Capture d'écran de la caserne de Napier en Angleterre. Crédit : capture d'écran RT
Capture d'écran de la caserne de Napier en Angleterre. Crédit : capture d'écran RT

La décision du ministère de l'Intérieur britannique d'héberger des demandeurs d'asile dans les baraquements militaires "sordides" de Napier à Folkestone, dans le sud de l'Angleterre, a été jugée "illégale" par la Haute Cour de Londres. En dépit de cette décision de justice, le centre restera ouvert et continuera d'accueillir des migrants.

Jeudi 3 juin, la justice britannique a déclaré que les conditions d'accueil de demandeurs d'asile à Napier, un ancien camp militaire du sud-est de l'Angleterre, étaient "illégales".

Six demandeurs d'asile qui vivent là-bas avaient engagé une action devant la Haute Cour de Londres contre le ministère de l'Intérieur (Home office). Ce dernier avait décidé en septembre dernier de loger les migrants dans ces anciens baraquements de l'armée.

Leurs avocats avaient dénoncé des conditions d'accueil "sordides".

Les six requérants, présentés comme des personnes ayant survécu à "la torture et/ou au trafic d'êtres humains", avaient dénoncé une atteinte à leurs droits humains et affirmé que leur traitement pouvait s'apparenter à une détention déguisée.

"Il faudra des améliorations importantes"

Après deux jours d'audience en avril, le juge Thomas Linden leur a donné gain de cause. Il a notamment qualifié d'"irrationnelles" les assertions du ministère de l'Intérieur selon lesquelles le site de Napier serait adapté à l’accueil de migrants.

Il a en revanche limité la portée de son jugement aux seuls requérants. Le juge n’a pas déclaré que les baraquements étaient inutilisables pour l’ensemble des demandeurs d’asile. Le centre restera donc ouvert. "Il faudra clairement des améliorations importantes", a cependant précisé le magistrat dans son jugement.

La députée travailliste Holy Lynch a déclaré sur les réseaux sociaux qu'il était "incroyable" que Napier reste ouvert alors "le gouvernement a été forcé d'accepter que les conditions de vie y étaient si mauvaises qu'elles étaient illégales". Une autre députée, Zarah Sultana, a quant à elle, jugé que Priti Patel, la ministre de l'Intérieur, devrait avoir "honte" de défendre ce centre.

Une cinquantaine d'hommes vivent actuellement dans ces anciennes casernes militaires du Kent qui ont accueilli jusqu'à 400 personnes - plus que la capacité maximale - ces derniers mois.

Le ministère de l'Intérieur va "examiner avec attention le jugement et les prochaines étapes" qu'il envisage, mais entend effectivement continuer à utiliser les lieux, selon les déclarations d'un porte-parole. Le site avait été réquisitionné "dans des délais extrêmement courts", alors que la pandémie a frappé le Royaume-Uni, "pour s'assurer que les demandeurs d'asile ne soient pas laissés sans ressources".

Napier devrait augmenter sa capacité d'accueil à 337 places durant les prochaines semaines, selon les vœux du ministère de l'Intérieur.

"Délabré et inapte"

"Il est décevant que ce jugement [de jeudi 3 juin] ait été rendu en se fondant sur les installations telles qu'elles étaient avant les améliorations significatives qui ont été mises en œuvre dans des circonstances difficiles", a encore déclaré le porte-parole du Home office.

Au mois de janvier, les occupants de Napier dénonçaient des bâtiments inadaptés avec des toilettes cassées, des lavabos hors d'usage, un manque de chauffage, des espaces de vie bondés alors que se propageait dans la région une nouvelle souche de Covid-19.

Depuis son ouverture en septembre dernier, le centre est l'objet de vives critiques. Régulièrement décrié par les organisations locales, il a été déclaré "délabré et inadapté aux hébergements de longue durée" par l'inspecteur en chef indépendant chargé des frontières et de l'immigration.

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Des membres du parlement britannique ont également demandé sa fermeture. Les résidents, eux, ont plusieurs fois dénoncé leurs conditions de vie par des lettres ouvertes, des manifestations et des grèves de la faim. Des tentatives de suicide ont également été rapportées. La situation a encore empiré quand 200 résidents ont été testés positifs au Covid-19.

Les six demandeurs et le ministère doivent à présent tenter de s'accorder sur les réparations financières.

Cette décision a été rendue alors que le nombre de migrants traversant la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni est en augmentation. Leur nombre a presque doublé sur les premiers mois de l'année, avec plus de 3 100 migrants parvenant à effectuer la traversée de 34 kilomètres depuis janvier.

 

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