L'évacuation du camp de Kara Tepe 1, à Lesbos, a commencé samedi 24 avril. Crédit : DR
L'évacuation du camp de Kara Tepe 1, à Lesbos, a commencé samedi 24 avril. Crédit : DR

Le camp pour migrants vulnérables de Lesbos, Kara Tepe 1, a été en grande partie évacué ces derniers jours en vue de sa fermeture imminente. Le lieu, ouvert depuis 2015, était considéré comme l'un des rares endroits à offrir un hébergement digne pour les demandeurs d'asile en Grèce. Les résidents vont désormais être transférés dans le hotspot de Kara Tepe 2, aux conditions déplorables.

Le camp de migrants de Kara Tepe 1, sur l'île de Lesbos, en Grèce, est en train de fermer ses portes. Samedi 24 avril, au petit matin, l'évacuation des 600 personnes qui y étaient hébergées a débuté : "Cinquante réfugiés vulnérables ont été déplacés par la police grecque", a tweeté l'ONG Médecins sans frontières (MSF) présente sur place. Depuis, environ 450 migrants au total ont dû quitter les lieux, et prendre la direction du "hotspot" de Lesbos, qualifié d'insalubre. Restent quelque 200 personnes dans Kara Tepe 1, dans l'attente de leur transfert. 

La fermeture de Kara Tepe 1, lieu dédié aux personnes dites vulnérables, avait été annoncée fin 2019. Ouvert depuis 2015, ce camp faisait office de modèle en Grèce, et même à l'échelle européenne. Des familles, des personnes avec des problèmes de mobilité ou avec des soucis de santé particulier, notamment au niveau mental, y étaient hébergées.

"Dans ce camp, les gens vivaient dans des conditions humaines, acceptables et dignes", commente Stephan Oberreit, chef de mission pour MSF Balkans basé à Athènes, contacté par InfoMigrants. "Ils vivaient dans des containers plutôt que sous des tentes, il y avait des activités périscolaires pour les enfants, et en termes de sanitaires, les choses étaient tout à fait décentes. C'était comme un petit village."

Transférés à "Kara Tepe 2" ou "Moria 2.0"

Pour les autorités, cette fermeture se justifie par une volonté de regrouper tous les demandeurs d'asile dans une seule et même structure. En l'occurrence, dans le nouveau hotspot temporaire de l'île de Lesbos, Mavrovouni. Situé sur un ancien terrain militaire en bord de mer, près de la capitale Mytilène, il est également surnommé "Kara Tepe 2" ou "Moria 2.0" et a été érigé à la hâte après l'incendie, en septembre 2020, de l'immense camp de Moria. Des milliers de personnes y sont actuellement logées dans des conditions désastreuses, sans accès à l'eau courante ni à l'électricité.

"Les autorités veulent surtout que les migrants soient dans un camp fermé loin de toutes activités urbaines", insiste Stephan Oberreit, pour expliquer la décision du gouvernement.

À l'automne dernier, un autre camp, Lesvos Solidarity-Pikpa, dit "Pikpa", qui était lui auto-géré par des bénévoles, avait déjà été fermé. L'endroit était pourtant, lui aussi, considéré comme un modèle, et même comme un havre de paix et de stabilité, en termes d'hébergement des migrants : une structure restreinte, où vivaient des personnes vulnérables, en majorité des femmes et des enfants. Pour justifier leur action, les autorités avaient alors dénoncé l'occupation illégale des lieux.

"Pikpa et Kara Tepe 1 étaient sur la sellette depuis un certain temps", continue Stephan Oberreit. "Pour nous c'est absurde : on est dans un paradoxe complet et on fait l'inverse de ce qu'il faudrait faire. On préfère mettre des gens qui étaient dans des conditions acceptables dans des conditions encore pires - plutôt que l'inverse", s'offusque-t-il, parlant d'un revirement de situation survenu depuis les élections de 2019, qui ont marqué la défaite du Premier ministre de gauche Alexis Tsipras et la victoire de la droite.

>> À (re)lire : Grèce : une demandeuse d’asile afghane enceinte tente de s’immoler par le feu à Lesbos

L'évacuation a d'ailleurs causé la détresse et l'angoisse de certains migrants, dont au moins l'un d'entre eux a depuis été sujet à des malaises, rapporte MSF.

"On n'est pas traités comme des êtres humains"

À Mavrovouni - ou Kara Tepe 2 -, les conditions de vie ne sont en effet pas du tout les mêmes : surpopulation, mauvaises conditions sanitaires, hébergements sous des "bâches"... "Il n'y a pas de toilette, pour aller puiser de l'eau, il faut beaucoup marcher... La situation est très compliquée. On n'est pas traités comme des êtres humains", lance Théthé Kongé, une demandeuse d'asile résidente des lieux contactée par InfoMigrants. 

Cette migrante congolaise de 39 ans évoque un quotidien d'autant plus "bouleversé" depuis l'évacuation du camp de Kara Tepe 1. "On nous a transférés sous des bâches pour faire de la place aux nouveaux arrivants [jusqu'à présent, Théthé Kongé et son groupe vivaient dans des sortes de préfabriqués, ndlr]. Il fait chaud, c'est difficile de respirer là-dessous."

>> À (re)lire : Dans le quartier des femmes du camp de Kara Tepe 2 en Grèce : "C'est de la torture mentale d'être là"

Un énième nouveau camp, fermé et sécurisé à l'aide notamment de portiques, doit à terme remplacer le camp de Kara Tepe 2, à une date encore indéterminée, ont annoncé les autorités grecques. Plus reculé, il devrait être "perdu dans les terres pour distancer les réfugiés de la population locale", selon Stephan Oberreit.

Si Lesbos est loin d'être décongestionnée, comme le souhaiteraient les autorités, force est de constater que le nombre de migrants sur l'île a drastiquement baissé ces derniers mois. En septembre, environ 12 000 demandeurs d'asile y étaient présents. Désormais, la population de migrants de Lesbos tourne davantage autour de 5 500, selon des données officielles. 

Une baisse qui s'explique par les transferts de réfugiés vers, notamment, la Grèce continentale et l'Allemagne. Et aussi par les "pushbacks" d'embarcations de migrants en mer Egée, régulièrement dénoncés par les ONG et les migrants eux-mêmes, dont la conséquence est une baisse des arrivées.

 

Et aussi

Webpack App