Des migrants secourus par l'Ocean Viking, le 24 janvier 2021. Crédit : Fabian Mondl / SOS Méditerranée
Des migrants secourus par l'Ocean Viking, le 24 janvier 2021. Crédit : Fabian Mondl / SOS Méditerranée

Après avoir réchappé aux vagues de la Méditerranée, de nombreux migrants sont secourus et débarqués en Italie. Comment s'organise alors leur prise en charge ? Relevé d'empreintes digitales, quarantaine sanitaire obligatoire, envoi en centres de réception ou expulsion... : InfoMigrants vous explique la procédure.

Cet article a été actualisé au mois de février 2021.

Prendre la mer à bord d'un canot depuis les côtes africaines, être secouru par un navire humanitaire (quand c'est possible) ou par les garde-côtes, accoster en Italie, rejoindre l'Europe… Pour de nombreux de migrants, cette entreprise hautement périlleuse est vue comme l'unique issue. Oui, mais après ?

Si des débarquements ont lieu à Malte, Chypre ou l'Espagne, l'Italie reste le pays où le plus de navires viennent accoster après un sauvetage. En 2020, le nombre de migrants arrivés via la mer en Italie a dépassé les 34 000, principalement sur l'île de Lampedusa, en Sicile et en Calabre.

Que se passe-t-il une fois les côtes de la péninsule atteintes ? Le chemin sinueux de l'exil se transforme alors en parcours administratif strict. Et l'éclatement de la pandémie de Covid-19 ces derniers mois est venu encore compliquer les choses. Explications.

  • Première étape : le "hotspot"

Après le débarquement, les migrants sont "identifiés", la plupart du temps dans des "hotspots" (centres d’enregistrement des migrants), selon un processus inchangé depuis plusieurs années. 

"En général, cela se passe dans le hotspot de Lampedusa", précise Adelaide Massimi, consultante juridique au sein de l'ASGI, une association italienne spécialisée dans l'immigration. D'autres hotspots se trouvent à Pozzallo, en Sicile, et à Tarente, dans la région des Pouilles. 

Au cours de ce processus, les migrants sont interrogés par des officiers de police. "On leur demande leur nom, leur pays d'origine, l'itinéraire qu'ils ont emprunté jusqu'en Italie, et la raison de leur exil", explique encore Adelaide Massimi.

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Selon cette dernière, cet interrogatoire est déterminant pour la suite des démarches administratives d'un migrant. "La police note si le migrant est venu pour demander l'asile ou pour des raisons économiques, détaille-t-elle. Si c'est pour des raisons économiques, cela signifie que le migrant est illégal. S'il est demandeur d'asile, il peut rester légalement sur le territoire [le temps de sa demande d'asile]."

À l'issue de cet entretien, les empreintes digitales des migrants sont relevées et enregistrées. Cet acte fait entrer automatiquement les migrants dans la procédure dite de Dublin, du nom du règlement qui détermine un pays responsable d'une demande d'asile. Ces migrants seront donc "dublinés" en Italie, pays considéré responsable de leur demande d'asile et ne pourront pas déposer de demande d'asile dans un autre pays européen, sauf cas spécifiques.

  • La quarantaine obligatoire 

En raison de la pandémie de Covid-19, les migrants doivent ensuite obligatoirement observer une période de quarantaine. Cette dernière se déroule à bord de bateaux dédiés, amarrés dans différents endroits d'Italie. La Croix-Rouge italienne est chargée du déroulement de cette procédure à bord.

Ces bateaux ne sont d'ailleurs pas seulement utilisés pour les quarantaines de migrants arrivés via la Méditerranée : ceux entrés illégalement en Italie via la Slovénie, et donc par voie terrestre, y sont également transférés. 

Les mineurs bénéficient d'un traitement à part : ils sont, en ce qui les concerne, transférés dans des centres spécifiquement prévus pour eux, sur la terre ferme.

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Cette quarantaine est censée durer 10 jours, selon le règlement sanitaire en vigueur, affirme Adelaide Massimi. Toutefois, il arrive que des migrants doivent rester davantage sur les bateaux, s'ils ont été en contact avec une personne infectée par le virus. "Certains peuvent être en quarantaine pendant deux semaines, trois semaines, parfois plus", indique la spécialiste. 

Ceux qui s'avèrent être contaminés au Covid-19 durant leur quarantaine sont placés dans une partie dédiée aux malades sur les bateaux. Ils peuvent aussi être conduits dans des hôpitaux si nécessaire.

L'ASGI dénonce par ailleurs l'absence de prise en charge médicale durant cette période. "Les migrants sont censés avoir accès à une aide médicale et psychologique sur les bateaux s'ils en ont besoin. Mais dans les faits, cela ne semble pas être le cas", assure Adelaide Massimi, se basant sur 86 interviews de migrants ayant observé une telle quarantaine menées par l'ASGI entre mai et novembre 2020. Aucun d'entre eux n'avait vu de docteur. 

  • Les centres de réception, de rétention ou l'ordre de quitter le territoire

À l'issue de cette période, les migrants sont dirigés vers deux lieux différents en fonction de leur situation. Les demandeurs d'asile sont envoyés en "centres de réception", où ils vont pouvoir suivre la procédure pour demander le statut de réfugié.

S'ils ne sont pas demandeurs d'asile et sont arrivés en Italie pour d'autres raisons, ils peuvent être envoyés en centres de rétention, d'où ils attendront leur expulsion.

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Le passage par le centre de rétention n'est pas systématique, notamment en raison d'un manque de places, poursuit Adelaide Massimi. Dans ce cas-là, les migrants concernés reçoivent l'ordre de quitter le pays - par leurs propres moyens - sous sept jours.

La pandémie de coronavirus et les fermetures de frontières ont mis un frein à de nombreuses expulsions ces derniers mois. Toutefois, l'Italie est toujours en mesure de renvoyer les ressortissants tunisiens vers leur pays d'origine. Entre août et novembre 2020, un peu plus de 1 500 expulsions vers la Tunisie ont eu lieu, selon des chiffres de l'ASGI.

 

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