Un mur de béton enceint le camp de Diavata, près de Thessalonique. Crédit : N. Economou/Imago
Un mur de béton enceint le camp de Diavata, près de Thessalonique. Crédit : N. Economou/Imago

Des murs sont en construction autour de plusieurs camps de migrants de Grèce continentale. Dans les îles de la mer Egée aussi, des "hotspots" fermés sont prévus. Dans un rapport publié vendredi, MSF dénonce cette stratégie d'enfermement et alerte sur les dégradations de la santé des demandeurs d’asile.

"Il y a quelques jours, je me suis réveillée comme d'habitude, me suis préparée pour mes cours. Sur mon chemin, j'ai vu des bulldozers et des ouvriers [...] en train de construire quelque chose." C'est par hasard qu'au début du mois de mai Parwana Amiri, la jeune autrice afghane des "Lettres au monde de Moria" a découvert qu'un mur de béton allait être construit autour du camp de Ritsona, au nord d'Athènes, où elle vit avec sa famille. "C’était choquant parce que nous n’étions au courant de rien. Personne ne nous avait informés", a-t-elle déclaré.

Des murs similaires doivent être construits autour des camps Diavata et Polykastro, dans le nord du pays, et de Malakasa, près d’Athènes, comme l'atteste l'appel d'offres pour l'édification de "clôtures d'enceinte" lancé en janvier par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Selon Al Jazeera, il est prévu de construire de tels murs autour d'au moins deux douzaines d'autres camps sur le continent grec.

L’adolescente a lancé une campagne contre la construction de ces murs, en utilisant notamment le "hashtag" "Build schools, not walls" (Construisez des écoles, pas des murs).

"Modernisation" des camps

Pour le ministère grec des Migrations, ces aménagements entrent dans une stratégie de "modernisation" des camps. Interrogé par le média d’investigation grec Solomon, un porte-parole du ministère a affirmé que le but de la construction de ces murs était de "de renforcer le sentiment de sécurité pour toutes les personnes concernées, tant les communautés locales que les résidents du camp". "Personne ne pourra entrer ou sortir", a-t-il ajouté.

Selon lui, la construction des murs est un projet de l’OIM dont le gouvernement aurait été "informé". Une information que l’OIM, interrogée par le média Solomon, a formellement démenti. "Toutes les interventions de construction menées dans le cadre du projet européen sont décidées et approuvées par les autorités grecques", a souligné l'organisation.

De son côté, la Commission européenne (qui finance les projets de centre pour migrants sur les îles grecques à hauteur de 276 millions d’euros), a indiqué que "les autorités grecques ont ordonné la construction de clôtures dans quatre camps [Ritsona, Diavta, Polykastro et Malakasa] et [que] les spécificités techniques ont été préalablement partagées et examinées avec la Commission et l'EASO afin d'identifier si elles répondent aux normes d'accueil de l'UE."

Pour tenter de mettre un terme à la construction de ces murs, une pétition en ligne, intitulée "EU : build schools, not walls", a été lancée en ligne le 11 mai et adressée au ministère grec des Migrations. Mardi, elle avait réuni près de 4000 signatures.

Désastre

La stratégie d'enfermement des demandeurs d'asile s'applique également aux îles grecques de la mer Égée. Au lendemain des incendies qui ont détruit le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, en septembre 2020, la Commission européenne avait assuré qu’un "nouveau Moria" ne verrait plus jamais le jour. Mais près d’un an plus tard, 10 000 personnes vivent toujours confinées dans les "hotspots" de cinq îles de la mer Égée (Lesbos, Samos, Chios, Leros, Kos).

Dans un rapport publié vendredi 11 juin, Médecins sans frontières (MSF) dénonce cette politique migratoire basée sur l’enfermement et dont les conséquences sur la santé des demandeurs d’asile sont désastreuses.

MSF juge "répugnant que les autorités européennes et grecques continuent leur projets de nouveaux camps fermés" sur ces îles, avec "l'intention d'institutionnaliser [...] les hotspots à travers le nouveau pacte européen de l'asile et des migrations".

Les hotspots nés au pic de la crise migratoire pour faciliter l'identification des migrants à leur arrivée en Europe, sont en Grèce "étroitement mêlés" à l'accord UE-Turquie de 2016 "qui s'est révélé être un désastre", poursuit le rapport de MSF, fustigeant les "conditions dégradantes et inhumaines" de ces centres fermés.

"Barbelés neufs et brillants"

L’ONG vise notamment le nouveau camp de Samos qui doit ouvrir avant l’été pour remplacer celui de Vathy. Situé dans une zone isolée, il est entouré de grillages surmontés de barbelés.

"Voyez-vous une différence ?", interroge MSF dans un tweet montrant, côté à côte, une photo de Vathy et une photo du nouveau camp. "Les barbelés sont peut-être neufs et brillants, mais les intentions de l'UE n'ont pas changé : bloquer les personnes sur les îles grecques dans des conditions si misérables qu'elles dissuadent les autres de venir", ajoute l’ONG.

"Il est choquant de constater que le hotspot de Moria sur l'île de Lesbos (détruit par un incendie en septembre 2020) sert désormais de modèle pour un nouveau centre de type carcéral à Samos", écrit Iorgos Karagiannis, chef de mission de MSF, dans le rapport du 11 juin.

Le nouveau camp de Samos "accueillera des personnes dans des conteneurs, entourés de fils barbelés, avec des entrées et sorties contrôlées" qui contribuera encore "à détériorer la santé mentale des personnes, à provoquer une nouvelle crise de protection et à rendre encore plus invisible la souffrance des personnes piégées sur les îles grecques", alerte Iorgos Karagiannis. Entre 2019 et 2020, les cliniques de MSF à Lesbos, Samos et Chios y ont traité près de 1 400 personnes souffrant de troubles mentaux.

À Lesbos aussi, un nouveau camp fermé est en construction pour remplacer le camp provisoire où vivent des milliers de demandeurs d’asile depuis la destruction du camp de Moria.

En octobre dernier, le ministre grec des Migrations, Notis Mitarachi, avait annoncé que ce nouveau camp permanent et "fermé" devait voir le jour d’ici l’été 2021. "Nous avançons vers un programme ambitieux financé par l'Union européenne pour des camps fermés (...) Des structures dont l'entrée sera contrôlée" et dotées "d'une double clôture", avait-il déclaré.

 

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