Un jeune Marocain en pleurs, équipé de bouteilles en plastique en guise de flotteurs, débarque à Ceuta. Crédit : Reuters
Un jeune Marocain en pleurs, équipé de bouteilles en plastique en guise de flotteurs, débarque à Ceuta. Crédit : Reuters

La photo est devenue l’un des symboles de la crise migratoire qui a éclaté à la mi-mai dans l’enclave espagnole de Ceuta, frontalière du Maroc. On y voit un jeune Marocain en pleurs face à la plage de Ceuta, le visage marqué par le désespoir. Achraf a 16 ans, il est orphelin et ce jour-là, il a tenté trois fois en 24 heures d’entrer dans l’enclave espagnole.

C’est l’une des photos qui resteront de la crise migratoire qui a éclaté mi-mai entre Rabat et Madrid. Le cliché a été pris le mercredi 19 mai par un photographe de l'agence Reuters. On y voit un adolescent en t-shirt noir, dans l’eau, entouré de bouteilles en plastiques qu’il utilise comme flotteurs.

Le jeune garçon, en larmes, a le visage déformé par la tristesse. "Essayez de nous comprendre, pour l'amour de Dieu !", crie-t-il aux soldats espagnols qui se trouvent en face de lui, sur le rivage. Achraf a 16 ans et ce jour-là, c’est la troisième fois en 24 heures qu’il tente d’entrer dans l’enclave espagnole.

Sur une vidéo de la scène, on voit l’adolescent finalement sortir de l’eau en courant et tenté d’escalader un mur, avant d’être rattrapé par un soldat. L’adolescent a été renvoyé au Maroc le jour même. Une enquête a depuis été ouverte sur cette expulsion, illégale en raison de l'âge d'Achraf.

Achraf avait déjà tenté d’entrer à Ceuta, la veille, en vain. Le mardi soir, l’adolescent a fait une seconde tentative et a réussi à nager jusqu'à Ceuta. "Mais [les soldats] m'ont attrapé et m'ont mis dans un centre, où j'ai passé la nuit. Le lendemain, mercredi matin, ils m'ont donné une serviette et des biscuits et m'ont jeté vers Fnideq [ville frontalière située côté marocain, également appelée Castillejos, ndlr]", a-t-il raconté au quotidien espagnol El Pais, qui l’a rencontré, quelques jours après son renvoi au Maroc. 

Après son expulsion, suite à sa troisième tentative, il a retrouvé sa famille adoptive à Casablanca.

En seulement quelques jours, entre le 17 et le 19 mai, près de 10 000 personnes sont entrées à Ceuta. La majorité ont été expulsées vers le Maroc.

>> À (re)lire : Malgré le retour au calme à Ceuta, les tensions entre Madrid et Rabat persistent

Deux fois orphelin

Achraf est deux fois orphelin. Sa mère n’a que 16 ans et n’est pas mariée quand elle le met au monde, rapporte El Pais. Face à la pression sociale très forte qui pèse au Maroc sur les jeunes mères non mariées, l'adolescente abandonne son bébé trois jours après la naissance et le confie à une connaissance : Rabía Rguibi. Cette femme s’est occupée de lui jusqu’à ce qu’elle meurt, alors qu’Achraf n’a que 11 ans.

Le jeune garçon est ensuite recueilli par la famille de Miluda Gulami. Cette dernière vit avec ses proches dans un bidonville du quartier de Sidi Mumen, à Casablanca, et avait connu Achraf alors qu’il n’était qu’un nourrisson.

"Je l'avais allaité pendant 15 jours, quand Rabía l'a adopté", a-t-elle confié à El Pais. "Alors quand elle est morte, […] j'ai pensé que si je ne le récupérais pas, l'enfant resterait dans la rue."

Achraf avait disparu au début du mois de février. Sa mère adoptive avait déclaré sa disparition à la police, sans résultat. La famille était donc sans nouvelles du jeune homme depuis trois mois quand Miluda Gulami a vu la vidéo dans laquelle Achraf apparaît avec ses flotteurs faits de bouteilles en plastique. "Je pensais qu'il était mort. Mais plus tard, j'ai vu la vidéo [où il apparaît avec les bouteilles] et j'étais très contente", a-t-elle confié au média espagnol.

"Gagner de l’argent et l’envoyer à ma famille"

Selon sa sœur adoptive, Rayá Errad, fille de Rabía Rguibi, Achraf n’avait jamais évoqué son souhait d’aller en Espagne. L’adolescent a expliqué à El Pais avoir conçu son projet de départ lorsqu'il a entendu parler de l’ouverture des frontières alors qu’il se trouvait près de Tanger. "Je voulais [aller en Espagne pour] gagner de l'argent et l'envoyer à ma famille pour qu'ils puissent bien vivre", a expliqué l’adolescent.

Achraf devrait maintenant pouvoir bénéficier d’une aide financière pour se loger et apprendre le métier de coiffeur grâces à deux ONG marocaines. Jalal Aaouita, fondateur de l’ONG Yatimi, qui vient en aide aux orphelins au Maroc, et de la Fondation Ataa, avait été ému par la photo d’Achraf. Il est parvenu à retrouver l’adolescent afin qu’il soit pris en charge par les équipes de son ONG.


Sur son compte Facebook, Jalal Aaouita a posté un message annonçant qu’Achraf allait également pouvoir rejoindre un club sportif. Et de souligner : "Il y a des milliers d’Achraf […] Il faut que, devant ce déficit gouvernemental, tout le monde redouble d'efforts pour une action sociale forte et solidaire afin de surmonter les crises actuelles."

 

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