Le Danemark veut sous-traiter ses demandes d'asile à un pays tiers. Crédit : Reuters
Le Danemark veut sous-traiter ses demandes d'asile à un pays tiers. Crédit : Reuters

Selon une nouvelle loi - confortablement votée par 70 voix contre 24 - tout demandeur d'asile au Danemark sera, une fois sa demande enregistrée, envoyé dans un centre d'accueil en dehors de l'Union européenne. Pour l'heure, aucun pays tiers n'a accepté ce projet de délocalisation. Les ONG se disent scandalisées par cette loi qui bafoue le principe du droit d'asile.

Adopté jeudi 2 juin par 70 voix contre 24, le parlement danois a voté une loi - particulièrement sévère - lui permettant de sous-traiter ses demandes d’asile. Autrement dit : le gouvernement danois peut désormais envoyer les personnes ayant déposé un dossier de demande d’asile au Danemark dans un autre pays, en dehors de l’Union européenne (UE), le temps de l’instruction de son dossier. 

Le texte a été vilipendé par une partie de la gauche. Où se trouveront ces centres d’accueil ? Délocalisés en Éthiopie, au Rwanda ? Non seulement le pays tiers devra héberger le demandeur d’asile pendant la procédure mais il sera aussi en charge de l’instruction de son dossier. En cas de refus, le demandeur d’asile sera renvoyé du pays tiers. En cas d’acceptation, le réfugié devra rester… dans le pays tiers.

"Ceux qui obtiendraient le droit d'asile ne seraient pas autorisés à 'retourner' au Danemark, ils auraient simplement le statut de réfugié dans le pays tiers", souligne Martin Lemberg-Pedersen, spécialiste des questions migratoires à l'université de Copenhague.

Aucun pays tiers ne s’est proposé

Pour le moment, aucun pays n’a accepté la proposition. Personne ne souhaite être le sous-traitant du Danemark en matière d’asile. Copenhague affirme discuter avec cinq à dix pays mais a refusé de les nommer… La piste du Rwanda semble la plus sérieuse, mais l’Égypte et l’Éthiopie sont également évoqués dans la presse.

"Ce projet est la continuation d'une politique symbolique, c'est un peu comme Donald Trump et son mur", a estimé le secrétaire-général de l'ONG ActionAid Danemark, Tim Whyte.

Ce tour de vis inquiète aussi le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) qui le juge "contraire aux principes sur lesquels repose la coopération internationale en matière de réfugiés".

"En initiant un changement aussi drastique et restrictif (...), le Danemark risque de déclencher un effet domino, où d'autres pays en Europe et dans les régions voisines exploreront également les possibilités de limiter la protection des réfugiés sur leur propre territoire", souligne son représentant dans les pays nordiques, Henrik Nordentoft.

Objectif "Zéro réfugiés"

Connu pour sa ligne très dure en matière d'immigration, le Danemark n’en est pas à son premier projet anti-immigration. Retrait du permis de séjour de Syriens parce que leurs régions d'origine seraient désormais sûres, durcissement d'une loi anti-ghettos visant à plafonner le nombre d'habitants "non occidentaux" dans les quartiers, objectif officiel d'atteindre le "zéro réfugié" : l'exécutif danois mène actuellement une des politiques migratoires les plus restrictives d'Europe.

Il y a cinq ans, le Danemark avait également adopté une loi controversée permettant la saisie des biens de valeur des migrants entrant dans le pays - qui avait fait le tour du monde mais était restée très peu appliquée.

Pour justifier leur politique, les autorités mettent en avant le manque d'emploi, la hausse de la criminalité et les différences culturelles.

Seulement 761 personnes ont obtenu l'asile en 2019 et 600 en 2020, contre plus de 10.000 en 2015. Rapporté à sa population, le Danemark accueille dix fois moins de réfugiés que ses voisins allemand ou suédois.

 

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