Près de 500 000 migrants illégaux se trouveraient actuellement à Londres. Crédit : Pixabay
Près de 500 000 migrants illégaux se trouveraient actuellement à Londres. Crédit : Pixabay

Chaque année, des milliers de migrants tentent de rejoindre le Royaume-Uni en traversant la Manche. Pour ceux qui y parviennent commence alors un autre périple dans les méandres de l'administration britannique.

En à peine six mois, la Border Force britannique a intercepté le long de ses côtes plus de 5 000 personnes. Toutes ont tenté de traverser la Manche depuis la France sur de petits bateaux, malgré le froid, le vent et les courants. Si poser le pied au Royaume-Uni est pour de nombreux exilés une première victoire, c’est aussi, pour la plupart d’entre eux, le début d’un long chemin administratif. 

L’arrivée sur les côtes britanniques

Son point de départ : le port de Douvres, "où la majorité des bateaux interceptés sont amenés", explique le travailleur social Loan Torondel, dans son rapport “Exilés à la frontière britannique : recherche sur les tentatives et les traversées de la Manche par voie maritime, 2018-2021". "En cas d’urgence" seulement, une assistance médiale y est fournie par les garde-côtes. Puis toutes les personnes débarquées sont directement amenées sur le site de Tug Haven, situé au bout du quai.


À leur arrivée au port de Douvres, les migrants sont amenés dans le centre de Tug Haven, au bout du quai, pour un premier contrôle. Crédit : HMIP
À leur arrivée au port de Douvres, les migrants sont amenés dans le centre de Tug Haven, au bout du quai, pour un premier contrôle. Crédit : HMIP


Fin octobre 2020, l’inspection royale britannique des prisons (Her Majesty’s Inspectorate of Prisons ou HMI Prisons) a dénoncé dans un rapport les très mauvaises conditions d’accueil de l’endroit, qui, d’après des inspecteurs du HMI Prisons, ressemble à "un chantier de construction". C’est depuis ces "conteneurs exigus" et "sans fenêtres" qu’un premier contrôle est effectué par les membres de la Border Force, le "screening".

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Puis les exilés sont transférés à l’unité d’accueil de Kent, la Kent Intake Unit, près du terminal des car-ferries, de l’autre côté du port. Ils pourront y "faire une demande d’asile, et avoir un premier entretien avant d’être relâchés", peut-on lire dans l’étude, qui ajoute que "Frontier House, un autre bâtiment situé à Folkestone et appartenant à la UK Border Agency, est également utilisé pour de la détention à court terme des personnes arrivant par bateau".

Depuis fin 2020, des transferts ont également lieu vers d’autres structures d’hébergement, comme le centre de rétention et d’expulsion pour femmes de Yarl’s Wood. Situé dans le Bedfordshire à une centaine de kilomètres au nord de Londres, "le bâtiment a été vidé pour recevoir les exilés de la Manche", qui peuvent y passer des examens médicaux, affirme le rapport de Loan Torondel. "Le site, qui a ouvert en 2001, peut contenir jusqu’à 400 détenus", précise un article de la BBC. À ces structures s’ajoutent "des hôtels et des anciennes casernes militaires" où des transferts ont également eu lieu.

Première étape: la demande d’asile

C’est donc dans ces premières structures d’accueil que les migrants peuvent déposer une demande d’asile. Et pour ceux qui ne l’auraient pas fait immédiatement à leur arrivée, rendez-vous doit être pris "à l'unité de filtrage de Croydon, au sud de Londres, explique un article du média britannique Inews. Eux aussi auront une entrevue de sélection, où un agent d'immigration enregistrera la demande et prendra les détails de base sur l'individu".

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Une fois la demande d’asile effectuée, les exilés peuvent rester plusieurs semaines dans ces centres de détention à court terme, avant de recevoir un "logement dispersé" quelque part au Royaume-Uni. Avec plus ou moins de chance : le nouveau logement peut être une maison confortable partagée avec d’autres réfugiés, ou d’autres types d'hébergement - hôtels sociaux, auberges de jeunesse - avec "rats, cafards et moisissures sur les murs", témoigne Tim Noar, directeur de l’ONG Refugee Action, cité par Inews.


Différents centres pour migrants peuvent accueillir les personnes arrivées au Royaume-Uni par la Manche.
Différents centres pour migrants peuvent accueillir les personnes arrivées au Royaume-Uni par la Manche.


Deuxième étape : l’entretien avec le ministère de l’Intérieur

Après un premier entretien à leur arrivée, un second attend les migrants. Il est mené cette fois par des responsables du ministère de l’Intérieur, qui décidera si oui ou non, le droit d’asile est accordé. Pour les aider, ils peuvent faire appel à un avocat, proposé par l’aide juridique britannique. D’après Inews, cette entrevue "peut avoir lieu quelques semaines après l’arrivée au Royaume-Uni ou des mois plus tard, selon la complexité du cas".

En attendant cet entretien et la décision qui suit, les demandeurs d'asile ne sont pas autorisés à travailler. Pour subvenir à leurs besoins, le Home Office, équivalent du ministère de l'Intérieur, leur octroie 39,60 £ par semaine. Une somme modique comparé au coût parfois exorbitant de la vie au Royaume-Uni.

Kam, une exilée en attente de son entretien, venue au Royaume-Uni avec sa petite fille par crainte qu’elle ne subisse des mutilations génitales dans son pays d’origine, raconte "avoir ramassé beaucoup de vêtements dans la rue". Pour survivre, écrit le média britannique, "la jeune femme a dû acheter de la nourriture périmée [la seule qu'elle avait les moyens de s'offrir] et utiliser les banques alimentaires".

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Une fois l’entretien effectué, les exilés doivent s’armer de patience. Car la notification de la décision finale peut prendre des mois, voire des années. Et les nationalités candidates n’ont pas toutes les mêmes chances de se voir accorder le fameux sésame. D’après les données du Home Office, en 2019, 63% des ressortissants iraniens ont obtenu l’asile dès la première tentative, contre seulement 19% des Albanais. En cas de refus, les demandeurs peuvent faire appel de la décision.

Ceux qui obtiennent le statut de réfugié peuvent rester cinq ans au Royaume-Uni. Mais au soulagement procuré par la validation des autorités s’ajoute parfois une certaine inquiétude. Car une fois leur statut accordé, les réfugiés sont dans l’obligation de quitter le logement provisoire qui leur avait été assigné à leur arrivée. S'ils ne trouvent pas d’emploi dans l’immédiat pour se loger, ils peuvent faire appel à des associations d’aide aux réfugiés.

Quid des mineurs non accompagnés 

Les mineurs non-accompagnés qui ont traversé la Manche sont, eux, uniquement pris en charge par le conseil du comté de Kent (KCC). Pendant deux mois, ils sont accueillis dans un centré dédié à Douvres ou à Ashford. Là, chacun est confié à un travailleur social, qui constitue un dossier adapté à leur âge et à leur genre. "Les garçons de moins de 16 ans et toutes les filles sont envoyés dans des familles d'accueil ou dans un foyer d'accueil spécialisé, affirme la BBC. Les garçons âgés de 16 ou 17 ans sont envoyés au centre d'accueil de Milbank à Ashford pendant environ deux mois, avant d'être placés dans un logement partagé "semi-accompagné".

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Depuis le 14 juin, le KCC refuse néanmoins d’accueillir davantage de jeunes, ayant atteint sa capacité d’accueil maximale. Les mineurs attendront donc désormais depuis l'unité d'accueil de Kent, au port de Douvres, leur placement auprès des services sociaux, ailleurs dans le pays. Une situation à laquelle les autorités britanniques avaient déjà été confrontées, en septembre 2020.

Le Défenseur des droits de l’enfant britannique avait alors dénoncé des délais de transferts trop longs, laissant "des enfants qui ont survécu à une traversée dangereuse en bateau […] patienter pendant près de 72 heures dans une unité de détention sans accès à des douches ou à des lits, en attendant que les travailleurs sociaux d'un autre comté viennent les chercher". 

 

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