Une vue de la ville de Tanger au Maroc. (Photo d'illustration). Crédit : Domaine public
Une vue de la ville de Tanger au Maroc. (Photo d'illustration). Crédit : Domaine public

Jeudi 29 avril, l'ONU et le royaume chérifien ont signé une convention pour favoriser une meilleure intégration des réfugiés au Maroc via le système scolaire. Près de 3 000 d'entre eux ont moins de 18 ans. Et une majorité désertent les bancs des collèges et lycées, déplore l'ONU.

Reprendre le chemin de l'école : voilà l’objectif commun du royaume chérifien et de l'ONU qui ont signé jeudi 29 avril une convention pour la jeunesse réfugiée. Cet accord a été plus précisément conclu entre le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) et le ministère marocain de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

"Notre objectif est clair : l’intégration des immigrés via le système scolaire marocain", résume François Reybet-Degat, le représentant du HCR au Maroc, joint par InfoMigrants. Concrètement, cette convention doit inciter les réfugiés à retourner sur les bancs de l'école, du collège et de l'université où ils pourront prendre des cours d’arabe, de culture marocaine ainsi que participer à des activités culturelles, sportives et linguistiques. L'accord prévoit aussi des actions pour faciliter l’inscription dans les établissements scolaires ou encore des journées de sensibilisation sur le thème de la migration dans les écoles.

Cette convention n'est pas inédite, elle fait partie des nombreux accords signés dans le cadre de la "Stratégie nationale Immigration et Asile" lancée en 2014 au Maroc pour aider les réfugiés à s'intégrer. Mais elle n'est pas un détail, veut croire le représentant du HCR. "Cette convention est une étape très importante dans la politique menée par le royaume. Aussi importante que la politique d'accès des réfugiés à la santé, par exemple."

"86% des réfugiés sont intégrés à l'école primaire, mais seuls 36% dans le secondaire"

Sur les quelque 8 000 réfugiés statutaires présents au Maroc – et enregistrés en tant que tel par le HCR – près de 3 000 ont moins de 18 ans. Mais environ la moitié n’est pas scolarisé. "Un certain nombre de ces jeunes réfugiés ne vont pas à l’école. Or l’inclusion de cette population étrangère via le système éducatif marocain est absolument essentielle", explique encore le représentant du HCR.

Selon les chiffres avancés par le Haut-Commissariat au Maroc, "86% des enfants de réfugiés statutaires sont intégrés à l’école primaire, mais seuls 36% continuent vers le secondaire", regrette François Reybet-Degat. "Tous les enfants ont vocation à entrer dans le système éducatif marocain. Personne ne doit être laissé sur le bas-côté."

Le défi pour le HCR et le Maroc : cibler ces réfugiés-adolescents qui désertent l’école. "Ce n’est pas toujours simple au regard de la situation socio-économique des parents. Quand on doit aider sa famille, quand on ne parle pas bien l’arabe, c’est dur de se motiver", explique encore François Reybet-Degat. "C’est pour cela que nous signons cette convention, pour poursuivre ce travail d’inclusion."

Parmi les 8 000 réfugiés vivant au Maroc, "plus de 50%" viennent de Syrie, "16% du Yémen, Pakistan et Irak, et 16% d’Afrique subsaharienne", détaille le représentant du HCR.

Des initiatives qui ne concernent que peu de monde, regrette l'AMDH

L’association marocaine des droits de l’Homme (AMDH) salue la signature de cette convention mais regrette qu’elle ne se limite qu’aux réfugiés statutaires. "[Par rapport à tous les migrants sans papiers], le nombre [de personnes concernées par cette convention] est limité", explique l’association à InfoMigrants. "Ces initiatives ne sont pas nouvelles. Les réfugiés et leurs enfants peuvent poursuivre leurs études dans les écoles marocaines qu’elles soient publiques ou privées. Le souci au Maroc concerne des milliers de migrants exclus de l’enseignement."

Selon le sociologue Mehdi Alioua, membre fondateur du Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et des migrants (Gadem), interrogé par Le Monde au printemps dernier, on compte "au moins 20 000" migrants, en grande majorité originaires d’Afrique subsaharienne, au Maroc. Ces sans-papiers vivent au jour le jour dans des secteurs informels, mal payés. L’immense majorité veut se rendre en Europe – via les Canaries ou les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla - et ne considèrent le Maroc que comme un pays de transit. Beaucoup de jeunes ne prennent donc pas le chemin du lycée ou de l’université.

>> À (re)lire sur InfoMigrants et les Observateurs de France 24 : "Où sont Salif et Moussa ?" : au Maroc, l'arrestation ordinaire de deux migrants subsahariens

Le royaume chérifien ne jouit pas d’une bonne réputation auprès des Africains noirs qui vivent ou sont de passage dans le pays. Nombreux disent y être victimes de racisme et de violences policières. Outre la capitale Rabat, la police marocaine mène régulièrement des raids dans les forêts situées à proximité de Tanger, où des migrants vivent cachés en attendant de tenter de gagner les côtes espagnoles par le Détroit de Gibraltar. 

>> À (re)lire sur InfoMigrants : Mort d’un migrant guinéen au Maroc après une intervention policière

 

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