Plus de 1 500 migrants vivent dans le centre de Las Raices, à Ténérife. Crédit : Reuters
Plus de 1 500 migrants vivent dans le centre de Las Raices, à Ténérife. Crédit : Reuters

Impossibilité de respecter la distanciation sociale, mauvaise alimentation, absence d'eau chaude... Selon un rapport du service municipal de la ville canarienne de San Cristobal de la Laguna, où se situe le camp de Las Raices, les conditions sanitaires dans le centre de Ténérife sont "inquiétantes".

Les associations alertaient depuis des mois au sujet de la situation dramatique dans le camp de migrants de Las Raices, sur l'île de Ténérife aux Canaries, ouvert début février pour y loger les migrants débarqués dans l'archipel après une périlleuse traversée de l'Atlantique. Un rapport du service municipal de la ville de San Cristobal de la Laguna, où se situe le camp, vient de leur donner raison, rapporte la presse espagnole.

Suite à une inspection dans le camp, le 24 mars, les conclusions des experts sont sans appel. Ces derniers estiment que les conditions sanitaires et d'hygiène du site abritant plus de 1 500 migrants sont "inquiétantes".

"Problèmes préoccupants"

Le rapport met en avant des "problèmes préoccupants" concernant le respect des mesures de prévention du Covid-19. En premier lieu, les conditions d'hébergement sont jugées inadaptées à la crise sanitaire. Chaque tente héberge en moyenne 32 migrants dans des espaces exigus, rendant difficile, voire impossible, le respect de la distanciation sociale et des gestes barrières.

Les experts observent également des carences dans la gestion de l'alimentation des exilés. Certains migrants disent patienter parfois jusqu'à trois heures lors des distributions de repas, provoquant d'importantes files d'attente - des critiques déjà formulées dans le passé par Accem, l'ONG gestionnaire du camp, et les associations.

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Dans un communiqué publié le 5 avril, le collectif de soutien aux migrants de Tenerife affirmait que la nourriture, de mauvaise qualité, n'était pas distribuée en quantité suffisante. "La nourriture se limite à des sandwichs", précisait pour sa part Mamé Cheikh, président de la Fédération des associations africaines des îles Canaries, contactée par InfoMigrants en mars.

Garantir de meilleures conditions de vie

L'inspection sanitaire a également relevé des difficultés dans l'accès à l'eau chaude, obligeant les migrants à faire leur toilette à l'eau froide alors que le camp est situé dans une des "zones les plus froides, les plus pluvieuses et les plus ventées de l'île", précise le collectif de soutien aux migrants de Tenerife.

Les auteurs du rapport exhortent les autorités régionales et nationales à prendre les mesures nécessaires pour garantir de meilleures conditions de vie aux milliers de migrants vivant à Las Raices. Le conseiller pour la Protection sociale de San Cristobal de la Laguna, Rubens Ascanio, rappelle que les migrants arrivés aux Canaries ont "besoin de formules d'intégration et de routes sûres pour pouvoir reprendre leur vie au plus vite".

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Bloqués dans ce centre, les migrants se sentent piégés aux Canaries, territoire espagnol perdu au milieu de l'Atlantique. Ils ne sont pas autorisés à se rendre sur le continent pour poursuivre leur voyage. Les transferts vers l'Espagne se font en effet au compte-goutte, Madrid espérant ainsi gagner du temps pour faciliter leur expulsion, difficile actuellement en raison de la crise sanitaire et de la fermeture des frontières.

Autant de facteurs qui créent de la frustration et qui peut engendrer des bagarres entre les personnes hébergées. Mardi 6 avril, la police est intervenue dans le camp après des affrontements entre exilés. Huit personnes ont été interpellées et une douzaine d'autres blessées.

 

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