Les transferts d'argent de la diaspora n'ont pas tant reculé en 2020 (image d'illustration). Crédit : AFP
Les transferts d'argent de la diaspora n'ont pas tant reculé en 2020 (image d'illustration). Crédit : AFP

Malgré la pandémie de Covid-19, les transferts d'argent effectués par les migrants installés en Europe vers leur pays d'origine n'ont quasiment pas baissé l'an dernier. Cet apport a été essentiel pour la survie des pays bénéficiaires.

ALE 2005


L’an dernier, environ 80 000 migrants, dont la moitié originaire d'Afrique subsaharienne ont réussi à traverser la Méditerranée, au péril de leur vie ; 20% en moins par rapport à l’année 2019. Ce flux s'était réduit avec la stricte fermeture des frontières, mais il est resté vigoureux. Et il s'est en partie déporté. Avec des départs de la côte Atlantique vers les Canaries. Depuis le début de l’année la route de la Méditerranée connait un regain de fréquentation. Sur les quatre premiers mois de l’année le nombre de migrants a augmenté d’un tiers par rapport à 2020 - selon les chiffres fournis par l’agence Frontex. L’explosion de la pauvreté et le chômage dans les pays du sud motivent ces départs. Mais aussi l’espoir de pouvoir à nouveau circuler en Europe et de trouver un emploi avec la reprise qui s’esquisse. C'est ce que racontent tous les Marocains arrivés ces derniers jours à Ceuta et déjà refoulés vers leur pays. La migration continue à jouer un rôle déterminant dans le soutien des économies meurtries des pays du sud.

Contre toute attente, les transferts de la diaspora n'ont quasiment pas baissé l'an dernier

C’est la surprise révélée il y a quelques jours par la Banque Mondiale. Ils se montent à 540 milliards de dollars pour 2020 : l'argent envoyé par tous les migrants, quel que soit leur statut. Au niveau mondial, le montant de ces transferts a reculé de 1,6% seulement, c’est bien moins qu’après la crise financière de 2008. Cet apport a été essentiel pour la survie des pays bénéficiaires puisque pour l'année 2020 il est supérieur aux flux des investissements étrangers additionnés à ceux de l'aide publique au développement. Dans le détail, la situation est plus contrastée. La baisse des transferts est très forte pour les revenus envoyés depuis les pays pétroliers, ceux du Golfe ou de la Russie souvent destinés à des pays asiatiques. Mais les transferts en provenances des pays occidentaux où les filets de sécurité ont été robustes sont restés généreux.

Les transferts vers l'Afrique sub-saharienne ont même augmenté, si on exclut le Nigeria de la zone

Sans le poids lourd de l'Afrique de l'Ouest ils ont augmenté de 2,6%. La Banque mondiale a pris soin de mettre ce pays entre parenthèse parce que sa situation est très particulière et ne reflète pas la tendance générale. Les envois officiellement répertoriés par la banque centrale du Nigeria ont chuté de 28%. À cause de l'effondrement de la monnaie locale, le naira et des commissions astronomiques pratiquées par les banques, les migrants ont privilégié d'autres canaux pas forcément identifiés pour envoyer l'argent au Nigeria. Les transferts ont aussi fortement augmenté vers les pays d'Afrique du Nord, +11% pour l'Égypte par exemple.

Du côté des pays hôtes, la pandémie a-t-elle changé la donne de la migration ?

En ce qui concerne la migration légale, le coronavirus a souligné à quel point certaines activités dépendent d'une façon critique de la main d'œuvre étrangère. C'est vrai pour le secteur de la santé. En ralentissant les flux, la pandémie a aussi démontré que son apport est vital pour soutenir la croissance démographique, c'est le cas par exemple pour l'Allemagne qui a vu sa population baisser l'an dernier. Mais ces arguments économiques ont très peu d'écho dans la classe politique. Au contraire. Le retour du souverainisme flatte le discours anti-migrant. En France, seul François Bayrou, le commissaire au plan, prône l'accueil accru des étrangers, d'après lui cela fait partie de la solution pour sauver le modèle social français ; la France confrontée au vieillissement a besoin de bras et de cotisants pour financer la sécurité sociale. 

 

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