Des migrants au large des côtes libyennes. Crédit : Reuters
Des migrants au large des côtes libyennes. Crédit : Reuters

Depuis quelques semaines, les ONG qui sillonnent la Méditerranée sont la cible d’attaques de la part du procureur de Catane (Sicile) qui accuse les navires humanitaires d’être en lien avec les trafiquants d’êtres humains en Libye. Mathilde Auvillain, responsable communication de l’association SOS Méditerranée, dément de telles affirmations et rappelle que les navires humanitaires "ne savent pas à l’avance où sont les canots de migrants en mer".

Depuis plusieurs semaines, la polémique enfle autour des allégations d’un procureur italien qui affirme détenir des "preuves" de liens entre passeurs libyens et ONG. Selon le magistrat, les navires humanitaires, comme l’Aquarius, affrété par SOS Méditerranée, seraient en contact direct avec les trafiquants pour "récupérer" les migrants en mer "comme des taxis".

Mathilde Auvillain, responsable communication de l’association SOS Méditerranée, en poste en Italie, rappelle qu'au delà de l'affaire - qui a pris une importante ampleur médiatico-judiciaire -, de tels propos sont préjudiciables pour les migrants qui s’apprêtent à traverser la mer Méditerranée : ils pourraient laisser penser que les ONG seront "forcément" là pour les sauver. Il n’en est rien.

"Il n’y a malheureusement aucune chance que l’on puisse secourir tous les migrants en mer ! C’est impossible... Nous ne pouvons pas sauver tout le monde", assène Mathilde Auvillain qui rappelle au passage l'absurdité pour des ONG d'être en contact avec "des criminels qui poussent des personnes vers la mort". "Nous n’avons aucun lien avec les trafiquants, et nous ne pouvons évidemment pas savoir quand partent leurs canots et d’où ils partent".

L'association rappelle également la réalité de l’abandon en pleine mer. "Les canots sur lesquels embarquent les migrants ne tiennent pas plus de quelques heures... Ils prennent l’eau ou se dégonflent rapidement". Et d’insister sur l’illusoire réussite de la traversée : "Ils n’ont aucune chance d’arriver en Italie [à plus de 300 km des plages libyennes]. Ils n’ont aucune chance de s’en sortir en mer. Les passeurs ne cessent de mentir aux migrants. Leur faire croire qu’ils seront sauvés par les ONG est un mensonge qui peut coûter très cher."

SOS Méditerranée souligne enfin que l’Aquarius contribue à "réduire la mortalité" en mer, en aucun cas, elle n’est en mesure de l’éradiquer. Depuis janvier, plus de mille migrants sont morts ou ont disparu en Méditerranée centrale, a détaillé le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). "Notre navire est posté [à plus de 30 km] des côtes libyennes. Nous patrouillons dans une zone définie, là où de nombreux naufrages ont eu lieu, mais nous patrouillons à l’aveugle. Nous pouvons manquer une embarcation dans l’immensité de la mer. Nous pouvons tout simplement ne pas la voir".


 

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