Image d'archives de policiers face à un groupe de migrants recevant des repas fournis par une ONG locale, à Calais, le 1er avril 2017. Crédit : Getty Images
Image d'archives de policiers face à un groupe de migrants recevant des repas fournis par une ONG locale, à Calais, le 1er avril 2017. Crédit : Getty Images

Environ 500 migrants ont été "mis à l'abri" jeudi matin à Calais après l'évacuation de leur campement par les forces de l'ordre. "Une énième évacuation qui ne résout rien", selon les associations qui alertent sur une situation explosive dans cette ville du nord de la France où plusieurs rixes ont éclaté ces derniers jours.

"Sur instruction du ministère de l'Intérieur et après décision de justice, une opération de mise à l'abri de migrants (...) est en cours ce matin depuis 6h". Dans un communiqué, la préfecture du Pas-de-Calais a annoncé, vendredi 4 juin, le démantèlement du camp Unicorne, dans le quartier du Virval, à Calais. Environ 800 exilés, selon les associations, 600 selon les autorités, vivaient depuis des mois dans des hangars désaffectés voués à la destruction. Parmi eux, une "trentaine d'enfants", a ajouté la préfecture, précisant que la population du camp "a considérablement augmenté ces dernières semaines".

Les autorités ont par ailleurs affirmé que "ces occupations ont généré des troubles graves à l'ordre public, en particulier pour les 50 familles résidant à proximité", et ont évoqué un "problème croissant de salubrité publique".

"On tourne en rond"

Sous le regard de 300 policiers, CRS et gendarmes, quelque 500 exilés - majoritairement soudanais et iraniens - ont été emmenés dans des bus et transférés dans des centres d'accueil et d'hébergement (CAES) de la région Hauts-de-France.

Les hangars, eux, seront détruits dès vendredi après-midi, a précisé le préfet de région Louis Le Franc à La Voix du Nord.

Cinq ans après la destruction de la "jungle", les démantèlements de campements sont quasi quotidiens à Calais. Mais cette "énième expulsion ne résout rien", signale à InfoMigrants François Guennoc, président de l'Auberge des migrants, qui voit dans cette politique "incohérente un aveu d'échec". "À chaque évacuation, on voit les migrants revenir quelques jours plus tard dans les rues. Cela veut dire que le système ne fonctionne pas, on tourne en rond", continue le militant.

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À ces démantèlements, s'ajoute une pression policière de plus en plus forte qui aggrave les conditions de vie déjà précaires des quelque 1 500 exilés présents à Calais, expliquent les humanitaires. Le difficile accès à l'eau et à la nourriture, les tentes lacérées par les forces de l'ordre, les saisies d'effets personnels, les déboisements ou la pose de grillages sur des zones occupées par les migrants participent à une politique de "harcèlement physique et mental" des exilés et provoquent des tensions. "Survivre à Calais est de plus en plus difficile", constate François Guennoc.

Plusieurs rixes

Résultat : les violences s'accentuent. Plusieurs rixes ont éclaté ces derniers jours. Mardi soir, dans le campement Unicorne, une trentaine de migrants armés de couteaux se sont affrontés, faisant quatre blessés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, de 3h à 8h du matin, des migrants érythréens ont défié des CRS près du port de Calais, indique la radio locale France Bleu Nord.

Une cinquantaine de migrants, qui tentaient de s'introduire dans la zone du port pour passer en Angleterre, ont été repoussés par les forces de l'ordre. Les exilés revenus en nombre dans le secteur, entre 150 et 300, ont lancé des pavés et des boîtes de conserve en direction des forces de l'ordre, qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes, de LBD et des grenades de désencerclement.

Trente-deux CRS ont été blessés dont sept transportés à l'hôpital pour des examens complémentaires, rapporte la préfecture. Plusieurs migrants ont par ailleurs été blessés et trois ont été emmenés à l'hôpital, dont un touché à l'œil, d'après les associations.

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"C'est la première fois depuis la fin de la 'jungle' qu'on atteint un tel niveau de violence", assure à France Bleu Nord la préfecture du Pas-de-Calais.

Un contexte "invivable" qui pousse les migrants à prendre de plus en plus de risques pour rejoindre le Royaume-Uni. Les traversées de la Manche ont atteint un nouveau record ces derniers jours avec l'arrivée en Angleterre d'environ 700 migrants entre vendredi 28 mai et mardi 2 juin.

Selon The Guardian, "au cours des quatre premiers mois de 2021, le nombre de personnes qui ont traversé - 2 108 - a plus que doublé par rapport aux 896 qui ont traversé au cours de cette période en 2020".

 

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