Le Refuge solidaire, a Briancon, en aout 2018. Crédit : InfoMigrants
Le Refuge solidaire, a Briancon, en aout 2018. Crédit : InfoMigrants

Centre névralgique de l'hébergement solidaire dans la région, le Refuge de Briançon déménagera autour de la fin du mois de juin. Alors que la nouvelle municipalité n'avait pas souhaité renouveler la convention d'occupation, un nouveau local a dû être trouvé. C'est chose faite : un grand tiers-lieu, partagé avec une dizaine d'autres acteurs associatifs, servira de nouvelle base à l'accueil d'urgence des migrants.

Le calendrier se précise. Le Refuge solidaire de Briançon, point de chute des migrants traversant la frontière franco-italienne au col de Montgenèvre, devrait déménager en juillet - voire mi-juin, au plus tôt. Un compromis pour le nouveau local a été signé mardi 20 avril. Passé le délai administratif réglementaire, la signature de la vente devrait intervenir début juin.

"Ensuite, il y aura quelques travaux à faire courant juin" précise Philippe Wyon, administrateur de l'association Refuges Solidaires. D'abord, pour mettre le nouveau lieu aux normes de sécurité ERP (établissements recevant du public). Mais aussi pour répondre "aux besoins que l’on a, notamment autour de la cuisine et de la salle à manger". Le déménagement des bénévoles et salariés de l'association ainsi que des migrants accueillis aura lieu suite à ces travaux.

Un "tiers-lieu" de 1 600 mètres carrés

Les recherches d'un nouveau local étaient en cours depuis de longs mois, après que la nouvelle municipalité menée par Arnaud Murgia (LR) ait annoncé, en août 2020, qu'il n'y aurait pas de renouvellement de la convention d'occupation. L'ancienne caserne des CRS de montagne, transformée en 2017 en lieu d'accueil pour offrir quelques jours de répit aux migrants, devait alors être évacuée dans les deux mois. Face à la levée de boucliers des associations locales, soutenues par un appel signé en septembre par plusieurs personnalités publiques, la mairie avait accordé six mois de délai supplémentaire.

>> À (re)lire : Briançon : le Refuge Solidaire, hébergement emblématique pour les migrants, va fermer

Après une première piste infructueuse, c'est un communiqué de l'association Le Group', diffusé mercredi 21 avril, qui a officialisé le choix du nouveau local. Selon nos informations, il s'agit d'une ancienne clinique, située à Briançon, d'une surface de près de 1 600 mètres carrés.

Baptisé "Beau Projet", ce tiers-lieu accueillera des activités économiques et culturelles autour d'une dizaine d'acteurs de l'économie sociale et solidaire. "Tous ne travaillent pas sur l'exil, loin de là, ce sera beaucoup plus large" prévient Frédéric Meunier, directeur du Group' et coordinateur du projet.

Ces divers acteurs s'installeront "progressivement, en fonction des travaux d'adaptation, au cours de l'été et en septembre" explique le responsable. La priorité demeure, selon lui, la relocalisation du Refuge : "Tout est fait pour les accueillir au plus tôt". Dans tous les cas, la transition sera souple : d'après l'association Refuges Solidaires, il ne devrait y avoir aucune rupture au niveau de l'accueil.

"Nous resterons sur notre principe d'accueil inconditionnel"

Depuis son ouverture en 2017, le Refuge a accueilli plus de 12 300 personnes, selon son dernier décompte en mars. L'actuel local d'environ 300 mètres carrés se retrouve trop exigu, et peu adapté, surtout pour accueillir les familles entières qui arrivent ici depuis 2020.

Au vu du budget disponible, Philippe Wyon évoque une surface "d'environ 500 mètres carrés" dédiée au Refuge au sein du nouveau lieu. De quoi accueillir près d'"une quarantaine de personnes". Mais le but n'est pas de définir une jauge, ni "d’élargir nos capacités d’accueil, puisqu’on est incapables de prévoir ce qui peut se passer : on s'adapte au quotidien" souligne le responsable associatif. Des groupes de travail sont encore en train de définir la répartition et la séparation des espaces intérieurs.

Ce déménagement est perçu par Refuges Solidaires comme une possibilité d'améliorer, peut-être, les conditions d'accueil. Le partage avec d'autres acteurs rendra également le lieu "moins stigmatisant, et plus dynamique" espère Philippe Wyon. Quoi qu'il en soit, "nous resterons sur notre principe d'accueil inconditionnel" assure-t-il. C'est la règle d'or du Refuge depuis 2017 : ne laisser personne dormir dehors, quitte à pousser les meubles.

Financement tripartite

L'investissement pour ce projet sera "supérieur à un million d'euros" selon les informations de l'AFP. Il s'agira d'un financement tripartite, nous précise-t-on du côté de Refuges Solidaires. Près d'un tiers sera investi par le fonds de dotation RIACE France, géré par Frédéric Meunier, qui avait déjà investi dans le centre d'accueil Pausa de Bayonne fin 2019. Un autre tiers devrait l'être "par une fondation abritée chez Caritas" indique Philippe Wyon. Enfin, le dernier tiers devrait être assuré par "une société civile immobilière locale que l'on monte" avance-t-il : "Et on invite les gens à y prendre des parts sociales".

La configuration du tiers-lieu, de même que les acteurs impliqués et la répartition des investissements, restent sujets à discussion pour les semaines à venir. De nouvelles précisions devraient néanmoins être apportées à partir de la fin de la semaine prochaine, fait savoir Frédéric Meunier, avec des détails sur la nature du projet et ses partenaires.

 

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