Des garde-côtes libyens en novembre 2019. Crédit : France 24 / InfoMigrants
Des garde-côtes libyens en novembre 2019. Crédit : France 24 / InfoMigrants

Abdelrahman Milad, plus connu sous le nom de Bija, a été libéré dimanche d'une prison libyenne, "faute de preuves". L'homme, réputé très violent, est accusé de traite d'être humains et de crime contre l'humanité par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Son nom est bien connu des migrants piégés en Libye. Abdelrahman Milad, surnommé Bija, a été libéré de prison dimanche 11 avril, ont annoncé lundi des responsables libyens. Selon les médias libyens, l'homme, chef des garde-côtes de Zaouia, à l'ouest de Tripoli, a été acquitté "faute de preuves". À sa sortie, il a été accueilli dans sa ville par des klaxons et des cris de joie.

Bija avait été arrêté en Libye mi-octobre pour trafic d'êtres humains. Il est par ailleurs accusé de crimes contre l'humanité par le Conseil de sécurité de l'ONU, qui l'a inscrit en 2018 sur une liste de personnes faisant l'objet de sanctions.

Le Libyen est notamment accusé par l'ONU d'être responsable d'une fusillade en pleine mer contre des navires humanitaires mais également contre les bateaux de pêcheurs qui pourraient transporter des migrants. Il serait aussi à la tête d’une mafia insérée dans la classe politique et économique installée dans la région de Zaouia.

Bija est également connu de l'Union européenne, qui a financé la formation des garde-côtes libyens et leur a fourni des navires. Un de ces bateaux a notamment été confié aux troupes de Bija pour intercepter les migrants en mer et les empêcher d’atteindre l’Europe, selon un document de la Cour pénale internationale (CPI), qui enquête aussi sur ses activités.

D'après la presse italienne, Bija aurait en fait une double casquette : celle de garde-côtes et de passeur. D’un côté, il intercepterait des migrants en mer pour les ramener en Libye et de l’autre, il organiserait leur traversée vers l’Europe.

"Les preuves sont au fond de la Méditerranée"

Le rôle de Bija semble en tout cas primordial tant son nom revient souvent dans les récits de migrants passés par la Libye. La rédaction d'InfoMigrants a reçu plusieurs témoignages d'exilés racontant les violences infligées par ce trafiquant. "Il est très connu ici. Même les Libyens n'osent pas le contredire car il est réputé très violent, y compris avec eux", explique à InfoMigrants Ali, un Guinéen qui a passé trois mois dans la prison de Zaouia, tenue par Bija et son cousin Oussama, décrit par les magistrats italiens comme "le pire" de tous les tortionnaires identifiés à ce jour.

Alors, comment expliquer une telle libération ? Bija aurait été relâché en échange de l'aide apportée par sa milice lors de l'opération militaire visant à libérer la capitale Tripoli. La journaliste italienne Francesca Mannocchi rapporte sur sa page Twitter que le trafiquant a même été promu peu avant sa libération.

Cette libération, prétendument "faute de preuves", interroge en tout cas les instances internationales et les ONG. "Les autorités libyennes n'ont pas démontré qu'elles avaient mené une enquête efficace et transparente en vue de le renvoyer à un procès équitable", a déclaré à l'agence de presse AP Hussein Baoumi, chercheur à Amnesty international.

Même indignation pour Vincent Cochetel, le représentant du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) pour la Méditerranée centrale, pour qui les preuves de l'implication de Bija dans le trafic de migrants ne manquent pas. "Les preuves sont au fond de la Méditerranée et partout en Europe", a-t-il réagi sur Twitter.

 

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