Une distribution de nourriture dans le nord de Paris. Crédit: : InfoMigrants
Une distribution de nourriture dans le nord de Paris. Crédit: : InfoMigrants

Ali, un migrant guinéen de 15 ans qu’InfoMigrants avait rencontré au début d’année, confie ne pas toujours manger à sa faim. Le jeune homme passe pourtant ses journées à écumer les différents points de distribution alimentaire parisiens. Mais les associations confirment une augmentation constante des bénéficiaires des repas gratuits et peinent, parfois, à servir tout le monde.

"Parfois, on ne mange pas, c’est comme ça", explique en riant Ali, mineur guinéen, arrivé en France au début d’année. Le jeune garçon de 15 ans, hébergé dans un hôtel social de Paris après avoir passé plusieurs semaines à la rue, confesse "avoir faim parfois". L’hôtel où il réside ne distribue qu’un seul repas par jour, vers 18h. "Ils font ce qu’ils peuvent, mais parfois, ça n’est pas assez. J’ai souvent faim. Nous n’avons rien le matin et le midi. Quand le soir arrive, nous n’avons pas assez avec ce que l’hôtel nous donne", détaille-t-il.

Ali passe donc ses journées dans les files d’attente des distributions alimentaires pour manger à sa faim et faire des réserves "au cas où". Mais depuis quelques semaines, la situation s’est compliquée. "Tu peux arriver vers 15h ou 16h à la Porte de la Villette ou à la Porte d’Aubervilliers pour attendre un repas. Mais parfois, tu n’as rien… Tout est parti. Les gens des associations te disent : 'Je suis désolé. C'est fini'. Et tu réalises que tu n’auras pas mangé de la journée".

Diverses associations parisiennes proposent des distributions de repas dans la capitale, notamment dans le nord de Paris. Certains bénévoles confirment les propos d’Ali : les rations commencent à manquer.

"Avant, on pouvait resservir les gens, maintenant, ce n’est plus possible"

C’est du moins le constat de Solidarité Migrants Wilson, un collectif d’aide aux migrants, qui organise une distribution tous les mardis soir à la Porte d’Aubervilliers. "Il y a quelques semaines, nous distribuions 200/250 repas le soir, et maintenant nous sommes à 400/450 repas", explique Philippe Caro, membre du collectif, joint par InfoMigrants. "La file d’attente ne cesse de s’allonger. Avant, on pouvait resservir les gens, maintenant, ce n’est plus possible."

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Les équipes mobiles de Solidarité Migrants Wilson, qui se déplacent en moto dans Paris pour distribuer de la nourriture aux personnes trop loin des points de distribution, confirment la tendance. "Avant, les bénévoles revenaient avec un surplus de nourriture qu’ils n’avaient pas réussi à écouler. En ce moment, ils reviennent en nous disant : ‘On a été juste. On a tout distribué’."

"À la fin, des gens repartent sans avoir mangé"

À l’association Une chorba pour tous, dans le 19e arrondissement de Paris, on se désole aussi de ne pouvoir servir des repas à tout le monde. "Il y a 20% de personnes en plus depuis quelques mois", confirme un bénévole de l’association à InfoMigrants. "On distribue actuellement 650 repas par jour, c’est le maximum qu’on puisse faire. Mais on ne peut pas servir tout le monde. À la fin, il y a des gens qui repartent sans avoir mangé, cela concerne environ 50 personnes chaque jour."

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Le bénévole décrit des files d’attente de plusieurs centaines de personnes devant le local de la Chorba. "Si les bénéficiaires n’arrivent pas vers 15h, ça va être compliqué pour eux d’avoir un repas. A 16h, il y a déjà 500 personnes qui patientent."

Moins de repas solidaires citoyens

Pour les associations, la pandémie de coronavirus a aggravé la situation déjà très précaire de ce public vulnérable. "De plus en plus de gens viennent à notre rencontre", confie encore le bénévole d'Une chorba pour tous. Pas seulement des migrants ou des primo-arrivants, "mais aussi des Français, des jeunes, des femmes, des familles qu’on ne voyait pas avant".

Pour Philippe Caro, de Solidarité Migrants Wilson, le couvre-feu a également compliqué l’accès à la nourriture. "Avant, beaucoup de Parisiens préparaient des plats et les distribuaient le soir, dans la rue, aux SDF, aux personnes qui avaient faim. Il y avait un réseau de solidarité en place. Mais avec le couvre-feu à 19h, je pense que beaucoup de repas ne sont plus distribués, les gens ont peur de se faire verbaliser."

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Ali a constaté que les "repas solidaires" sont en effet moins nombreux qu’avant. "Il y avait une dame qui faisait des repas sénégalais dans le nord de Paris. On y allait, on mangeait du tchep, on était trop contents. Mais maintenant, elle n’est plus là, je ne sais pas pourquoi. Il y a moins de gens dans la rue le soir pour nous aider."

Les jours de disette, Ali écume tout le nord de Paris à la recherche de nourriture. "On circule toute la journée. Mais quand y’a rien, y’a rien. On ne mange pas à notre faim, c’est comme ça. Je ne suis pas le seul dans cette situation", dit-il, toujours en riant. "Vous m'auriez dit qu'en France les gens ont faim, avant mon départ de Guinée, je ne vous aurais pas cru. C'est pas ce qu'on voit à la télé. On n’imaginait pas Paris comme ça."

 

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