Plus de 100 personnes sont actuellement enfermées dans la ZAPI de Roissy. Crédit : Reuters
Plus de 100 personnes sont actuellement enfermées dans la ZAPI de Roissy. Crédit : Reuters

Surpopulation, difficulté d'obtenir du gel hydroalcoolique et des masques, tests PCR délivrés au compte-goutte... Dans la ZAPI de l'aéroport de Roissy, cette zone d'attente où patientent des étrangers non-autorisés à entrer en France, les mesures sanitaires pour éviter la propagation du Covid-19 ne sont pas respectées. Une situation qui alerte l'association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) qui redoute la formation d'un cluster.

L'association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) s'inquiète des conditions d'enfermement des étrangers dans la ZAPI de l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, en pleine crise sanitaire. Alors que la France peine à endiguer la pandémie de Covid-19, les mesures sanitaires ne sont pas respectées dans cette zone d'attente aux frontières, explique Laure Palun, directrice de l'association jointe par InfoMigrants.

D'une capacité de 160 places, la ZAPI héberge depuis quatre jours 120 personnes, majoritairement originaires d'Inde. Un nombre "jamais vu" pour Laure Palun qui travaille depuis six ans à l'Anafé.

Difficulté d'accès aux masques et au gel hydroalccolique

Impossible dans ces conditions pour les personnes enfermées de bénéficier d'une chambre individuelle, comme c'est pourtant prévu en période de pandémie. Actuellement, les étrangers dorment à deux dans la même pièce, dans laquelle les fenêtres sont scellées empêchant l'aération des locaux. Par ailleurs, la surpopulation dans le centre provoque des regroupements de personnes dans des couloirs exigus où se trouvent les cabines téléphoniques. Ces dernières ne sont d'ailleurs pas systématiquement désinfectées par le service de nettoyage alors que les téléphones passent de main en main toute la journée.

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L'Anafé alerte également sur la question des masques et du gel hydroalcoolique dans la ZAPI de Roissy. "Les masques ne sont pas changés toutes les quatre heures", affirme Laure Palun. Des masques sont bien à la disposition des personnes retenues mais elles doivent se les procurer elles-mêmes auprès des services concernés au sein de la structure. "Aucune information ne leur est donnée, ils ne savent pas où ils peuvent en récupérer", précise la directrice de l'Anafé. En ce qui concerne le gel hydroalcoolique et le savon, ils sont uniquement disponibles dans les locaux de la Croix-Rouge et non en libre-service. Les étrangers ne s'y rendent pas régulièrement. Résultat : ils s'exposent ainsi plus facilement au virus.

L'État "privilégie le contrôle, l'enfermement et le renvoi"

Les tests PCR aussi sont problématiques. "Les personnes demandent parfois un test à plusieurs reprises, y compris en cas de symptômes, avant qu'il ne leur soit accordé", rapporte Laure Palun. Une fois testée positive, la personne est placée à l'isolement avec son camarade de chambre, considéré de fait comme cas contact.

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Reste que la lenteur des tests laisse craindre la formation d'un cluster au sein de la ZAPI. Dans un communiqué publié fin mars, l'Observatoire de l'enfermement des étrangers s'inquiétait déjà des conditions sanitaires dans les zones d'attente. "L’Observatoire de l’enfermement des étrangers s’indigne à nouveau du traitement réservé aux personnes étrangères dans les zones d’attente par le ministère de l’intérieur qui privilégie le contrôle, l’enfermement et le renvoi, au détriment de leur santé, et de la protection de toutes et tous contre le covid-19", dénonçait alors l'organisation.

Contactée par InfoMigrants, la Police aux frontières (PAF) n'a pour l'heure pas répondu à nos sollicitations.

 

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