En 2016, les 8000 réfugiés du camp de Idomeni ont été évacuées  / Copyright : DW D. Tosidis
En 2016, les 8000 réfugiés du camp de Idomeni ont été évacuées / Copyright : DW D. Tosidis

En Grèce, les autorités ont prévu de fermer le plus de camps d’accueil possible et de reloger près de 10 000 migrants d’ici la fin de l’année. Certains logent à l’hôtel, d’autres ont pu prendre leurs quartiers dans des appartements. Reportage à Thessalonique, la deuxième ville du pays.

Chaque samedi, Fatima vient faire ses courses au marché de Thessalonique. Fatima est Syrienne et réfugiée en Grèce. Elle a été évacuée il y a trois mois du foyer d’accueil où elle était hébergée avec sa famille, en banlieue. Cette quarantenaire a eu la chance d’être relogée dans un appartement du centre ville. Les commerçants connaissent sa situation et lui proposent souvent des produits à moindre coût. "Quand je ne trouve pas un mot en anglais, j’essaie de le dire en grec, raconte Fatima. J’ai appris quelques mots de grec, et ça aide. J’ai rencontré aussi plein de gens qui apprennent l’arabe. Ça me fait très plaisir quand on me dit 'choukrane', 'al hamdulillah' ou 'salam aleïkoum' !"

Ainsi, tout le monde se fait à cette nouvelle cohabitation. C’est le cas de Giannis Spirou. Ce commerçant vend des herbes et des épices et comme il a désormais des clients irakiens et syriens, il a adapté son étalage à leurs besoins. "Ils mangent plus épicé que nous, témoigne Giannis. Ils achètent beaucoup de cumin et de coriandre. On a été épaté de voir que la plupart d’entre eux parlent parfaitement l’anglais. Et ils apprennent le grec, aussi. Ils sont amenés à rester. Ce n’est pas une mauvaise chose, on a de la place ici."

"J'ai une vraie vie"

Après avoir fait les courses, Fatima, son mari et leurs trois enfants préparent à manger dans leur appartement nouvellement aménagé. Leur quotidien n’a plus rien à voir avec celui du foyer où ils étaient hébergés auparavant. "J’ai une vraie vie, maintenant, une vie organisée, se réjouit Fatima. J’emmène mes enfants à l’école, après quoi je vaque à mes occupations à la maison, ensuite, je vais dans un foyer de réfugiés, je prends des cours de grec, je rencontre mes amis. Et puis je vais faire les courses. Je me débrouille toute seule, c’est plus facile qu’avant."

De par sa situation géographique en bordure de Méditerranée, proche des côtes turques, la Grèce est l’un des pays européens où les arrivées de migrants étaient les plus massives ces dernières années. Près de la moitié des camps d’accueil pour migrants du nord de la Grèce ont été fermés ces six derniers mois.

Leine Veide dirige le bureau du Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés à Thessalonique qui cherche à aider à reloger les migrants délogés et à devenir indépendants. Selon elle, " avant de reloger des gens quelque part, nous essayons de parler avec les habitants sur place. Evidemment, on ne peut pas atteindre chaque citoyen, amis au moins les dirigeants locaux, les associatifs, le maire etc. en fonction de l’endroit. Jusqu’à présent, l’accueil a été plutôt positif, en dépit, bien sûr, de certains conflits sur l’éducation des enfants et l’école, mais pour l’instant, on n’a heureusement pas eu de problème dans les hôtels ou les appartements."

A titre de comparaison, en juillet dernier, plus de 20 000 personnes étaient encore logées dans des centres d’accueil gérés par les pouvoirs publics. Désormais ils ne sont plus que 3000.

Groupuscules d'extrême-droite

Il n’empêche que tout ne se passe pas parfaitement. L’arrivée d’enfants réfugiés dans les écoles a suscité des réactions hostiles dans certains endroits, comme à Oraiokastro, une ville des environs de Thessalonique.

Le jour de la rentrée des classes, un groupe d’extrême-droite a manifesté devant une école, provoquant des échauffourées avec des contre-manifestants anarchistes. Sotiris Skandalis, le directeur de l’école, raconte la scène : "Un jeune homme a tenté de rentrer dans le bus scolaire parce qu’il croyait que des enfants de réfugiés étaient à l’intérieur. Des anarchistes l’ont attrapé et frappé. Il saignait beaucoup. Nous l’avons fait entrer dans la cour où il a reçu les premiers soins. Mais c’était au moment de la fin des cours, et on voulait éviter que les enfants ne voient tout ce sang, alors la femme de ménage a commencé à nettoyer tandis qu’on essayait de stopper l’hémorragie." Sotiris Skandalis a reçu des menaces pour avoir accepté des enfants de réfugiés. Certains habitants ont même retiré leurs enfants de son école.

Peu à peu, la situation est revenue à la normale. Les élèves se sont trouvé des affinités, jouent ensemble, aux mêmes jeux. Et comme dit une maman croisée à la sortie de l’école : ce sont les parents qui avaient des préjugés, pas les enfants…


Auteur :  Alexia Kalaitzi

Première publication le 16.05.2017

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