Des migrants enfermés dans un centre de détention en Libye, en janvier 2018. Crédit : Ansa
Des migrants enfermés dans un centre de détention en Libye, en janvier 2018. Crédit : Ansa

Médecins sans frontières (MSF) a annoncé mardi la suspension temporaire de ses activités dans la prison d'Al-Mabani et d'Abu Salim, à Tripoli. Cette décision intervient après une succession d'incidents violents perpétrés contre des migrants enfermés dans ces centres de détention, gérés par les autorités libyennes.

Avec cette action, Médecins sans frontières (MSF) entend faire la lumière sur les "conditions de vie extrêmes" des migrants incarcérés dans les prisons officielles libyennes. L'ONG médicale a annoncé mardi 22 juin qu'elle suspendait temporairement ses activités dans les centres de détention d'Al-Mabani et d'Abu Salim, à Tripoli. C'est la première fois depuis le début de ses visites dans les centres, en 2016, que MSF prend une telle mesure.

"Ce n'est pas une décision facile" mais "le schéma persistant d'incidents particulièrement violents envers les réfugiés et les migrants, ainsi que le risque pour la sécurité de notre personnel, ont atteint un niveau inacceptable", a déclaré Béatrice Lau, cheffe de mission MSF en Libye dans un communiqué.

"Sans une amélioration des conditions de détention et la fin des violences, MSF ne pourra plus fournir d’aide et de soins médicaux dans ces centres", continue-t-elle. L'ONG demande aux autorités libyennes d'assurer à ses équipes et aux migrants emprisonnés "des conditions minimales de sécurité".

"Passage à tabac"

Au mois de juin, "au moins trois incidents violents" en l'espace d'une semaine ont eu lieu dans le centre d'Al-Mabani et d'Abu Salim, où s'entassent près de 3 000 migrants, précise l'ONG. Le 17 juin, dans la première prison, "les équipes ont été témoins de violences perpétrées par les gardes, notamment du passage à tabac indiscriminé de personnes qui tentaient de quitter leur cellule pour des consultations avec des médecins de MSF".

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La nuit précédant leur venue, des tensions avec les gardiens ont fait plusieurs blessés. MSF a dû traiter 19 personnes "souffrant de blessures causées par les coups, notamment des fractures, des coupures, et des traumatismes contondants", peut-on lire dans le communiqué. Par ailleurs, un enfant non-accompagné a été blessé au niveau de ses chevilles, l'empêchant de marcher.

Dans la prison d'Abu Salim, l'ONG affirme que des armes ont été utilisées contre des exilés le 13 juin, "faisant plusieurs victimes".

Surpopulation dans les prisons

Selon MSF, les violences à l'encontre des personnes enfermées ont "graduellement augmenté" ces derniers mois, en raison notamment de la surpopulation dans ces prisons.

Depuis le début de l'année, plus de 14 000 migrants ont été interceptés en mer, renvoyés en Libye et placés en centres de détention. Un chiffre qui dépasse le nombre total d'interceptions pour toute l'année 2020.

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Résultat : les conditions de détention "déjà déplorables" se sont détériorées. Dans certains endroits, "jusqu'à quatre personnes doivent se partager un mètre carré d'espace - ce qui oblige les gens à se relayer pour s'allonger et dormir", signale encore MSF. Dans le centre d'Al-Mabani, les nouveaux arrivants sont obligés de dormir dehors, faute de places à l'intérieur.

Le manque de nourriture est si criant que certains migrants utilisent les médicaments donnés par l'ONG médicale pour gérer leur faim. L'alimentation des nouveau-nés pose également problème. Une femme incapable de nourrir son bébé de cinq jours au sein a tenté de lui donner sa maigre ration d'aliments solides "pour qu'il ne meure pas de faim".

"Aucune autre personne interceptée en mer ne doit être contrainte de retourner en Libye"

MSF réitère son appel à mettre fin à la détention arbitraire des migrants interceptés en Méditerranée. "Aucune autre personne interceptée en mer par les garde-côtes libyens financés par l'UE ne doit être contrainte de retourner en Libye et dans des centres de détention. La violence à l’intérieur de ces centres doit cesser et toutes les personnes piégées dans ces conditions inhumaines doivent être libérées", a insisté Ellen van der Velden, responsable des opérations de MSF.

Depuis des années, la rédaction d'InfoMigrants reçoit régulièrement des témoignages d'exilés passés par ces prisons, gérées par le gouvernement libyen. En début de semaine, Mahdi, un Camerounais de 23 ans, expliquait encore que dans ces centres "les migrants sont frappés tous les jours par les gardiens, pour tout et n'importe quoi". "Des gens meurent à l'intérieur à cause des violences, mais aussi de faim, de soif ou de tristesse", alertait le jeune homme.

Début juin, le Haut-commissariat des Nations unies pour les droits humains (HCDH) rapportait que plusieurs migrantes retenues dans la prison de Sharah Zawiya, à Tripoli, avaient tenté de se suicider "après avoir été victimes d’agressions dans leur cellule ou aux toilettes" de la part des gardiens.

 

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