Le Sea-Eye 4 en mer, au large des côtes libyennes. Crédit : Sea-Eye
Le Sea-Eye 4 en mer, au large des côtes libyennes. Crédit : Sea-Eye

La quasi-totalité des navires humanitaires venant en aide aux migrants en Méditerranée sont actuellement bloqués par les autorités italiennes pour des "irrégularités" liées à des questions de maintenance technique. Les ONG dénoncent, elles, des blocages politiques.

Les ONG d'aide aux migrants sont en colère contre les autorités italiennes. À la date du 7 juin, et alors que les tentatives de traversées sont en hausse dans la Méditerranée centrale, de nombreux bateaux humanitaires sont retenus à quai dans différents ports italiens.

Dernière immobilisation en date : le Sea Eye 4, de l'ONG allemande Sea Eye. Le navire est actuellement bloqué par les autorités italiennes pour avoir... sauvé trop de personnes. "Le grand nombre de personnes récupérées, qui dépasse le nombre autorisé […] constitue un grave danger pour le navire et l'équipage", a écrit l'ONG dans un communiqué citant le rapport des autorités italiennes.

Au moi de mai, le Sea Eye 4 avait secouru plus de 400 migrants en mer en seulement quatre jours. Les rescapés avaient été débarqués dans le port de Pozzallo, en Italie, le 21 mai.

L’ONG allemande s'est défendue affirmant que, selon l’article 98 de la Convention maritime internationale, un capitaine de navire a le devoir de secourir toute personne en détresse en mer.

"Irrégularités de nature technique", "non respect des normes de sécurité"...

À ce jour, trois autres navires de sauvetage battant pavillon allemand ont été arrêtés par les Italiens : l'Alan Kurdi, le Sea Watch 3 et le Sea Watch 4.

Immobilisé pendant 6 mois en Italie, l'Alan Kurdi a pris la route de l'Espagne à sa libération. Il se trouve actuellement au port de Burriana pour d’importants travaux de maintenance. Aucune date de retour en mer n’a été communiquée par l’ONG. L'Alan Kurdi avait été bloqué en Sardaigne, pour non-respect des normes de sécurité en vigueur. Il avait déjà fait l'objet d'une telle détention en mai 2020 pour des irrégularités "de nature technique et opérationnelle".

Le Sea Watch 3 est, lui aussi, retourné en Espagne, au port de Burriana, après avoir été immobilisé par les autorités italiennes pendant plus de 59 jours. Il était retenu en Sicile en raison notamment de violations présumées aux règlements sur la sécurité de la navigation.

Le Sea Watch 4 est, de son côté, toujours bloqué en Italie, dans le port de Trapani. Il avait repris la mer au mois d'avril avant d'être à nouveau arrêté par les autorités italiennes. Lors de sa dernière mission, il avait secouru 455 migrants au large de la Libye et les avait débarqués à Trapani, le 4 mai.

L'Open arms, de l'ONG du même nom, est, lui aussi, retenu par les autorités italiennes à Pozzallo, en Sicile. L'ONG a dénoncé sur Twitter d'"absurdes prétextes administratifs".

Le Geo Barents de MSF en mer

Sans être inquiétés par les autorités italiennes, d'autres navires sont aussi absents de la SAR zone (zone de détresse et de sauvetage), au large des côtes libyennes. C'est le cas de l’Ocean Viking actuellement à quai à Naples pour des travaux de maintenance et de l'Aita Mari, en Espagne, au port de Burriana.

Le seul navire humanitaire actuellement en mer est le Geo Barents, affrété par Médecins sans frontières. À la date du 7 juin, il se trouvait dans la SAR zone libyenne. 

Malgré le danger de la traversée, les départs de migrants depuis les côtes libyennes se sont multipliés ces derniers mois. La semaine dernière, plus de 300 migrants, partis de la ville de Zouara, ont été interceptés par les garde-côtes libyens. La veille, 187 personnes avaient déjà été interceptées en mer.

La rédaction tient à rappeler que les navires humanitaires (Ocean Viking, Sea Watch, Mare Jonio….) sillonnent une partie très limitée de la mer Méditerranée. La présence de ces ONG est loin d’être une garantie de secours pour les migrants qui veulent tenter la traversée depuis les côtes africaines. Beaucoup d’embarcations passent inaperçues dans l’immensité de la mer. Beaucoup de canots sombrent aussi sans avoir été repérés. La Méditerranée reste aujourd’hui la route maritime la plus meurtrière au monde.

 

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