"Hip-hop ou reggae, je fais de la musique comme elle me vient", affirme Obi. Crédit : Frank Loriou / Agence VU
 "Hip-hop ou reggae, je fais de la musique comme elle me vient", affirme Obi. Crédit : Frank Loriou / Agence VU

C’est un artiste pas comme les autres qui s’est produit ce jeudi 24 juin, à l’abbaye de Noirlac, dans le centre de la France, dans le cadre du Printemps de Bourges. Obi, demandeur d’asile nigérian de 34 ans, donnait un de ses tout premiers concerts après avoir fui les violences dans son pays d’origine.

De notre envoyé spécial à Bourges,

Obi, de son vrai nom Obinna Igwe, a passé dix années d’enfer sur les routes, du Nigeria à la France, en passant par le Mali, l’Algérie, le Maroc, l’Espagne, l’Italie, la Suisse, où il a même atterri en prison, faute de papiers. Ce périple transparaît avec pudeur dans son futur album dont le chanteur a interprété plusieurs titres sous les voûtes du XIIe siècle de l’abbaye cistercienne de Noirlac.

L’idée de chanter lui est venue lors d’une révélation quasi-mystique. C’était alors qu’il traversait une de ces innombrables mauvaises passes sur "la route", comme disent ceux qui fuient leur pays vers un ailleurs supposé meilleur.

"J'ai su que je n'allais pas mourir"

"C’était en 2010, se souvient le jeune homme à la barbe et aux dreadlocks brunes. J’étais dans le désert du Sahara. Je me suis perdu. J’ai passé toute une nuit à prier et à chanter… J’ai fini par m’endormir. Quand je me suis réveillé, j’ai su que je n’allais pas mourir, que les choses allaient s’arranger." C’est ce moment, quand l’effroi cède la place à l’espoir, qu’il raconte dans le titre "Light and Darkness" ("La lumière et les ténèbres" en français).

Arrivé en France, Obi loge dans un squat surpeuplé, un collège abandonné dans le quartier de la Croix-Rousse, à Lyon, dans le centre-est du pays. "On était jusqu’à 50 personnes entassées dans une pièce minuscule", témoigne le demandeur d’asile. C’est pourtant là qu’il est repéré par un autre musicien, Cédric de La Chapelle, puis par le directeur d’Horizon-Musiques, Olivier Boccon-Gibod.

"Il faut toujours être positif"

Le collège, Obi y est retourné récemment. Mais cette fois, l’établissement n’était pas à l’abandon. Le chanteur a partagé son expérience avec des élèves de Bourges inscrits en classe Cham et Chad (classes à horaires aménagés musique et danse).

"Je leur ai dit que dans la musique, il faut toujours être positif, affirme Obi, dont les yeux s’illuminent en repensant à ces rencontres. On ne transforme pas les mauvaises vibrations en bonnes vibrations. Il faut de la lumière."

Et en effet, la lumière imprègne les morceaux du futur album. Si, sur le premier titre, Obi remercie Jah, le terme des rastafaris pour désigner Dieu, le disque ne sera pas uniquement sous influence reggae, loin de là. "J’écoutais beaucoup de hip-hop quand j’étais plus jeune : des artistes comme 2Pac, Dr Dre, Snoop Dogg… Je ne saurais pas dire quelle influence compte le plus. Je fais simplement la musique comme elle me vient", soutient Obi, dont l’album a été baptisé "Black Prayers" ("Prières noires" en français).

Le disque doit sortir le 24 septembre. D’ici là, le chanteur espère avoir reçu une réponse positive à sa demande d’asile.

 

Et aussi