Des membres de "Génération identitaire" s'approchent de l'Aquarius, dans le port de Catane. Capture d'écran Facebook
Des membres de "Génération identitaire" s'approchent de l'Aquarius, dans le port de Catane. Capture d'écran Facebook

Dans la soirée du vendredi 12 mai, plusieurs membres de "Génération identitaire", un mouvement de l’ultra-droite, a tenté d’empêcher l’Aquarius, le navire humanitaire qui secourt les migrants en mer, de quitter le port italien de Catane.

Plusieurs membres du groupe "Génération identitaire", venus de plusieurs pays d’Europe, ont tenté de barrer la route de l’Aquarius, le navire humanitaire de SOS Méditerranée, dans le port italien de Catane, vendredi dernier.

A 21 heures, alors que le navire de l’ONG s’apprêtait à repartir en mer après une escale, un petit zodiac s’est approché du bateau pour tenter de lui barrer la route. A bord, quatre militants du mouvement d’extrême-droite, dont une femme, Lauren Southern qui a filmé son action, ont allumé un feu de détresse et déployé une banderole "Stop au trafic d’êtres humains". Les activistes, qui n’ont pas essayé de monter à bord, ont été interpellés par les gardes-côtes italiens quelques minutes plus tard. C’est la première fois que l’ONG SOS Méditerranée, qui affrète l’Aquarius, est confrontée à ce genre d’incident.

Sur son site internet, le groupe d'extrême-droite assume ses actes. Dans l'un de ses communiqués, le mouvement accuse les navires humanitaires d’être "complices de l’immigration illégale". "L’attitude des ONG telles que [l’Aquarius] est irresponsable et criminelle. Irresponsable car elle participe de l’immigration massive qui cause tant de problèmes en Europe. Criminelle car elle encourage les immigrés clandestins à prendre des risques considérables en traversant la mer dans des embarcations de fortunes, causant ainsi de nombreuses morts."

L'argument de l'appel d'air est "déconnecté de toute réalité"

L’argument de "l’appel d’air" est régulièrement utilisé dans les milieux de la fachosphère pour tenter de décrédibiliser les missions des ONG qui sillonnent la Méditerranée pour secourir des migrants. Selon Génération identitaire, l’Aquarius encourage le trafic d’immigrés. L’argument est pourtant erroné : que les ONG soient là ou pas, les migrants cherchent – et chercheront toujours - toujours à traverser la Méditerranée.

"L’argument [de ce groupe identitaire] n’est pas nouveau. Mais il est déplorable parce qu’il consiste à faire porter sur la société civile les problèmes que les États ne sont pas à mêmes de résoudre", rappelle Jean-François Dubost, responsable du Programme Protection des populations de l'association Amnesty France, contacté par InfoMigrants. "C’est un argument déconnecté de toute réalité : avant les années 2011-2012, il y a eu des milliers de morts en Méditerranée alors que les ONG n’étaient pas encore là. Rappelez-vous le drame d’octobre 2013 : près de 400 migrants sont morts dans le naufrage de leur embarcation au large de Lampedusa. Il n’y avait pas encore d’opération humanitaire." En 2016, plus de 180 000 personnes ont atteint les côtes italiennes, 90% d’entre elles étaient parties de Libye.

SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, ONG partenaire de l’Aquarius, ne souhaitent pas communiquer sur l’incident, et n’ont pas, pour le moment, porté plainte. Les quatre activistes, quant à eux, ont été relâchés quelques heures après leur interpellation.

Depuis plusieurs semaines, les navires humanitaires (Aquarius, Vos Hestia, Sea Watch...) font face à de nombreuses critiques. A l'instar de "Génération identitaire", le procureur italien Carmelo Zuccaro et l'agence européenne des contrôles des frontières Frontex les accusent de collaborer avec des passeurs. Les ONG démentent unanimement ces allégations et rappellent qu’elles s’attachent uniquement à sauver des vies.

>> À lire sur InfoMigrants : "Les canots qui partent de Libye n'ont aucune chance d'arriver en Italie " 

 

Et aussi