Ronaldo Mbumba travaille à l'Ehpad de la Louvière depuis 2019. Il y est très apprécié du personnel et des résidents, qui se sont mobilisés contre son expulsion. Crédit : DR
Ronaldo Mbumba travaille à l'Ehpad de la Louvière depuis 2019. Il y est très apprécié du personnel et des résidents, qui se sont mobilisés contre son expulsion. Crédit : DR

Ronaldo Mbumba, Congolais arrivé mineur en France en 2014, est actuellement en formation en alternance dans un Ehpad d’Aurillac, dans le Cantal. Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français, il bénéficie d’un très large soutien. Une pétition contre son expulsion a déjà rassemblé plus de 40 000 signatures.

Pour ses soutiens, Ronaldo Mbumba est un modèle d’intégration réussie. Le jeune homme de 22 ans originaire de République démocratique du Congo (RDC) est pourtant sous le coup d’une obligation de quitter le territoire (OQTF) malgré son emploi d’aide-soignant dans un Ehpad d’Aurillac, dans le centre de la France.

Arrivé mineur et sans papiers dans l'Hexagone en 2014, il a été pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) de Clermont-Ferrand. À sa majorité, Ronaldo a fait le nécessaire pour que les autorités congolaises en France lui remettent un passeport afin qu’il puisse obtenir un titre de séjour. Mais aujourd’hui, la préfecture du Cantal estime que Ronaldo a utilisé de faux documents pour obtenir son passeport congolais en juin 2018.

Après avoir reçu une OQTF en février, le jeune homme a été convoqué par la préfecture du Cantal le 4 mars. Il s’est alors vu remettre une "invitation" à prendre l’avion de Lyon pour Kinshasa le 15 du même mois.

Vocation de soignant

Pourtant, jusque-là, le jeune homme avait effectué un parcours d’intégration sans faute. Installé à Aurillac, l’adolescent a obtenu en 2017 un baccalauréat avec mention après une formation d’aide à la personne en lycée professionnel. À ses 18 ans, il signe un "contrat jeune majeur" avec le département et poursuit sa formation dans ce domaine. Il multiplie les stages "à l’hôpital, en crèche, en maternelle, en maison de retraite".

"Depuis que je suis petit, je veux être médecin, confie le jeune homme à InfoMigrants. Mais quand je suis arrivé en France tout seul, j’ai vu que les études étaient très difficiles et je n’avais pas trop les bases. Ma conseillère d’orientation m’a suggéré de me former dans le domaine de l’aide à la personne."

Pour suivre cette vocation, Ronaldo a débuté en novembre 2019 une formation en alternance de deux ans en tant qu’aide-soignant à l’Ehpad de la Louvière à Aurillac où il travaillait déjà depuis le mois de mars de la même année.

Dans l’établissement, l’annonce de son OQTF a été un choc. Le jeune homme n’est qu’à quelques mois de valider son diplôme et il est très apprécié tant par le personnel et la direction que par les résidents.

"C’est une chance pour la collectivité d’avoir Ronaldo"

Gwendal le Berre, directeur de l’Ehpad de la Louvière, estime qu'"au regard de son parcours depuis son arrivée en France, c’est non seulement une chance pour la Louvière, mais aussi pour la collectivité d’avoir Ronaldo".

"Toutes les maisons de retraite ont de grandes difficultés à recruter des soignants. Lui, il fait une formation qui lui ouvre grandes les portes de l’emploi et il se trouve que c’est un très bon soignant", ajoute le responsable.

Très attachés à lui, de nombreux résidents de la Louvière ont souhaité se mobiliser pour soutenir Ronaldo. Sur la page Facebook de soutien qui a été ouverte, on peut voir des images de plusieurs résidents brandissant une pancarte où il est inscrit : "Des papiers pour Ronaldo".

Le Congolais a notamment pu passer toute la durée du premier confinement au sein de la résidence qui l'emploie. Il s’était alors fait remarquer en venant sur son temps libre chanter pour les résidents de l'Ehpad. Le jeune homme avait repris à la guitare et au chant "Les yeux de la mama" de Kendji Girac. Filmé par ses collègues, Ronaldo était apparu dans de nombreux médias locaux et avait été contacté par le conseil départemental pour participer à une campagne sur les jeunes qui se sont distingués pendant le confinement.

Pétition

Pour tenter de retenir Ronaldo en France, Gwendal Le Berre a lancé le 6 mars une pétition qui a déjà rassemblé plus de 42 000 signatures. Le 16 mars, plus de 300 personnes se sont rassemblées devant la préfecture du Cantal pour demander sa régularisation.

Deux élus du département ont également manifesté leur soutien à Ronaldo Mbumba. Le député (LR) Vincent Descoeur a envoyé le 11 mars une lettre au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin appelant à "réexaminer la situation de Monsieur Ronaldo Mbumba afin qu’une solution permettant d’obtenir sa régularisation puisse être recherchée".

Le sénateur (LR) Stéphane Sautarel a, lui aussi, interpellé le ministre de l’Intérieur et le secrétaire d’État en charge de l’enfance et des familles, le 12 mars, rapporte France 3 Auvergne-Rhône-Alpes. "Par un nouveau courrier du 12 mars j’ai de nouveau saisi Adrien Taquet et Gérald Darmanin, pour leur demander de donner des instructions claires aux préfets afin de traiter avec discernement et humanité ces situations, dans l’attente d’une réforme plus profonde", a-t-il écrit dans un post sur Facebook.

Ronaldo se dit extrêmement touché par cette vague de soutien à laquelle il ne s’attendait pas. "Tout le monde a mobilisé ses réseaux, ça me dépasse. Je n’ai pas les mots pour exprimer ce que je ressens", assure le jeune homme. "Au delà des clivages politique, on a regardé l’homme que je suis et la manière dont je travaille."

Pas un cas isolé

Début avril, Ronaldo Mbumba a reçu de nouveaux documents des autorités congolaises. Le jeune homme les a remis à la préfecture et espère que celle-ci tranchera finalement en sa faveur. "Ça serait cool que j’obtienne au moins un récépissé pour que je finisse ma formation et que j’obtienne mon diplôme", espère le jeune soignant qui rêve de poursuivre ses études médicales et sociales jusqu’à devenir infirmier.

Le cas de Ronald Mbumba est loin d’être isolé. "D’après Vincent Descoeur, une dizaine de sans-papiers du Cantal connaîtraient actuellement le même sort que Ronaldo", indique France 3.

En novembre 2020, une aide-soignante béninoise, employée dans un Ehpad d’Isère, avait reçu une OQTF. La pandémie l’avait empêchée d’effectuer ses démarches de renouvellement de titre de séjour à temps et la préfecture souhaitait l’expulser. Sous la pression médiatique et citoyenne, elle avait finalement été autorisée à rester en France et à poursuivre son activité

 

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