Des migrants, à la frontière entre la Serbie et la Roumanie. Crédit : Reuters
Des migrants, à la frontière entre la Serbie et la Roumanie. Crédit : Reuters

Dans un rapport publié lundi, le Global Initiative Against Transnational Organized Crime a fait un état des lieux des trafics illégaux dans les Balkans. L'immigration irrégulière rapporte gros : selon l’organisation, cette activité peut générer jusqu’à 50 millions d’euros de recettes par an pour les passeurs.

Avec le trafic de drogues, l’immigration irrégulière représente, dans les Balkans, l’une des activités illicites qui génèrent le plus d’argent. Dans un rapport publié lundi 10 mai, le Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC) établit que le passage des migrants dans les Balkans représente une manne financière qui peut atteindre 50 millions d’euros par an, pour les passeurs.

Dans cette région que les migrants traversent depuis la Grèce ou la Turquie, dans le but d’atteindre l’Europe de l’Ouest, les principaux lieux de trafic sont les zones frontalières.

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Mais ce qu’ont constaté les auteurs de ce rapport réalisé fin 2020, à partir d’interviews sur le terrain et de données d’organisations telles que l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) et le HCR (Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés), c’est que le renforcement des contrôles de frontières par les États a pour premier effet d’enrichir les passeurs. "La construction de barrières en 2016 a généré un marché pour le trafic de migrants", écrivent-ils.

Et cette manne financière n’a pas été affaiblie par la pandémie de Covid-19, au contraire. "Le nombre de demandeurs d’asile et migrants arrivant dans l’ouest des Balkans s’est accru en 2020", souligne le rapport.

Trois "niveaux" de passeurs

La mise en place de l’état d’urgence dans plusieurs pays et les fermetures des frontières "ont créé des situations d'urgence humanitaire dans certains endroits (en particulier à proximité des principaux postes frontières) et limité la liberté de mouvement à l'intérieur et entre les pays", ajoutent les auteurs du rapport. La situation a profité aux trafiquants en tout genre qui ont, contre rémunération, proposé des options de passage.

Dans le détail, l'organisation décrit un système qui reposent sur trois types de passeurs : les "fixers", les "gatekeepers" et les "package dealers". Les premiers désignent principalement des taxis – officiels ou non – qui transportent les migrants depuis le point d’entrée d’un pays vers la capitale ou bien vers une zone frontalière.

À l’échelle de tous les trafics, leur activité est celle qui génère le moins d’argent. Il faut par exemple compter 100 à 300 euros pour rejoindre le canton d’Una sana, dans le nord de la Bosnie-Herzégovine, depuis la frontière du Monténégro.

Les "gatekeepers" sont chargés de l’étape suivante. Ils "ouvrent la porte du pays suivant le long du parcours, le plus important étant l'entrée dans un pays [de l'Union européenne], comme la Croatie ou la Hongrie", affirme le rapport du GI-TOC.

Parmi les "gatekeepers", on trouve aussi bien des locaux ayant une bonne connaissance de la zone que des membres des communautés auxquelles appartiennent les demandeurs d’asile. Les sommes en jeu sont déjà bien plus élevées.

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"Par exemple, les migrants paient environ 2 500 euros pour voyager de Subotica, dans le nord de la Serbie, jusqu'à la frontière hongroise, où ils sont hébergés dans des fermes et des usines abandonnées, avant d'être introduits clandestinement en Hongrie", précisent les auteurs du rapport. Le trajet de Belgrade (Serbie) à Bihac (Bosnie), via la rivière Drina, coûte, lui, 1 500 euros par personne.


Coût de l'immigration irrégulière à travers les frontières des Balkans. Crédit : Global Initiative Against Transnational Organized Crime.
Coût de l'immigration irrégulière à travers les frontières des Balkans. Crédit : Global Initiative Against Transnational Organized Crime.


"Environ 6 000 € depuis le Pakistan"

Mais les plus grosses sommes concernent les "package dealers", ces passeurs qui vendent aux migrants un voyage complet depuis leur pays de départ jusqu’en Europe de l’Ouest.

"Traverser plusieurs frontières internationales dans la région peut coûter entre 600 et 20 000 euros par personne, selon le point de départ et la destination", souligne le rapport. Ainsi, "le prix payé pour passer de l'Iran ou l'Afghanistan vers un pays de l'UE varie de 3 000 à 3 500 euros par personne."


Coût des "packages" pour franchir plusieurs frontières. Crédit : Global Initiative Against Transnational Organized Crime.
Coût des "packages" pour franchir plusieurs frontières. Crédit : Global Initiative Against Transnational Organized Crime.


Les auteurs affirment avoir interrogé en Bosnie des personnes qui avaient payé "environ 6 000 € depuis le Pakistan".

Pour tenter d’évaluer les montants que représente l’immigration irrégulière dans les Balkans, les auteurs du rapport ont établi des estimations à partir de trois zones en particulier : la zone frontalière entre la Grèce, la Macédoine du Nord et l'Albanie; la frontière entre la Bosnie-Herzégovine et l'UE et la zone frontalière entre la Serbie, la Hongrie et la Roumanie.

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"Avec une marge d'erreur de plus ou moins 20 %, la valeur marchande totale aux points d'entrée dans le sud de l’Europe se situe entre 20 millions et 28 millions d'euros, tandis que la valeur estimée aux points de sortie se situe entre 14,4 millions et 21,4 millions d'euros." C’est l’addition de ces nombres qui permet d’arriver à la somme de 50 millions d’euros concernant l’immigration irrégulière sur l’ensemble des Balkans.

Cette somme ne concerne pourtant qu’une fraction de l’ensemble de l’argent généré par l’immigration irrégulière. D’autres routes existent – "par exemple d’Albanie vers l’Italie en bateau" - et représentent également des mannes financières importantes.

En 2018, 5 869 personnes ont emprunté la route des Balkans pour rejoindre l’Europe de l’Ouest, selon Frontex, l'agence européenne de surveillance des frontières. Un nombre sans doute sous-estimé car, la même année, plus de 45 000 migrants se trouvaient en Serbie et près de 24 000 en Bosnie-Herzégovine. 

 

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