Des enfants dans un centre pour mineurs isolés à Athènes, en Grèce. Image d'illustration. Crédit : Picture alliance
Des enfants dans un centre pour mineurs isolés à Athènes, en Grèce. Image d'illustration. Crédit : Picture alliance

Un enquêteur indépendant a conclu mercredi que le suicide du jeune Mulubrhane Medhane Kfleyosus, un réfugié érythréen de 19 ans, en 2019, était dû à un manque de prise en compte de son état de santé mentale, rapporte The Guardian. Avant lui, trois de ses compagnons d’exil s’étaient déjà donné la mort.

C’est le genre de drame qui doit amener une société à repenser en profondeur ses pratiques. Au Royaume-Uni, entre 2017 et 2019, quatre jeunes réfugiés érythréens, membres du même groupe d’amis, se sont suicidés.

Mercredi 7 avril, Tom Osborne, le coroner [fonctionnaire chargé d’enquêter sur les morts suspectes et violentes afin d’en déterminer les causes. Il n’y a pas d’équivalent du coroner en France, nldr] désigné pour enquêter sur les causes de la mort de Mulubrhane Medhane Kfleyosus, le dernier jeune à s’être donné la mort, a rendu ses conclusions.

Pour lui, c’est la négligence des troubles mentaux du jeune homme qui l’ont conduit à se donner la mort, rapporte The Guardian. Tom Osborne a souligné l’impact traumatique de l’exil du jeune homme depuis l’Érythrée et notamment son arrivée en Grande-Bretagne, caché dans un camion.

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La mort de Mulubrhane Medhane Kfleyosus, retrouvé sans vie le 18 février 2019 à Milton Keys, à mi-chemin entre Londres et Birmingham, avait provoqué un choc au sein des services sociaux britanniques.

Transfert de Londres à Milton Keynes

Le jeune était le quatrième d’un groupe d’amis à se donner la mort au cours des 16 mois qui ont suivi leur arrivée au Royaume-Uni. Avant lui, "Osman Ahmed Nur, 19 ans, [avait] été retrouvé mort le 10 mai 2018 dans la partie commune d'un foyer pour jeunes à Camden, dans le nord de Londres. Filmon Yemane venait d'avoir 18 ans lorsqu'il s'est suicidé en novembre 2017. Et Alexander Tekle, 18 ans également, s'est donné la mort 15 jours plus tard, en décembre, un an après être arrivé au Royaume-Uni caché à l'arrière d'un camion frigorifique", rappelle The Guardian.

Parmi les éléments mis en avant au cours de l’enquête sur la mort de Mulubrhane Medhane Kfleyosus, l’accent a été mis sur la décision de transférer le jeune homme à ses 18 ans de Londres à Milton Keynes et, ce, malgré les mises en garde des professionnels qui l’encadraient à Londres.

Ils avaient alors souligné la fragilité psychologique du jeune homme renforcé par la mort récente de ses amis, le fait qu’il consommait de l’alcool et le risque qu’il se retrouve isolé à Milton Keynes, souligne The Guardian.

"Ce genre de décisions ne tiennent pas compte des jeunes"

Benny Hunter, coordinateur du projet Da’aron destiné aux jeunes réfugiés originaires des pays de la corne de l’Afrique, a confié au quotidien britannique qu’il "fallait faire plus pour protéger Mulu dont il est certain qu’il souffrait de troubles mentaux et présentait de sérieux risques".

"Pourquoi Mulu a-t-il été envoyé à Milton Keynes à ses 18 ans – loin de ses amis, de sa communauté et de son réseau, dans un endroit où il ne connaissait personne ?", s’interroge le travailleur social sur Twitter.

"Ce genre de décisions, prises par des autorités locales sous la pression financière intense due à l’austérité, ne tiennent pas compte de l’intérêt des jeunes", ajoute-t-il dans une série de messages postés mercredi.

"C'est une terrible catastrophe et des changements doivent maintenant être apportés par le gouvernement britannique et par les autorités locales chargées de la prise en charge des enfants demandeurs d'asile non accompagnés, afin de faire face à leurs besoins particuliers de soins psychologiques", a-t-il encore déclaré au Guardian.

La mort des quatre jeunes garçons pose aux professionnels de l’asile et de l’accueil la question de la sécurité que le Royaume-Uni offre véritablement aux réfugiés qui ont fui des dangers.

"Pour de nombreux réfugiés, la misère et la détresse résultant de leurs expériences ne prennent pas toujours fin lorsqu'ils atteignent un endroit sûr", a a affirmé Helen Johnson, responsable des services de l'enfance au Refugee council interrogée par The Guardian, soulignant que certains traumatismes vécus par les réfugiés les plus jeunes peuvent les rendre psychologiquement extrêmement vulnérables.

"Il est vraiment important que toutes les personnes impliquées dans la prise en charge des jeunes réfugiés soient parfaitement équipées pour reconnaître leurs besoins et y répondre", a-t-elle ajouté.

 

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