Un gilet de sauvetage en mer Égée, en 2016. Crédit : Picture alliance
Un gilet de sauvetage en mer Égée, en 2016. Crédit : Picture alliance

Le procès d'un Somalien de 27 ans doit se tenir jeudi à Mytilène, sur l'île grecque de Lesbos. Les autorités grecques l'accusent d'être un passeur et d'avoir provoqué la mort de deux personnes lors d'un naufrage en mer Égée, début décembre. Ce père de quatre enfants s'en défend : il explique avoir, au contraire, porté secours aux migrants à bord. Il encourt une peine de prison à perpétuité.

Mohamad H., un Somalien de 27 ans, père de quatre enfants, est accusé par les autorités grecques de "mise en danger de la vie d'autrui" et d'avoir causé la mort de deux personnes. Il doit être jugé jeudi 13 mai, à Mytilène (Lesbos), alerte l'organisation Bordeline Europe. Il encourt une peine de prison à perpétuité.

Retour sur les faits. Le 2 décembre 2020, Mohamad H. monte dans un canot pneumatique depuis les côtes turques avec 33 autres personnes, dont trois enfants, en direction des îles grecques. Les conditions météorologiques sont mauvaises et l'embarcation chavire, avait indiqué, à l'époque, dans un communiqué le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).

Mohamad H., "sans expérience de la navigation" tente alors d'empêcher un naufrage et prend le contrôle du canot pour "sauver la vie de tout le monde", précise Bordeline Europe qui cite des rescapés de l'embarcation. Le bateau fait finalement naufrage près de l'île de Lesbos. Les passagers tombent à l'eau mais sont secourus peu de temps après par les garde-côtes grecs. Deux femmes périssent malgré tout dans l'accident.

Soupçonné d'être un passeur

Débarqué au port de Mytilène avec les autres naufragés, Mohamad H. est alors arrêté pour "conduite du bateau" et par conséquent accusé d'avoir transporté "illégalement des ressortissants de pays tiers sur le territoire grec". En d'autres termes, il est soupçonné d'être un passeur. Le Somalien est depuis le 2 décembre incarcéré dans une prison de Chios, dans l'attente de son procès.

>> À (re)lire : Selon The Guardian, plus de 2000 personnes sont mortes à la suite de refoulements illégaux aux portes de l’UE

Comme l'expliquent ses avocats, Dimitris Choulis et Alexandros Georgoulis, "la loi grecque sur la migration est très stricte : il suffit de toucher le gouvernail d'un navire pour être condamné à de nombreuses années de prison en tant que passeur". Pour sa défense, les conseils du Somalien veulent faire valoir la loi grecque relative à l'article 25 du Code pénal, selon laquelle une personne qui enfreint la loi lors d'"une situation d'urgence" ne peut être condamnée si elle permet d'éviter un drame.

Des centaines de migrants enfermés dans les prisons grecques

"Il est temps de commencer à appliquer l'ensemble de la loi grecque et non seulement quelques unes qui contribuent à criminaliser les demandeurs d'asile", insistent les avocats. "Il est clair que l'accusé a tenté d'empêcher la mort des passagers et que son contrôle du bateau n'était pas une décision mais une nécessité", ajoutent-ils, précisant que le ministre grec des Migrations avait à l'époque accusé les garde-côtes turcs d'avoir causé le naufrage.

Dans son communiqué, Bordeline Europe se montre "solidaire" de Mohamad H. et condamne "cette injustice flagrante et cette grave atteinte au droit d'asile".

Le cas de ce Somalien n'est pas un cas isolé, rappelle l'organisation qui estime qu'une centaine de migrants sont emprisonnés en Grèce pour les mêmes raisons. En novembre, le père, d'origine afghane, d'un enfant mort lors de la traversée de la Mer Égée a été accusé de "mise en danger de la vie d'autrui". Il risque jusqu'à 10 ans de prison. Plus récemment, un jeune Syrien a été condamné à 52 ans de prison et une amende de 242 000 euros pour "entrée illégale" et "[facilitation] d'entrée illégale" sur le territoire grec, signale Bordeline Europe.

 

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