À Paris, un gymnase a été réquisitionné par des centaines de sans-abri et un collectif d'associations pour réclamer des logements, jeudi 6 mai. Crédit : Twitter / Utopia 56
À Paris, un gymnase a été réquisitionné par des centaines de sans-abri et un collectif d'associations pour réclamer des logements, jeudi 6 mai. Crédit : Twitter / Utopia 56

L'État, avec la participation de la ville de Paris, a trouvé des solutions d'hébergement aux 400 personnes qui avaient occupé un gymnase parisien jeudi 6 mai.

Ils ont finalement obtenu gain de cause. Après 7 heures d'occupation d'un gymnase parisien du 11e arrondissement, les 400 personnes qui l'avaient investi, dont 350 sans-abri, ont toutes été prises en charge par l'État, avec la participation de la ville de Paris. Parmi eux, entre 200 et 300 migrants, pour beaucoup originaires d'Afrique subsaharienne ou d'Afghanistan. Soit "81 personnes dans les familles, 26 femmes seules, 22 personnes dans les couples, 136 hommes seuls et 72 mineurs", a détaillé Utopia 56.

Pour le collectif Réquisitions, à l'origine de l'opération organisée jeudi 6 mai, "cette nouvelle victoire permet à des familles, des mineurs isolés, des femmes et des hommes seuls, de sortir enfin de la rue qui tue à petit feu". "Trop d'entre elles/eux depuis des semaines faisaient appel en vain au 115", a fait savoir l'association sur sa page Facebook.

>> À (re)lire : Paris : suite à une "opération réquisition" de l'Hôtel-Dieu, 80 sans-abri trouvent un hébergement

Maël de Marcellus, un responsable parisien de l'association Utopia 56, membre de ce collectif, avait exigé "une mise à l'abri pour toutes ces personnes, ces familles et ces mineurs qui dorment à la rue". "Notre réseau d'hébergeurs solidaires ne peut plus assumer cet hébergement", avait-il expliqué à l'AFP.

"On est dos au mur"

Malgré tout, pour les militants, la situation reste urgente. Elle empirerait même. Dans un communiqué diffusé jeudi, Utopia 56 pointe un nombre de sans-abri à Paris "en hausse constante", même s'il est difficile d'obtenir des estimations précises car les gens sont "dispersés" sur le territoire. Parmi eux, figurent en tout cas "de nombreuses personnes exilées ayant traversé les frontières au péril de leur vie" et qui sont désormais confrontées à "l'insuffisance de lieux d’accueil" en France.

Les solutions, pourtant, seraient faciles à trouver : "3,1 millions de logements sont vacants, dont 400 000 en Île-de-France et 117 000 à Paris, sans compter les nombreux locaux et bureaux vacants", estiment les militants.

>> À (re)lire : "On fait ce que l'État ne fait pas" : la survie de 250 migrants dans un squat insalubre aux allures de camp

"Si on fait ce genre d'actions, c'est qu'on n'a plus le choix, on est dos au mur, on espère que les autorités vont prendre la mesure de la situation", s'est, quant à lui, justifié Kerill Theurillat, autre responsable d'Utopia56.

Ce dernier, contacté par InfoMigrants, précise d'ailleurs que 300 autres personnes à la rue n'ont pas pu prendre part à cette action en raison de la situation sanitaire. "Car sinon ça aurait fait trop de monde dans un lieu fermé", dit-il.

Retour à la rue

Après l'occupation de l'école désaffectée du16e arrondissement de Paris en janvier, de l'Hôtel-Dieu en février, et de la place de la République fin mars, il s'agit de la quatrième opération coup de poing du collectif Réquisitions. Au total, grâce à cette campagne pacifique, 1 060 personnes ont été sauvées de la rue. Des "personnes exilées, pour lesquelles une vraie politique d'accueil en France doit être mise en place", plaide l'organisation.

Selon elle, les trois dernières actions ont permis de mettre à l'abri 720 personnes. Mais Kerill Theurillat nuance : de nombreuses sont depuis retournées à la rue.

C'est le cas d'Armelle Olivia Sonfack, une Camerounaise de 30 ans arrivée en France il y a trois mois. Avec ses jumeaux de trois ans, cette jeune femme oscille désormais entre la rue et les hébergements chez l'habitant ou dans des églises proposés par certaines associations.

>> À (re)lire : Opération "réquisition" : quand les collectifs parisiens investissent des logements vides pour héberger les migrants

"Depuis lundi, je suis de nouveau dehors. Après la place de la République, j'ai été hébergée une semaine à l'hôtel, puis je suis retournée à la rue. Puis 10 jours à l'hôtel, et ainsi de suite", raconte-t-elle à l'AFP, dans les gradins du gymnase.

"Le problème risque de s'aggraver avec la fin de la trêve hivernale et la reprise des flux migratoires à l'été", a réagi, de son côté, Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge de l'accueil des réfugiés et de l'hébergement d'urgence. "Nous souhaitons mettre en œuvre des solutions pérennes avec l'État, dont c'est la responsabilité." "La lutte du pour le respect du droit à un toit pour tou.te.s, une obligation légale de l'État, rappelle lui aussi le collectif Réquisitions.

 

Et aussi