Un camp de réfugiés syriens dans la vallée de la Bekaa, au Liban. Crédit : EPA
Un camp de réfugiés syriens dans la vallée de la Bekaa, au Liban. Crédit : EPA

Un accord sur les couloirs humanitaires entre le Liban et la France a été renouvelé lundi par les autorités françaises et les associations Communauté de Sant’Egidio France et Semaines sociales de France. Il s'agit d'accueillir quelque 300 réfugiés irakiens et syriens actuellement présents au Liban.

Le protocole de "couloirs humanitaires" entre le Liban et la France est prolongé. Ce dispositif, qui permet à une sélection de migrants d'arriver dans l'Hexagone de manière sûre, a été étendu lundi 12 avril, sur décision des autorités françaises, en accord avec les associations Communauté de Sant’Egidio France et Semaines sociales de France. 

Pour deux nouvelles années, il sera ouvert à 300 personnes originaires de Syrie ou d'Irak. Concrètement, il s'agit de faire venir par avion des migrants actuellement bloqués au Liban afin de leur éviter les "passages de la mort" à travers des canots de fortune sur la Méditerranée ou la mer Égée, et de leur fournir un accueil complet en France. Depuis 2017, quelque 504 personnes ont pu bénéficier de cette initiative.

Si ce projet a été, une nouvelle fois, approuvé par le gouvernement, il ne bénéficie d'aucune subvention de l'État français. Il est porté à bout de bras par les associations qui se chargent de la sélection des migrants au Liban, de leur accueil et de leur intégration en France.

Entretien avec Valérie Régnier, présidente de l'association Sant'Egidio.

InfoMigrants : 504 personnes ont été prises en charge via ces couloirs humanitaires depuis 2017. Quel bilan en tirez-vous ?

Valérie Régnier : Nous avons constaté qu'il a fallu à ces personnes entre 12 et 18 mois pour être tout à fait autonomes. Elles ont été accueillies dans 41 départements de France, pour la plupart ruraux, dans des logements individuels mis à leur disposition par notre collectif. Au début, on ne savait pas ce que ça allait donner : certains endroits étaient des villages de 2 500 habitants, et non des grosses villes comme Paris ou Lyon.

Mais, quatre ans plus tard, on est très satisfaits : 90 % des personnes accueillies sont restées dans le même département où elles avaient été placées. Cela veut dire qu'il y a eu des liens qui se sont créés.

De plus, il n'y a eu aucun mouvement secondaire [aucun départ de ces personnes vers un autre pays, ndlr]. C'est rarissime.

La plupart de ces personnes ont trouvé du travail dans le secteur du bâtiment : maçonnerie, électricité, transport... Les femmes, elles, ont davantage été embauchées en tant qu'auxiliaires de vie.

IM : Comment s'effectue la sélection de ces personnes ?

VR : Nous nous basons sur l'unique critère de la vulnérabilité. Nous entendons par là les femmes enceintes, les femmes seules, les familles avec enfants en bas âge, ou encore les personnes atteintes de maladies, qu'elles soient motrices ou psychiques. 

Mais, après 10 ans de guerre en Syrie, toute la difficulté réside dans le fait d'identifier ces vulnérabilités, car tout le monde est vulnérable.

Nous prenons également en compte le désir d'une personne de venir en France et nous travaillons avec elle sur un projet de vie, avant de présenter sa candidature au consulat de France, qui a le dernier mot.

Puis des visas Dsont délivrés aux personnes choisies qui peuvent alors prendre un avion pour la France, grâce à un partenariat avec Air France qui permet à ces personnes de réserver des vols à moindre coût. Une fois en France, elles peuvent demander l'asile.

Tout ce système de sélection est assez lent : cela prend entre six et neuf mois.

IM : Pourquoi se focaliser sur les personnes présentes au Liban ?

VR : On a cherché des pays de premier accueil car on ne pouvait pas aller dans les pays en guerre. L'association Sant'Egidio est très liée au Liban depuis des années, on s'est appuyé sur notre réseau. On pense que c'est très important de pouvoir soulager le Liban, pays dont le quart de la population est constitué d'exilés et qui connaît de sérieuses difficultés économiques [En 2021, plus d'1,5 million de Syriens vivent sur le sol libanais, dont près d'un million sont inscrits auprès du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations unies (HCR) comme réfugiés de guerre. Selon le HCR, le pays comptait également, en 2015, plus de 50 000 réfugiés irakiens, mais aucun chiffre récent concernant cette population n'est disponible, ndlr].

>> À (ré)écouter : Liban : les violences contre les réfugiés syriens s'accentuent

Mais nous faisons partie d'une initiative citoyenne européenne et d'autres couloirs humanitaires existent chez nos voisins. 

En Italie, par exemple, un autre couloir humanitaire s'est ouvert en Éthiopie. Il concerne les migrants érythréens. Et des personnes venues de Grèce et de Turquie peuvent également être accueillies respectivement en Italie et en Belgique.

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Les Couloirs humanitaires font partie d'un projet européen impliquant également l'Italie, la Belgique et Andorre. Plus de 3 500 personnes fuyant la Syrie, l'Irak, la Libye, l’Éthiopie et l'île grecque de Lesbos ont été accueillies dans ces pays ces dernières années.

Pour prendre contact avec l'association Sant'Egidio, vous pouvez écrire un mail à contact@santegidio.fr. L'association gère les demandes pour la France (en ce qui concerne les réfugiés irakiens et syriens vulnérables qui sont présents depuis plusieurs années au Liban).

L'association pourra également rediriger vers les organismes compétents celles et ceux qui veulent déposer une demande pour l'Italie (qui accepte - dans des proportions toujours très limitées - des migrants présents en Éthiopie, au Liban ou à Lesbos), ou pour la Belgique (pour les migrants présents au Liban et en Turquie).

 

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