Femmes excisées et promises à un mariage forcé, hommes vivant la nuit de peur d’un passage à tabac... Tous le disent : s’ils avaient eu le choix, ils n’auraient pas quitté le pays. Crédit : Getty Images
Femmes excisées et promises à un mariage forcé, hommes vivant la nuit de peur d’un passage à tabac... Tous le disent : s’ils avaient eu le choix, ils n’auraient pas quitté le pays. Crédit : Getty Images

En cette Journée internationale de lutte contre l’homophobie, rencontre avec Esther, Rama, John et Felix. Ils ont entre 20 et 38 ans et viennent du Burkina Faso, du Sénégal et d’Haïti. Lesbiennes ou gays, ils ont fui leur pays d’origine par contrainte. Ils aimeraient acquérir le statut de réfugié pour démarrer une nouvelle vie, mais l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) leur a refusé l’asile. 

OK REP FRA lu 17-05-21 Un asile difficile pour les migrants LGBT

"Chez moi, en Haïti, quand tu es homosexuel, tu es jugé comme si tu étais le diable. Ils ont tagué le mur de ma maison et m’ont dit qu’ils allaient me brûler, et je sais vraiment ce dont les gens sont capables...", explique une personne rencontrée au centre LGBT de Paris. Une autre raconte son parcours : "J’ai quitté mon domicile à l’âge de 16 ans, je suis parti du Burkina Faso jusqu’en Algérie, puis en Libye, en Italie et puis ici en France. Et là, on me rejette encore."

Après neuf mois d’attente, Esther a vu sa demande d’asile rejetée. Pour cause : des déclarations impersonnelles et imprécises. Une réponse récurrente des autorités selon Hervé Latapie. Bénévole au centre LGBT de Paris, il accompagne les demandeurs d’asile pendant leurs entretiens devant l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides). "On a vraiment l’impression que les officiers de protections sont conditionnés pour rejeter. Quand ils interrogent les personnes, ils sont dans le soupçon, ils cherchent la petite bête. En plus, ce sont quand même des questions très délicates : sur la vie privée, la vie sexuelle... Ce sont des gens qui ont déjà été traumatisés...", explique Hervé Latapie.

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Femmes excisées et promises à un mariage forcé, hommes vivant la nuit de peur d’un passage à tabac... Tous le disent : s’ils avaient eu le choix, ils n’auraient pas quitté le pays.

Des questions qui laissent perplexes

Félix fréquente le centre depuis plus de deux ans maintenant, les questions des officiers de l’Ofpra, il les connaît par cœur. "Pour tous les demandeurs, la première question est 'pourquoi faites-vous une demande d’asile ?' Et quand tu réponds à cette question, si tu oublies de préciser que tu es une personne LGBT, pour eux c’est un motif de refus. Deuxièmement, ils vont te demander à quel moment tu prends conscience de ton homosexualité, et ils ont même une question, qui est complètement folle : 'Qu’est-ce qu’il avait de particulier ton conjoint ? Pourquoi tu l’aimes ?' On te demande pourquoi tu aimes cette personne. Qu’est-ce que tu veux leur répondre ?", se demande Félix.

Rama, elle, ironise sur l’absurdité des demandes. "Qu’est-ce que l’Ofpra veut pour qu’ils nous croient en fait ? Parce que là, il s’agit de la vie privée de la personne. Ils veulent des vidéos ? Ils veulent qu’on passe à l’action devant eux ?"

"C’est choquant et triste"

Malgré la préparation des entretiens et la présentation de preuves comme des photos par exemple, toutes les demandes ont été refusées. Seul John a obtenu son statut de réfugié grâce à un recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA).

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Vivre à Paris dans l’attente de recevoir des papiers, pour eux, ce n’est pas non plus une vie. "Cela fait presque deux ans que je suis ici. Je ne fais rien. Je n’ai pas le droit d’aller à l’école ni de faire des formations. Je suis devenu un vagabond dans Paris. Toutes les associations me connaissent ici", soupire Félix.

Pour Esther, c’est la désillusion. "On est en France, on est censé être libre, au calme, vivre notre vie tranquillement. On se rend compte que le stress, c’est ici qu’on le trouve le plus. Franchement, c’est choquant et triste..."

Bien que stressés et fatigués, Rama, Esther, Félix et John ne perdent pas espoir. Aujourd’hui ils participeront à des actions dans Paris pour défendre leurs droits. 

Texte initialement publié sur : RFI

 

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