L'asile religieux a une longue tradition en Allemagne | Photo : M. Schutt/dpa/picture-alliance
L'asile religieux a une longue tradition en Allemagne | Photo : M. Schutt/dpa/picture-alliance

Elle écope d'une amende de 500 euros pour avoir hébergé deux Nigérianes ayant fui les réseaux de prostitution en Italie.

Julia Seelmann, 38 ans, vit dans le monastère d’Oberzell dans le nord de la Bavière. Elle accueille régulièrement des sans papiers dans le besoin, alors que l’asile religieux est est une tradition chrétienne généralement tolérée par les autorités allemandes et bénéficiant d’un certain vide juridique. 

En 2019, avec le soutien de l’évêque de Würzburg, elle a ainsi accordé l’asile religieux dans son monastère à deux femmes originaires du Nigeria. Elles affirment avoir été forcées à se prostituer en Italie, avant de réussir à s’échapper et de rejoindre l’Allemagne. Mais à ce moment là, en vertu du règlement de Dublin, l’Italie est responsable du traitement de leur demande d’asile en étant le premier pays par lequel les deux femmes sont arrivées sur le territoire européen.

Dans son jugement, le tribunal de Würzburg estime que Julia Seelmann a enfreint la loi en abritant des personnes censées être expulsées.

"Nous vivons dans une démocratie, pas une théocratie. C’est une violation de la loi qui ne peut être ignorée", a déclaré le juge, qui a condamné la religieuse à une amende de 500 euros et à une période probatoire de deux ans.

Selon la cour, Julia Seelmann devra verser cet argent à une oeuvre caritative.

A (re)lire également : Allemagne : poursuivie en justice, une religieuse se défend d'héberger des sans papiers


La religieuse Juliana Seelmann, du monastère de Oberzell à Würzburg | Photo : Daniel Karmann/dpa
La religieuse Juliana Seelmann, du monastère de Oberzell à Würzburg | Photo : Daniel Karmann/dpa


Avant leur arrivée en Allemagne en 2019, les deux Nigérianes avaient déjà été renvoyées une première fois en Italie. Selon Juliana Seelmann, citée par la chaîne publique Deutschlandfunk, "l’une des deux s’est à nouveau prostituée, parce qu’elle ne savait pas comment s’en sortir financièrement. La deuxième a été diagnostiquée séropositive à son retour en Italie. En vivant dans la rue elle n’avait pas accès aux soins nécessaires. Les deux avaient également une peur bleue de s’adresser aux autorités italiennes, par crainte d’être retrouvées par les proxénètes. Alors les scénarios étaient les suivants : soit elles retournaient dans la prostitution, soit elles vivaient dans la rue. Voilà ce qu’il fallait éviter selon moi."

Ironie du sort, entre son passage dans le monastère d’Oberzell en 2019 et le jugement, l’une des deux Nigérianes a fini par obtenir le droit de rester en Allemagne. 

"Mauvais signal"

Pour le groupe de défense de l’asile religieux (la Ökumenische Bundesarbeitsgemeinschaft Asyl in der Kirche), la décision du tribunal de Würzburg est un "mauvais signal".

"Aider des personnes dans des situations désespérées n’est pas un crime", a déclaré l’association. "Quand une cour qualifie le geste de l’asile religieux d’injustifié, elle remet en question l’humanisme et la bonne conscience dans ce pays."

Le Conseil des réfugiés de Würzburg, tout comme le parti des Verts, ont également critiqué cette décision, exprimant leur solidarité avec Julia Seelmann et appelant à la dépénalisation de l’asile religieux, de plus en plus régulièrement remis en cause devant les tribunaux.

Selon le journal bavarois Mittelbayerische Zeitung, la Bavière a compté en 2020 quelque 60 cas d'asile religieux, 40 pour l’Eglise protestante et 20 pour l’Eglise catholique. Les églises bavaroises accueillent en moyenne davantage de sans-papiers que les autres régions allemandes. Ces dernières années, le nombre d’asiles religieux était néanmoins à la baisse. 

 

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