seule journée de mardi, six campements regroupant quelque 300 migrants ont été démantelés à Calais, sans "aucune mise à l'abri" et alors que les températures ne dépassaient pas les 3 degrés, dénoncent plusieurs associations présentes dans le nord de la France.

Mardi 6 avril, "six opération d'expulsion de grande ampleur se sont déroulées à Calais" entre 15h et 18h "sans aucune mise à l'abri", dénoncent dans un communiqué huit associations d'aide aux migrants dont Human rights observers (HRO) , l'Auberge des migrants et Utopia 56.

Près de 300 exilés ont été expulsés de leur campement de fortune "alors que les températures sont tombées à 3 degrés" dans le nord de la France mardi, pointent les humanitaires. 

"Au moins 126 tentes, 170 bâches et 77 couvertures" ont été récupérées par les policiers. Les associations regrettent que le Plan grand froid n'ait pas été activé par les autorités "laissant ainsi [les migrants] sans protection contre la grêle et la neige".

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Par ailleurs, en raison de l'heure inhabituelle de ces expulsions - dans l'après-midi et non en matinée, comme c'est généralement le cas - de nombreux migrants n'ont pas eu le temps de protéger et récupérer leurs biens, documents d'identité, médicaments, téléphones ou encore argent.

"Détournement du droit"

Les associations dénoncent également un "détournement du droit à Calais", via un recours "abusif" au régime pénal de l'enquête de flagrance - qui permet une évacuation de campement sans avoir besoin d'être annoncé en amont.

L'un des terrains concernés, occupé par des Érythréens, avait en effet fait l'objet d'une requête en référé de la mairie de Calais, qui réclamait son évacuation, mais la justice l'a rejetée le 26 mars, considérant que la mairie n'avait pas apporté la preuve d'un risque pour la salubrité ou la sécurité publique.

Les autorités "n'ont pas réussi par la grande porte mais par la petite, si", a déploré auprès de l'AFP Margot Sifre, juriste à la Cabane juridique, également signataire du communiqué. Selon elle, une "grosse expulsion, visée par une requête, a lieu à peu près tous les 20 jours" à Calais, en plus des plus petites toutes les 48 heures.

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Contactée par l'AFP, la préfecture du Pas-de-Calais a confirmé qu'il s'agissait d'opérations menées "sur la base juridique de la flagrance de l'installation illicite sur un terrain public ou privé". Ces démantèlements sont organisés afin d'"éviter la reconstitution de campements insalubres qui deviendraient en peu de temps des bidonvilles", assurent les autorités.

La préfecture indique aussi que, chaque jour ouvré, un bus est disponible pour emmener des migrants vers deux centres d'accueil et d'examen des situations (CAES) du département, "permettant une mise à l'abri dans des conditions dignes". Des centres que les associations jugent inadaptés aux migrants ne voulant ou ne pouvant pas demander l'asile en France.

 

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