Le campement de migrants brièvement installé place de la République, à Paris, lundi 23 novembre. Crédit : Utopia 56
Le campement de migrants brièvement installé place de la République, à Paris, lundi 23 novembre. Crédit : Utopia 56

Le Conseil des ministres a validé mercredi 21 avril la création d'un poste de préfet délégué à l'immigration dans tous les départements franciliens, en collaboration avec le préfet de police de Paris. Une création de poste qui inquiète les associations : le cahier des charges de ce nouveau préfet reste vague.

C’était une proposition faite par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin en novembre dernier, elle a été acceptée par le Conseil des ministres mercredi 21 avril. Un poste de préfet délégué à l’immigration, dépêché auprès du préfet de police Didier Lallement, va être créé en Ile-de-France. Le poste a été confirmé par un décret publié au Journal officiel, qui indique également que le futur préfet délégué prendra "la tête d’une nouvelle délégation de l’immigration".

La nomination du préfet délégué à l'immigration devrait être annoncée après l'entrée en vigueur de la réforme, le 1er mai. Soit un peu plus de six mois après la publication du Livre blanc de la sécurité intérieure, support de la réforme de la politique de lutte contre l'immigration irrégulière, dans lequel était mentionné la mesure.

"Plus de campements dans la capitale"

Sa mission ? Animer et coordonner les flux migratoires dans tous les départements franciliens, ainsi qu’à Paris. Également concernés, les aéroports et lignes ferroviaires de la région, laquelle concentre, selon la préfecture de police de Paris, "50% des demandes d'asile nationales, 40% de l'activité nationale de primo-délivrance de titres de séjour, 30% de l'activité nationale de lutte contre l'immigration irrégulière".

>> À (re)lire : Demantèlement du plus grand camp de Paris, 2 000 migrants mis à l'abri

Mais concrètement, quel sera dans le détail son cahier des charges ? Difficile de savoir. Face au peu d’informations avancées par le ministère de l’Intérieur sur les compétences allouées au nouveau préfet*, difficile pour les associations d’aide aux migrants de se positionner. Mais pour Yann Manzi, fondateur d’Utopia 56, cette décision "ne présage rien de bon". "D’abord parce que cela ne va pas être simple d’organiser les transferts des exilés sur un territoire aussi vaste que l’Ile-de-France, prévient-il. Et puis, on le devine, le but derrière tout ça, c’est de sortir les migrants de Paris, qu’il n’y ait plus de campements dans la capitale. En d’autres termes, d’invisibiliser encore davantage ces populations".

"Un préfet de l'expulsion ?"

Le poste a cependant l’avantage, selon le responsable asile de la Cimade Gérard Sadik, de "lisser le mille-feuilles administratif relatif à l’immigration dans la région". "Le gouvernement cherche à être plus efficace, notamment dans la gestion des mesures d’éloignement, admet-il. Cette création de poste s’inscrit aussi dans la démarche de régionalisation de l’administration par l’État, qui ne touche pas que la gestion de l’immigration d’ailleurs". "Mais au vu des missions mentionnées dans le décret publié mercredi, comme la gestion des assignations à résidence et des refus d'entrées aux aéroports, on se demande si le gouvernement n’a pas créé un préfet de l’expulsion", souligne-t-il toutefois.

>> À (re)lire Démantèlement du camp de Saint-Denis : "entre 500 et 1 000" migrants violentés et laissés à la rue

Une crainte partagée par Delphine Rouilleault, directrice de France terre d’asile. "Si les fonctions de cette personne ne sont centrées que sur l’immigration irrégulière, c’est un mauvais signal, déplore-t-elle. Et d’après les travaux qui ont précédé la validation du poste – répertoriés dans le Livre blanc – c’est vers la gestion de ce type d’immigration que tend la future délégation. Il faudra donc rester très attentif à la feuille de route qui sera dévoilée dans les prochaines semaines".

*Contacté par InfoMigrants, le ministère de l'Intérieur n'a pas répondu à nos sollicitations.

 

Et aussi