Les migrants sont abandonnés dans le désert par les autorités algériennes. Crédit : OIM
Les migrants sont abandonnés dans le désert par les autorités algériennes. Crédit : OIM

Très critiquée sur sa gestion des flux migratoires, l'Algérie a officialisé la construction d'un centre d'accueil pour les migrants dans la ville de Djanet, à la frontière avec le Niger et la Libye.

L’Algérie commence-t-elle à revoir sa politique migratoire ? Traditionnellement opposé à la construction de centres d’accueil pour les migrants, le pays a pourtant lancé un projet en ce sens à Djanet, au sud-est, tout proche de la frontière avec le Niger et la Libye.

D’un montant de 2,5 millions d’euros, le centre sera partagé en plusieurs lots, indique le journal algérien El Watan qui a pu consulter l’avis d’attribution du projet. Il sera composé de onze logements, un bloc administratif, et une clôture de protection sécurisée par un poste de garde de police.

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Un centre plutôt que des retours à la frontière ?

L’objectif officiel, d’après les autorités : sécuriser ses frontières contre l’immigration clandestine.

Avec la construction du centre, l’Algérie se dote surtout d’une infrastructure à laquelle elle a souvent rechignée. Jusqu'à présent, pour gérer les flux migratoires sur son sol, le pays privilégie les reconductions forcées à la frontière, dans des conditions désastreuses. De nombreux témoignages et des rapports d'ONG rapportent de multiples violences et cas de tortures, et des migrants morts de soifs perdus dans le désert.

Cette année, 4 370 migrants ont été amenés d'Algérie au Niger sous la contrainte. Selon Médecins sans frontières (MSF), en 2020, un peu plus de 23 000 migrants sont arrivés dans la petite ville d'Assamaka, située dans le désert à la frontière entre l'Algérie et le Niger.

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En recoupant les chiffres officiels, et en prenant en compte la tendance qui existe dans les pays voisins", l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime "que le nombre des migrants irréguliers oscille entre 50 000 et 75 000" dans tout le pays.

Si l’Algérie mise aujourd’hui sur la construction d’un tel centre, c’est aussi parce que sa gestion migratoire lui coûte cher. En marge d’une journée d’étude organisée le 30 juillet 2017 à l’occasion de la Journée mondiale contre la traite d’êtres humains, l’ancienne présidente du Conseil national des droits de l’homme (CNDH), déclarait que "entre 2014 et 2016, l’Algérie a dépensé 800 millions de dinars [5 millions d’euros NDLR] pour rapatrier 18 000 femmes et 6000 enfants subsahariens", rapporte El Watan.

 

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