Des demandeurs d’asile lors d’une manifestation pro-LGBT à la Hague, le 26 novembre 2019 | Photo : picture-alliance/Romy Arroyo Fernandez/NurPhoto
Des demandeurs d’asile lors d’une manifestation pro-LGBT à la Hague, le 26 novembre 2019 | Photo : picture-alliance/Romy Arroyo Fernandez/NurPhoto

Des avocats travaillant pour le ministère allemand des Affaires étrangères sont accusés d’avoir révélé les orientations sexuelles de réfugiés LGBT dans leur pays d’origine.

L'Association des gays et lesbiennes d'Allemagne (LSVD) accuse les autorités allemandes d'avoir révélé à plusieurs reprises l'orientation sexuelle de demandeurs d'asile, pour vérifier la véracité de leur histoire, alors que la persécution basée sur l'orientation sexuelle est en principe une raison suffisante pour se voir accorder une protection en Allemagne. 

L’Office fédéral pour la migration et les réfugiés aurait ainsi envoyé une liste de questions au ministère allemand des Affaires étrangères, qui a à son tour chargé des avocats de mener des recherches dans les pays d’origine des demandeurs d’asile en utilisant le réseau des ambassades allemandes.

"C'est ainsi que des informations confidentielles récoltées pendant la procédure d'asile ont été transmises à des individus dans les pays d'origine", a a expliqué Patrick Dörr, membre du conseil d'administration de la LSVD, à l'agence de presse epd à Berlin. Selon lui, "dans de nombreux cas, cela signifie la fin de l’existence sociale" d’un demandeur d’asile dans son pays d'origine, car il perd le contact avec sa famille si celle ci a des opinions homophobes.

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La LSVD souligne que "le gouvernement fédéral doit être à la hauteur de ses responsabilités. Il n’est pas censé faire courir de risques supplémentaires à ces personnes, mais doit les protéger."

La LSVD dit avoir connaissance de ce genre de fuites d’informations au Cameroun, en Tanzanie, au Nigéria et au Pakistan et qu’elles concernent principalement des hommes homosexuels ou bisexuels. Dans tous ces pays, les lesbiennes, les gays et les bisexuels sont persécutés par la loi, qui prévoit de lourdes peines de prison, voire la peine de mort, comme au Pakistan et certaines régions du Nigeria.

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Dans au moins deux cas de fuites d’informations, la LSVD affirme disposer de preuves à travers des documents du ministère des Affaires étrangères et du BAMF. L’association évoque encore un troisième cas pour lequel elle soupçonne un mode opératoire similaire.

"Rien ne permet actuellement d'affirmer qu'il n'y a pas davantage cas", estime Patrick Dörr.

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De son coté, le ministère allemand des Affaires étrangères assure ne travailler qu'avec des avocats de confiance pour mener des recherches dans les pays d’origine. "Ils sont régulièrement sensibilisés aux circonstances particulières qui existent dans ce genre de cas et ont pour instruction de respecter les règles en matière de protection des données."

La LSVD, qui dit être au courant de ces fuites d’informations depuis plus de six mois, a demandé aux autorités allemandes de s’engager à mettre fin à ces pratiques. L’association assure ne toujours pas avoir reçu de réponse officielle.

Enfin, le BAMF a botté en touche et renvoyé l’affaire aux ministère de l’Intérieur qui supervise ses activités. Celui-ci n'a pas non plus donné d'explication à ce jour.

Avec epd, LSVD

 

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