MSF propose des consultations via une clinique mobile à Paris. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
MSF propose des consultations via une clinique mobile à Paris. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Six mille à 10 000 personnes vaccinées d'ici fin septembre : tel est l'objectif de Médecins sans frontières, qui vient de lancer une campagne de vaccination contre le Covid-19 en Île-de-France pour les sans-abris et les migrants.

En trois jours, 137 personnes ont déjà reçu leur première injection vaccinale. Le 8 juin, Médecins sans frontières (MSF) a lancé une ample campagne de vaccination contre le Covid-19 en Île-de-France. Grâce à leurs cliniques mobiles, les équipes sont intervenues sur des lieux de distribution des Restos du Cœur, dans un local de l'Armée du Salut, ou encore à la Porte de la Villette.

Ce rythme soutenu n'est pas prêt de s'arrêter : les sollicitations dépassent les prévisions. "Normalement, on devrait être coordonné par l'ARS, qui nous demande de nous concentrer sur les foyers de travailleurs migrants et les personnes à la rue. Mais dans les faits, des opérateurs de centres d'hébergement d'urgence et des associations nous appellent aussi pour nous demander d'intervenir", retrace Corinne Torre, cheffe de mission France pour l'ONG.

Rendez-vous est déjà pris pour vacciner 250 femmes hébergées par l'ADSF (Agir pour la santé des femmes), ou encore 90 résidents d'un foyer de travailleurs migrants dans les Yvelines...

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Pour l'heure, deux équipes se partagent les tâches : l'une s'occupe des lieux fixes, l'autre organise des sorties en fonction des alertes des associations. Une troisième équipe est en train d'être constituée - MSF recherche encore un médecin - pour renforcer ces sorties ponctuelles. "Les associations comme Médecins du Monde ou Utopia 56 qui font des maraudes nous orientent vers des lieux de vie, et nous aident à repérer des campements informels" explique Corinne Torre.

L'objectif : 6 000 à 10 000 personnes vaccinées d'ici la clôture de la campagne, fin septembre. "C'est une course contre la montre, parce que l'été arrive. Il risque d'y avoir de plus en plus de primo-arrivants, et de moins en moins d'opérateurs sur le terrain" prévoit Corinne Torre.

Gagner la confiance

Avant de se lancer, MSF a pris soin de mener une campagne de sensibilisation pendant deux semaines. "Étonnamment, les personnes sont très volontaires pour se faire vacciner, là où je pensais que ce serait plus compliqué", glisse la cheffe de mission. La méfiance est surtout dirigée vers les autorités publiques, moins vers l'ONG connue de ce public vulnérable. "Le pari était de se dire qu'avec MSF, les publics seraient moins récalcitrants. Beaucoup nous connaissent déjà parce que l'on intervient dans leur pays d'origine" expose Corinne Torre. "Nous insistons aussi sur notre neutralité par rapport à l'administration", avec l'absence de recueil de données sensibles.

Cette question de confiance se pose particulièrement dans les foyers de travailleurs migrants, où nombre de résidents sont sans-papiers. Ces structures ont fait partie, comme les Ehpad, de la première vague officielle de vaccinations, au vu de l'âge des résidents. "Mais la campagne des autorités sanitaires n'a pas fonctionné" raconte Corinne Torre. "On ne rentre pas comme ça dans les foyers. Le public est réfractaire, il y a une peur de l'administration, il faut prendre le temps de discuter avec les délégués des résidents..." Face à ces ratés, les autorités ont finalement confié cette mission à MSF.

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Le travail de sensibilisation de l'ONG se poursuivra jusqu'à fin août, avec des équipes de médiateurs. Ces derniers parlent plusieurs langues, et peuvent être accompagnés d'interprètes. Idem pour les soignants au moment de la vaccination. Pour les migrants non-francophones, "il faut absolument que nos questions soient compréhensibles, que l'on parvienne à discuter, et à établir un diagnostic sans danger", insiste la responsable.

Une vulnérabilité accrue

Une dernière difficulté se pose : le suivi des publics pour procéder à la seconde injection. Pas évident lorsque les personnes naviguent d'un lieu hébergement à l'autre, ou sortent des radars des associations et travailleurs sociaux.

L'ONG dispose du vaccin Pfizer (qui nécessite deux doses) et du vaccin monodose Johnson&Johnson (Janssen) - mais celui-ci n'est administré qu'aux plus de 55 ans. "Même si nous perdons les personnes, les autorités sanitaires s’accordent à dire que cela reste important de recevoir une première injection", rassure Corinne Torre.

En parallèle, l'ONG poursuit le travail de dépistage dans ses cliniques mobiles. Elle disposait aussi d'un centre de desserrement à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), mais celui-ci vient d'être fermé, fin mai, par la DRIHL (Direction régionale et interdépartementale de l'hébergement et du logement). Les cas positifs au Covid-19 seront désormais orientés vers un centre géré par l'association Aurore dans le 20e arrondissement. "J'ai une petite inquiétude concernant le nombre de places : nous espérons que l'ARS ne va pas se retrouver en difficulté" conclut Corinne Torre.

>> La clinique mobile de vaccination de MSF est présente porte de la Villette le mardi et jeudi ; et au niveau de la distribution alimentaire des Restos du Cœur, toujours à porte de la Villette, le lundi, mercredi et vendredi.

 

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