Mi-avril, notre rédaction a été contactée par des migrants se trouvant dans un centre de quarantaine aux conditions précaires sur l'île de Fuerteventura, dans l'archipel espagnol des Canaries. Crédit : Observateurs
Mi-avril, notre rédaction a été contactée par des migrants se trouvant dans un centre de quarantaine aux conditions précaires sur l'île de Fuerteventura, dans l'archipel espagnol des Canaries. Crédit : Observateurs

En 2020, plus de 23 000 migrants partis des côtes africaines sont arrivés dans l'archipel espagnol des Canaries. Certains sont bloqués sur place depuis des mois, dans des conditions parfois difficiles. Notre rédaction a été alertée mi-avril par des migrants se trouvant dans un centre de quarantaine sur l'île de Fuerteventura.

Depuis le 30 mars, Ahmed (pseudonyme), un migrant guinéen arrivé en octobre 2020 dans l'archipel des Canaries, est enfermé dans un centre de quarantaine sur l'île de Fuerteventura. Ce centre, appelé la "Nave del Queso", doit permettre aux migrants positifs au Covid-19 et leurs cas contacts de s'isoler. Mais pour Ahmed, ce n'est pas adapté : mi-avril, il a envoyé plusieurs images à notre rédaction depuis ce hangar, aménagé avec les moyens du bord en plusieurs espaces délimités par des bâches et des grillages.

"On est là depuis 35 jours. La journée, on ne fait que dormir, on ne va pas dehors, absolument tout est fermé, explique-t-il. En plus, les WC se trouvent à côté de là où on dort. Là-bas, on mange, on fait tout. Parfois, si les WC sont pleins, il y a de l'eau qui coule. On ne peut pas vivre ici, c'est impossible. En plus, nous manquons de nourriture, et d'eau à boire. Ici, les gens sont malades, physiquement et psychologiquement."

Dans un rapport publié le 23 avril, Amnesty International Espagne a estimé que ce centre de quarantaine ne répondait pas aux "conditions sanitaires minimales". Les autorités ont annoncé sa fermeture prochaine, sans avancer de date. Contacté à nouveau le 11 mai, après cette annonce, Ahmed se trouve toujours à la "Nave del Queso". "C'est notre 42e jour ici aujourd'hui", a-t-il confirmé, en envoyant de nouvelles images.


Des migrants attendent de faire un test PCR dans le centre de quarantaine de l'île de Fuerteventura, le 11 mai 2021. Crédit : DR
Des migrants attendent de faire un test PCR dans le centre de quarantaine de l'île de Fuerteventura, le 11 mai 2021. Crédit : DR


Les migrants qui ne sont pas concernés par une quarantaine sont pour la plupart hébergés dans des centres mis en place par les autorités. Mais la situation peut également y être tendue : le 5 avril, la police est intervenue dans le "macrocampement" de Las Raices, sur l'île de Tenerife, après des affrontements.

Un manque de "psychologues, avocats et travailleurs sociaux"

Pour Roberto Mesa, membre de l'Assemblée d'aide aux migrants de Tenerife, ces violences pourraient être évitées : "Les conditions sont très mauvaises dans le centre, avec des personnes de plusieurs nationalités qui parlent différentes langues, de la nourriture qui manque, et il y fait froid [la nuit]. Tout cela génère beaucoup de conflits. Nous estimons que s'il y avait plus de psychologues, plus d'avocats, plus de travailleurs sociaux, ces problèmes ne se poseraient pas", précise-t-il.

"Le 15 février, 25 personnes se sont installées dehors pour protester contre les conditions dans le 'macrocampement' et pour demander des solutions. Ces personnes ont reçu de l'aide de l'Assemblée d'aide aux migrants de Tenerife, qui distribue de la nourriture chaude, des vêtements, nous leur avons rapporté des tentes", continue le militant.


L'Assemblée d'aide aux migrants de Tenerife apporte de la nourriture aux migrants de Las Raices. Crédit : Assemblée d'aide aux migrants de Tenerife
L'Assemblée d'aide aux migrants de Tenerife apporte de la nourriture aux migrants de Las Raices. Crédit : Assemblée d'aide aux migrants de Tenerife


Le gouvernement espagnol accélère les transferts

De son côté, le gouvernement espagnol assure que les îles Canaries ne sont pas des "îles prisons" et accélère les transferts vers d'autres régions espagnoles.

Sur les quatre premiers mois de l'année 2021, au moins 4 300 migrants ont ainsi été envoyés en Espagne continentale, contre seulement 2 100 sur toute l'année 2020.

Dans les structures officielles de l'archipel, il ne resterait que 7 000 migrants, dont près de 2 000 mineurs. Des chiffres auxquels il faut ajouter les personnes se trouvant dans les campements informels, selon les associations.

 

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