Hassan prépare une tarte aux fraises. Crédit : Leslie Carretero
Hassan prépare une tarte aux fraises. Crédit : Leslie Carretero

Chaque premier dimanche du mois, des ateliers de cuisine sont organisés par des étudiants de l’université Paris 3 afin de permettre aux migrants et aux parisiens de se rencontrer autour de bons petits plats.

"Aujourd’hui je suis content, je me suis fait de nouveaux amis", sourit Khaled. Vêtu d’une veste en cuir et d’un baggy noirs, de lunettes de soleil qu’il ne quitte que rarement, ce jeune homme de 25 ans a des allures de rappeur américain. Arrivé en France sept mois plus tôt, il a quitté son Soudan natal pour se réfugier en France. Comme lui, ils sont une quarantaine de personnes ce dimanche à participer aux ateliers Rhythm & Cook.

Le concept : réunir chaque premier dimanche du mois, dans le 14ème arrondissement de Paris, migrants et habitants du quartier autour de la préparation d’un repas. Lancés en mars dernier par une petite dizaine d’étudiants de l’université Paris 3, ces ateliers cuisine permettent de "se rencontrer, d’échanger autour de la gastronomie qui a pour avantage d’être un langage universel", précise Julia qui est à l’origine du projet. "La cuisine permet aux cultures de se mélanger", renchérit sa camarade Ludivine.

Khaled et Sophie discutent sur le canapé du restaurant. Crédit : Leslie Carretero
Pour mener à bien leur projet, les étudiants récupèrent régulièrement les invendus du marché voisin et ont développé un partenariat avec deux grandes enseignes de distribution du quartier. Ils se sont également appuyés sur Singa, une association d’aide aux migrants. "On se fait connaitre par leur biais", précise Ludivine.

"Servez-vous et faites ce que vous voulez avec"

Il est 13h quand les premiers arrivants entrent dans ce restaurant associatif baptisé le Moulin à café. Très vite, des groupes se forment naturellement sur les six tables à leur disposition. "Servez-vous et faites ce que vous voulez avec", clame alors Ludivine.

Les bénévoles récupèrent les invendus des marchés et supermarchés. Crédit : Leslie Carretero
D’un côté, Petra, 34 ans, habitante du 18ème arrondissement choisit comme partenaire Alan, un réfugié soudanais de 24 ans. Après plusieurs minutes de réflexion devant un livre de recettes, ils décident de faire un gâteau renversé aux pommes. "On ne sait pas ce que ça va donner mais on va essayer", s’amuse Petra qui semble novice dans l’art de la pâtisserie. Quelques tables plus loin, c’est Wafa, accompagné de Julia qui prépare des jus de fruits frais.

Parmi toutes ces personnes, il y aussi Najo, ce réfugié turc aux yeux noirs et aux cheveux foncés, qui vit en France depuis maintenant quatre ans. En le voyant arriver avec son rouleau à pâtisserie, sa balance ou encore sa mandoline, on comprend très vite qu’il est ici comme un poisson dans l’eau. Et pour cause, Najo suit un CAP cuisine. Ce jeune homme de 31 ans prend rapidement les commandes et prodiguent quelques conseils à ses collègues du jour. "Non, les légumes il faut les couper de cette façon. Je te montre et tu le fais ensuite", dit-il amicalement à un réfugié d’origine iranienne. Sans discuter, tout le monde s’exécute comme dans une véritable brigade de cuisine. Najo passe de tables en tables et court partout. D’un côté, il aide à la préparation d’un "turlu", une spécialité turque à base de légumes et de bœuf, de l’autre, il s’attèle avec son ami Hassan à la préparation d’une tarte aux fraises.

Petra et Alan cherchent une recette dans le livre de Najo. Crédit : Leslie Carretero
Une ambiance familiale

 Khaled lui n’a pas très envie de cuisiner ce jour-là. Le soudanais préfère discuter avec les uns et les autres. Il est cependant très déçu que Sophie, une habitante du coin, ne soit pas venue avec sa fille comme la dernière fois. "Mais pourquoi Agnès n’est pas là ? Je ne te parle plus de la journée", plaisante-t-il. Les deux adultes semblent ravis de se retrouver et discutent un bon moment sur le canapé.

Najo et Saeed finissent de préparer le
Au fur et à mesure des arrivées, les groupes s’agrandissent, se mélangent, tout le monde discute : une vraie ambiance familiale, chaleureuse et conviviale s’empare du lieu. Florian, fonctionnaire au Ministère de l’environnement, adhérant au Moulin à café, participe pour la deuxième fois à ces ateliers. Il ne cache pas son enthousiasme. "C’est génial comme concept. Ça favorise l’interaction entre Français et réfugiés et ça implique les commerçants du quartier".

Astrid, elle, a connu les ateliers par son amie Petra. "Pour être très sincère, je ne savais même pas qu’il y avait des migrants... J’ai cru que les participants étaient tous du quartier, s’exclame cette habitante du 20ème arrondissement de Paris qui travaille dans la communication. Comme quoi le dimanche, il y a mieux à faire que de rester dans son canapé à regarder la télévision". Khaled et les autres ne peuvent qu’approuver. Tous viennent ici pour parler français, s’intégrer et surtout tuer la routine. "Je n’ai rien à faire à part manger et dormir toute la journée. Au moins ces journées me permettent de rencontrer des gens et de m’occuper", avoue Khaled.

En fin d’après-midi, quand les multiples plats sont enfin prêts, tout le monde enlève le tablier : c’est l’heure de la dégustation. Sur les quelques tables installées à l’extérieur, les rires fusent et les conversations continuent. En balayant du regard la petite assemblée, Petra est fière d’y participer. "La convivialité, ça se construit", conclut-elle.

En fin d'après-midi, tous se réunissent autour d'un bon repas. Crédit : Leslie Carretero


 

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