Image d'illustration de l'ancien camp du Basroch. Crédit : Mehdi Chebil
Image d'illustration de l'ancien camp du Basroch. Crédit : Mehdi Chebil

Dans le nord de la France, 200 migrants vivent dans un bois, et lundi 15 mai, une rixe impliquant une soixantaine de migrants a éclaté à Calais.

"Ce n’est pas normal que des personnes vivent dans de telles conditions au 21ème siècle", souffle à InfoMigrants Claire Millot, secrétaire générale de l’association Salam, qui vient en aide aux migrants.

Selon les bénévoles actifs dans le nord de la France, entre 500 et 600 migrants seraient présents dans les environs de Calais et au moins 250 près de l’ancien camp de Grande-Synthe, dans le bois de Puythouck.

"Les forces de l’ordre font des rondes la nuit pour arracher leurs sacs de couchage"

Suite à l’incendie du camp de Grande-Synthe en avril dernier, la majorité des migrants a été logée dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO). Cependant, une partie d’entre eux, "environ 40", n’a pas voulu quitter les lieux. À ce chiffre, s’ajoute ceux qui sont depuis partis des CAO mais aussi ceux arrivant directement de la route de l’exil, étonnés de voir que le camp n’existe plus. "Les passeurs leur mentent et leur disent que le camp existe toujours alors quand les migrants arrivent, ils sont complètement désabusés", précise Claire Millot.

"Ils seraient 250 à vivre dans les bois mais chaque jour ce chiffre augmente", assure la secrétaire générale de Salam. Parmi eux, des femmes seules, certaines enceintes, mais aussi quelques familles. Quand ils sortent du bois, ils sont chassés par la police. "Les forces de l’ordre font même des rondes la nuit pour arracher leurs sacs de couchage et envoyer du gaz lacrymogène", dénonce François Guennoc de l’association L'auberge des migrants. Selon les associations, les consignes émanant de la préfecture sont claires : ne pas créer de point de fixation et décourager toute personne de venir dans la région.

Pourtant, les migrants sont bien présents et leurs conditions de vie restent déplorables : ils n’ont pas accès à l’eau, ne peuvent se laver excepté dans le lac le plus proche mais qui est sale, et dorment dans les bois sous la pluie, à même le sol. Pour les aider à survivre, les associations locales distribuent deux fois par jour des repas et les églises de la ville stockent des bouteilles d’eau à destination des migrants.

"La police ne nous lâche pas"

À Calais aussi où la "jungle" a été démantelée en octobre 2016, la situation se dégrade chaque jour un peu plus. À tel point que lundi 15 mai, une rixe impliquant une soixantaine de migrants a éclaté près de la zone industrielle des Dunes, où ont lieu les distributions de repas. Avec l’arrivée des forces de l’ordre et des tirs de grenades lacrymogènes, les migrants se sont rapidement dispersés.

Pour Gaël Manzi de l’association Utopia 56, rien d’étonnant à ce que les choses dégénèrent. Les associations dénoncent notamment la pression constante exercée par les forces de l'ordre. "La police ne nous lâche pas et quand nous avons le dos tourné, elle s’en prend aux migrants", note ainsi François Guennoc. Comme à Grande-Synthe, les forces de l’ordre empêcheraient les jeunes migrants à dormir la nuit en leur envoyant du gaz lacrymogène et en arrachant leurs sacs de couchage.

Pour les ONG, une chose est sûre : "une jungle va se recréer", assure Sylvie Desjonquières, responsable Emmaüs à Grande-Synthe. Les migrants du nord de la France n’ont qu’une idée en tête : rejoindre l’Angleterre. En effet, beaucoup d’entre eux ont de la famille sur place et parlent déjà la langue. "S’ils continuent de venir, c’est que certains y arrivent encore", souligne-t-elle.

 

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