Des policiers lors d'une opérations d'évacuation d'un campement près de l'hôpital de Calais, le 2 septembre 2020. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants. .
Des policiers lors d'une opérations d'évacuation d'un campement près de l'hôpital de Calais, le 2 septembre 2020. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants. .

Utopia 56 a recueilli au cours de la semaine du 14 au 20 juin, plusieurs témoignages de migrants ayant été victimes de graves violences de la part des forces de l'ordre. L’association s’inquiète d’une forte hausse des violences policières depuis les affrontements du début du mois entre la communauté érythréenne et les forces de l’ordre.

Ce sont des témoignages de violences policières d’une gravité encore jamais observée à Calais. Au cours de la semaine du 14 au 20 juin, l’association Utopia 56 a recueilli des témoignages de migrants ayant été agressés et humiliés par des forces de l’ordre.

Dans un message posté sur Facebook mardi 22 juin, l’association liste les témoignages recueillis : gazages de tentes, tabassage, policier qui urine sur un homme, personnes laissée pieds nus sur une bretelle d’autoroute ou encore homme brûlé aux jambes avec un briquet.

"Ces violences se passent généralement la nuit, la plupart du temps au moment des tentatives de passage [vers le Royaume-Uni], donc personne ne les voit", explique à InfoMigrants Siloé Médriane, coordinatrice de l’association Utopia 56 à Calais.

Selon elle, la tension entre migrants et forces de l’ordre est souvent plus forte l’été en raison des arrivées plus nombreuses à Calais et de la hausse des tentatives de passage au Royaume-Uni qui en découle.

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Mais les actes de violence commis pas des policiers ou CRS n’ont jamais été aussi graves que ceux recensés depuis le début du mois de juin. Comme celui de cette personne qui présentait "des marques de brûlures sanguinolentes sur les jambes" et qui a déclaré aux équipes d’Utopia "avoir été immobilisée par des agents de police pendant qu’un de leur collègue le brûlait avec un briquet".

Interrogée par InfoMigrants sur ces violences, la préfecture du Pas-de-Calais n'a pas donné suite à nos sollicitations.

Rares poursuites

Pour la coordinatrice d’Utopia, ce sont les affrontements entre policiers et personnes de la communauté érythréenne dans la nuit du 1er au 2 juin qui ont marqué le début de cette hausse des violences. La situation aurait dégénéré ce soir là après qu’un migrant qui tentait de passer en Angleterre a été pris à partie par un policier. Les forces de l’ordre ont affirmé que sept policiers avaient été blessés dans les affrontements. Les exilés ont également dénombré des blessés. Deux d’entre eux se trouvent toujours à l’hôpital après avoir été très gravement blessés à un œil par un tir de LBD.

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Pour l’association, il est indispensable que les violences commises contre les exilés fassent l’objet d’une plainte mais, dans les faits, il est extrêmement rare que des poursuites soient engagées. Les migrants peuvent hésiter à porter plainte, sachant que les démarches seront longues et qu’ils espèrent quitter Calais au plus vite.

Les certificats médicaux servant à prouver qu’ils ont bien été victimes de violences policières sont également difficiles à obtenir. "C’est un combat pour que les personnes déjà traumatisées par les violences puissent avoir accès à leurs droits. Parfois, on passe 7-8 heures à l’hôpital pour obtenir un papier d’un médecin qui atteste que la personne a bien été victime de violences policières, en se basant sur son récit ", souligne Siloé Médriane.

Banalisation des violences

Selon elle, les migrants peuvent aussi avoir tendance à banaliser ces violences. "Ils ont potentiellement déjà subi des violences pires au cours de leur parcours d’exil", note la militante. Pour que les dénonciations de ces violences aient plus d’écho, Utopia 56 envisage de saisir la Défenseure des droits.

La situation est particulièrement tendue en ce début d’été à Calais alors que les associations sont toujours sous le coup d’une interdiction de distribuer de la nourriture aux exilés et que les évacuations de campements se font désormais à tout moment de la journée. De plus en plus de migrants n’ont plus rien pour s’abriter et les associations décrivent des personnes "épuisées physiquement et psychologiquement".

"Après une agression, les personnes ne vont pas dormir pendant plusieurs nuits [de crainte d'être de nouveau agressée]. En plus de cela, les exilés qui n’ont pas de tente, pas de matériel, dorment à même le sol sur un bout de carton. Toutes ces choses accentuent la vulnérabilité des personnes", dénonce Siloé Médriane. Et la militante d’ajouter : "L’objectif est clairement de les déshumaniser".

 

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