Des migrants arrivés à Ceuta, le 18 mai. Crédit : Reuters
Des migrants arrivés à Ceuta, le 18 mai. Crédit : Reuters

Des migrants tentaient encore mercredi de pénétrer dans l’enclave espagnole de Ceuta après les milliers d’arrivées observées depuis lundi. La majorité de ces migrants a déjà été expulsée vers le Maroc. "L’Europe ne se laissera intimider par personne", promet de son côté Bruxelles, visant le Maroc.

La tension autour des arrivées massives de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta ne faiblit pas. Des migrants tentaient encore mercredi 19 mai, en vain, d’entrer dans ce territoire espagnol du nord du Maroc.

Depuis lundi, environ 10 000 jeunes marocains et subsahariens ont pénétré l’enclave depuis le Maroc voisin, profitant d'un relâchement des contrôles frontaliers côté marocain. Après deux jours d’une situation chaotique, l’Union européenne (UE) a durci le ton en assurant qu'elle ne se laisserait pas "intimider" sur la question migratoire.

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Selon un chiffre actualisé en début d'après-midi par la préfecture de Ceuta, 5 600 personnes ont déjà été expulsées vers le Maroc. L’administration n'a comptabilisé mercredi aucune "nouvelle entrée", assurant que les personnes tentant d'accéder à la plage étaient immédiatement reconduites au Maroc.

Une journaliste de l’AFP a pu constater que des migrants, essentiellement des Marocains, continuaient depuis l'aube au compte-gouttes à rejoindre Ceuta à la nage. Mais interceptés dès leur arrivée sur la rive par des soldats espagnols, dans une ambiance parfois tendue, ils étaient ramenés de force vers la frontière.

"Le Maroc ne veut plus être le gendarme de l'Espagne"

Les tensions diplomatiques entre Madrid et Rabat sont l'une des explications de ces arrivées massives. Les relations entre les deux pays se sont tendues depuis l'accueil en Espagne, fin avril, pour des soins médicaux, du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali.

Le conflit au Sahara occidental, ancienne colonie espagnole classée "territoire non autonome" par les Nations unies, en l'absence d'un règlement définitif, oppose depuis plus de 45 ans le Maroc au Polisario, soutenu par l'Algérie.

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Pour montrer sa désapprobation, le Maroc a diminué drastiquement ses contrôles aux abords des enclaves espagnoles, laissant des milliers de migrants traverser la frontière. "Le Maroc ne veut plus être le gendarme de l'Espagne en matière migratoire. Rabat veut la réciprocité dans les relations qu'elle entretient avec Madrid", analyse Ali Zoubeidi chercheur-associé à l’Université Hassan Ier et spécialiste de l’immigration, joint par InfoMigrants.

Les jeunes marocains cherchent aussi à quitter leur pays pour échapper à la crise économique qui touche le pays depuis le début de la pandémie de Covid-19. "Il y a très peu de travail au Maroc", a expliqué à l'AFP Othman, un barbier de 24 ans venu de Tetouan (nord). Alors qu'"il y a du travail pour nous en Espagne", assure-t-il, en attendant son expulsion vers le Maroc.

"Manque de respect envers toute l’UE"

Face à cette situation, Madrid et Bruxelles ont durci le ton mercredi. "L'Espagne est actuellement défiée par un pays tiers, le Maroc", a déclaré le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, fustigeant "le manque de contrôle des autorités marocaines".

Il ne s'agit "pas seulement d'un manque de respect envers l'Espagne, mais envers toute l'Union européenne", a poursuivi le dirigeant, qui a envoyé des renforts policiers et avait promis mardi de "rétablir l'ordre" dans l'enclave.

De son côté, Bruxelles a assuré, par la voix du vice-président de la Commission européenne Margaritis Schinas, que "personne ne peut intimider ou faire chanter l'Union européenne (...) sur le thème migratoire", dans une allusion claire au Maroc.

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"Ceuta, c'est l'Europe, cette frontière est une frontière européenne et ce qui se passe là-bas n'est pas le problème de Madrid, c'est le problème de tous" les Européens, a ajouté Margaritis Schinas.

Avec l'autre enclave de Melilla, située à 400 kilomètres à l'est sur la côte marocaine, Ceuta est la seule frontière terrestre de l'UE avec l'Afrique.

Position neutre de l'Espagne sur le Sahara occidental

Côté marocain, la police a bloqué dans la nuit de mardi à mercredi des dizaines de jeunes candidats à l'émigration, qui ont riposté en jetant des pierres, a constaté l'AFP sur place.

Rompant un long silence, par la voix du ministre des droits de l'Homme Mustapha Ramid, les autorités marocaines ont jugé mardi soir qu'il était "clair que l'Espagne a privilégié sa relation avec le Polisario et l'Algérie" qui soutient les indépendantistes sahraouis, "plutôt que sa relation avec le Maroc".

La ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya, a, elle, assuré, que malgré cette crise, Madrid ne changerait pas sa position sur le Sahara occidental et continuerait à rester neutre et à respecter les résolutions des Nations unies.

 

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