Des migrants sont bloqués depuis des mois aux Canaries. Crédit : Javier Bauluz pour InfoMigrants
Des migrants sont bloqués depuis des mois aux Canaries. Crédit : Javier Bauluz pour InfoMigrants

Un juge de Las Palmas, aux Canaries, a estimé mercredi que les migrants bloqués dans l'archipel avaient le droit de se rendre sur le continent espagnol, s'ils "prouvaient [leur] identité avec un passeport" ou avec une "demande de protection internationale". Des milliers d'exilés sont actuellement retenus aux Canaries par les autorités.

Les migrants présents aux Canaries peuvent se rendre sur le continent espagnol par leurs propres moyens. C'est en tout cas la conclusion qui ressort d'une décision de justice, rendue mercredi 14 avril, par un juge de Las Palmas, Ángel Teba. Ce dernier se prononçait sur la situation d'un exilé empêché de prendre l'avion pour Barcelone, le 11 décembre 2020. L'homme avait alors été arrêté par les autorités avec 21 autres personnes à l'aéroport de Las Palmas au motif d'une "résolution de retour en vigueur", qui impliquait "son renvoi dans les 72 heures ou de demander son placement en détention".

Pourtant, cette arrestation n'avait donné lieu à aucune procédure de retour ou d'enfermement de cet homme. Face à leur incapacité d'exécuter ces ordonnances, les autorités ont ainsi violé la Constitution espagnole qui assure le droit à la libre circulation des migrants, a signalé Ángel Teba.

Comme le précise l'un des avocats du plaignant sur son compte Twitter, Me Daniel Arencibia, "aucune autorité ne peut adopter des mesures qui entravent directement ou indirectement la liberté de circulation des personnes sur tout le territoire espagnol", selon l'article 139.2 de la Constitution espagnole.

L'an dernier, des dizaines de migrants avaient réussi à quitter les Canaries en réservant un billet d'avion à leurs frais mais, depuis décembre, les autorités les empêchaient de quitter le territoire canarien.

Par cette décision de justice, les migrants sont à nouveau autorisés à rejoindre la péninsule espagnole s'ils "prouvent [leur] identité avec un passeport" ou une "demande de protection internationale" (demande d'asile), indique la décision de justice. Les exilés doivent toutefois respecter les consignes sanitaires mises en place pour les déplacements dans le pays.

Interruption des renvois vers le Maroc

Des milliers de migrants sont bloqués depuis des mois dans l'archipel espagnol, les transferts officiels vers le continent étant limités aux personnes dites vulnérables. Des centaines d'exilés se retrouvent ainsi retenus dans des centres d'urgence où les conditions de vie déplorables sont régulièrement dénoncées par les associations. D'autres vivent dans les rues de l'archipel, d'autres encore sont logés par des particuliers. La grande majorité souhaite rejoindre la péninsule espagnole pour s'y installer ou continuer leur route vers d'autres pays européens.

>> À (re)lire : Canaries : ces centres dans lesquels les migrants ne veulent pas rester

Les autorités tentent de maintenir les migrants aux Canaries afin de les expulser au plus vite vers leur pays d'origine. Mais les restrictions de voyage dues à la crise sanitaire ralentissent ces renvois. Depuis le 30 mars, les accords de rapatriement signés entre Madrid et Rabat sont suspendus. Le royaume chérifien a décidé d'interrompre les liaisons aériennes avec plusieurs pays, dont l'Espagne, en raison de la pandémie de Covid-19.

Les autorités espagnoles s'emploient, de leur côté, à reprendre les renvois "dans les meilleurs délais", a prévenu une source policière à El Pais, alors que la fermeture de l'espace aérien entre les deux pays sera en vigueur au moins jusqu'au 21 mai.

 

Et aussi