Des ferries amarrés dans le port de Calais, en février 2019. Crédit : Reuters
Des ferries amarrés dans le port de Calais, en février 2019. Crédit : Reuters

Une centaine de migrants a tenté dans la nuit de jeudi à vendredi de pénétrer dans l'enceinte du port de Calais, entravant la circulation. Un chauffeur routier a été légèrement blessé. Des débordements qui témoignent de l'urgence ressentie par les exilés pour franchir la frontière avec le Royaume-Uni, affirme une militante.

Une centaine de migrants a tenté dans la nuit de jeudi à vendredi 14 mai de pénétrer dans l'enceinte du port ultra-sécurisé de Calais. "Vers 3h, une centaine de migrants a investi la rocade Est en découpant le grillage situé au niveau du chantier du nouveau port", a indiqué la préfecture du Pas-de-Calais à l'AFP, confirmant une information de la Voix du Nord.

Ces migrants ont "tenté d'entraver la circulation en déposant du matériel sur la chaussée" et les policiers ont "fait usage de moyens lacrymogènes pour les disperser", a poursuivi la préfecture. 

De même source, la circulation a été "légèrement impactée" le temps de l'intervention des forces de l'ordre et "plusieurs camions ont subi des dégradations par des jets de projectiles". Un chauffeur, légèrement blessé à la tête, a par ailleurs été transporté par les sapeurs-pompiers au centre hospitalier de Calais.

"Les filières de passeurs ont multiplié leurs activités par deux et même trois"

Ces débordements ont fait bondir les élus de la région. "Il y en a marre... Je n'ai pas envie de revivre l'histoire passée", a lancé le président du Conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand. "On s'est battu avec Natacha Bouchart (la maire LR de Calais, ndlr) pour le démantèlement de la 'jungle' (en 2016, ndlr) et pour un règlement de la situation migratoire du littoral. L'État a pris des engagements, ils ne sont pas tenus".

L'édile Natacha Bouchart a elle aussi mis en cause le gouvernement : "J'ai demandé des renforts pour la BMR (brigade mobile de recherche, chargée des questions migratoires, ndlr), ils ne sont que 36 et j'ai prévenu l'État que les filières de passeurs avaient multiplié leurs activités par deux et même trois".

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Dans une lettre au Premier ministre, les deux élus ont demandé le déploiement immédiat de moyens humains et matériels supplémentaires. Dans cette zone frontalière, des technologies extrêmement sophistiquées sont déjà à l'oeuvre, comme des détecteurs de battements de cœur ou de chaleur humaine, pour contrôler les passages clandestins. Des moyens plus sommaires, tels l'installation de rochers, sont également utilisés pour empêcher les distributions de nourriture aux exilés sur place et ainsi décourager les candidats au départ.

Des centaines de migrants - Irakiens, Iraniens, Soudanais ou encore Érythréens - se trouvent dans la région de Calais. Désireux de gagner l'Angleterre, nombre d'entre eux tentent la traversée par la mer sur de petites embarcations ou par camions via le tunnel sous la Manche, au péril de leur vie.

"Le franchissement de la frontière devient urgent"

"Si ces faits sont violents pour les personnes exilées et pour les chauffeurs de camion, ce n'est qu'une conséquence de la violence exercée par l'État dans le contrôle de la frontière et dans la politique de lutte contre la présence des personnes exilées sur le littoral", a réagi Juliette Delaplace, chargée de mission sur le littoral Nord au Secours catholique, contactée par InfoMigrants.

Et de dépeindre un quotidien à Calais "insupportable" : "Les expulsions de campements se multiplient, les services de base à l'instar de l'eau ne sont pas assurés partout, les associations continuent d'être empêchées d'apporter de l'aide, et surtout, aucune solution de long terme adaptée aux personnes n'est proposée", énumère l'activiste. "Dans ce contexte, le franchissement de la frontière devient urgent."

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Dans le même temps, pourtant, cette frontière entre les deux pays se veut de plus en plus hermétique, et son franchissement de plus en plus risqué. "Avec le Brexit, les rares voies d'accès légales au Royaume-Uni ont été restreintes", ajoute Juliette Delapace, selon qui les migrants prennent, par conséquent, davantage de risques pour tenter de traverser.

De son côté, Londres s’est engagé ces derniers mois à rendre la traversée de la Manche "non viable". Les autorités prévoient notamment de rendre le séjour dans le pays plus difficile pour les demandeurs d’asile qui arrivent par des moyens illégaux au Royaume-Uni. 

Pas de quoi imposer une halte aux traversées : depuis le début du mois de mai, plus de 180 migrants ont été secourus dans les eaux françaises et ramenés à terre, selon les chiffres communiqués par la préfecture maritime.

 

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