Une vue du ciel de l’ancien camp de Moria sur l’île de Lesbos. Crédit : EPA
Une vue du ciel de l’ancien camp de Moria sur l’île de Lesbos. Crédit : EPA

Quatre demandeurs d’asile afghans ont été condamnés samedi à 10 ans de prison par un tribunal grec pour l’incendie qui a détruit le gigantesque camp de Moria, en septembre 2020. Les avocats de la défense et des ONG ont dénoncé une "parodie de procès" qui ne répondait pas aux standards juridiques grecs alors que trois des accusés étaient mineurs au moment des faits.

Dans la nuit du 8 au 9 septembre 2020, de gigantesques incendies détruisaient le camp tentaculaire de Moria, sur l’île grecque de Lesbos où vivaient plus de 20 000 personnes. Moins d'un an plus tard, le verdict est tombé : quatre jeunes demandeurs d'asile afghans ont été déclarés coupables d'incendie volontaire, samedi 12 juin, par le tribunal de Chios.

La justice les a condamnés à 10 ans de prison. Les avocats de la défense ont indiqué à l'AFP faire immédiatement appel de la sentence.

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Peines maximales

Les avocats de la défense ont déclaré que leurs clients n'avaient pas bénéficié d'un procès équitable. Ils affirment que trois d'entre eux possédaient des documents prouvant qu'ils avaient moins de 18 ans au moment de leur arrestation, mais qu'ils n'ont pas été reconnus comme mineurs par l'État grec.

"Ils ont été condamnés aux peines maximales possibles sans que le tribunal ne reconnaisse la moindre circonstance atténuante. Leur âge aurait dû être pris en compte conformément au code pénal grec. Ce que nous avons vu, au contraire, c'est une parodie de justice", a déclaré au Guardian Patrikios Patrikounakis, l'un des avocats chargés de l'affaire.

Le conseil a estimé que le verdict était préétabli avant même l’ouverture du procès. "Il était clairement venu d'en haut et il s’agissait d’une décision d'État", a-t-il dit. "Avant même que l'enquête n'ait commencé, les ministres du gouvernement réclamaient des condamnations."

La défense a également dénoncé le fait que l’accès aux audiences ait été refusé aux journalistes mais aussi aux observateurs juridiques et à un représentant du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

En mars dernier, un tribunal de Lesbos avait déjà condamné à cinq ans de prison deux autres demandeurs d’asile afghans, également accusés de figurer parmi les incendiaires.

Témoin-clé absent

Les charges établies contre les quatre jeunes hommes reposent sur le témoignage d’un autre demandeur d’asile afghan. Mais ce témoin-clé n'était pas présent à l'audience vendredi, car il n'avait pas pu être localisé, selon la défense.

Les accusés ont affirmé avoir été victimes de discrimination. Le témoin en question est un Pachtoune pratiquant l'islam sunnite, et les accusés sont des Hazaras, une minorité chiite souvent persécutée en Afghanistan.

Les autres témoins de l'accusation étaient des policiers, des pompiers appelés sur les lieux de l'incendie et des membres du Service européen d'asile et d'ONG qui travaillaient dans le camp.

Les violences entre groupes rivaux étaient fréquentes dans le camp de Moria, le plus grand d'Europe, dont la capacité d'accueil avait triplé au fil des ans. En mars 2020, 20 000 personnes s'y entassaient.

Au moment de l'incendie, la situation était explosive dans le camp surpeuplé, où les migrants vivaient dans des conditions d'hygiène déplorables, frappés depuis des mois par un confinement strict en raison de la pandémie de coronavirus. Heureusement, aucune victime n’avait été à déplorer.

 

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