Paul, un migrant accueilli sur sa route par le Refuge solidaire de Briançon. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants.
Paul, un migrant accueilli sur sa route par le Refuge solidaire de Briançon. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants.

Dans une lettre adressée à la préfecture, les associations briançonnaises du Refuge solidaire et Tous migrants ont demandé, lundi, des moyens plus conséquents pour faire face à l'arrivée de "familles et de personnes particulièrement vulnérables" parmi les populations migrantes.

"Un appel à l’aide commun avant que la situation ne dégénère". Cet avertissement a été lancé, lundi 28 juin, par le Refuge solidaire et d’autres associations comme la Cimade, Médecins du Monde, Médecins sans frontières et Secours catholique Caritas France, dans une lettre commune adressée à la préfète des Hautes-Alpes, Martine Clavel.

Selon l'association Tous migrants, près de 2 000 personnes sont arrivées au refuge depuis janvier, avec une forte accélération en mai et juin. Plus de 600 personnes sont arrivées sur chacun de ces deux mois. Dans ce contexte, difficile pour le Refuge, implanté dans le centre ville, de recevoir dans des conditions convenables les "dizaines de personnes exilées qui arrivent quotidiennement à Briançon depuis cet hiver", précise la lettre.

Le Refuge solidaire quitte cet été ses locaux d’origine pour s'installer dans un espace plus grand et plus adapté à sa mission. Mais en attendant, les bénévoles ont le plus grand mal à mener à bien leur mission.

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"Nous ne nous désengageons pas de notre combat, mais la situation nous force à demander de l’aide auprès de l’État et des collectivités territoriales, assure à InfoMigrants Stéphanie Besson, responsable au sein de Tous migrants, qui travaille en partenariat avec le Refuge solidaire. Les bénévoles ne peuvent plus, à eux seuls, assumer ce qu’il se passe. Chacun doit faire sa part".

"Les lieux d’hébergement ne manquent pas"

Pour les signataires de la lettre, il existe bien une solution : "La mobilisation du plan d'hébergement d'urgence" de la ville de Briançon. Un dispositif utilisé régulièrement par la commune en cas de catastrophes naturelles. "Quand il y a d’importantes chutes de neige par exemple, Briançon ouvre les gymnases pour héberger les touristes le temps que la situation s’améliore. Ils peuvent donc très bien accueillir les migrants, assure Stéphanie Besson. Avec les vacances scolaires qui arrivent, les collèges et les lycées peuvent aussi ouvrir leurs portes. Les lieux d’hébergement ne manquent pas. Il suffit seulement d'un peu de volonté politique".

D’après la responsable, "de l’autre côté de la frontière, les villes italiennes d’Oulx et de Bardonecchia ont reçu des fonds de la part de l’État pour les aider à gérer les arrivées toujours plus nombreuses, notamment à cause des refoulements opérés par les autorités françaises". "On aimerait la même prise de conscience de ce côté-ci", demande-t-elle.

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Tout comme ces petites communes piémontaises, Briançon n’est qu’une étape de la longue route empruntée par les migrants depuis leur pays d’origine. "Quand ils arrivent ici, les exilés sont exténués. Il est indispensable de les mettre à l’abri le temps de leur passage, soit deux, trois jours, avant un nouveau trajet qui sera tout aussi épuisant", soutient la responsable. Après une étape au Refuge, certains se dirigent "vers une métropole pour déposer une demande d'asile", écrivent également les associations dans leur lettre commune.

Des exilés plus vulnérables

Depuis sa création en juillet 2017, le Refuge solidaire a déjà accueilli plus de 12 300 migrants pour de courts séjours, selon son dernier décompte en mars. Si les flux sont toujours aussi importants chaque année, la population migrante n’est plus tout à fait la même. "Désormais, des familles entières se présentent aux portes du Refuge, affirme Stéphanie Besson. Il n’est plus rare non plus d’y accueillir des personnes âgées. Ces dernières semaines, nous avons hébergé un homme de 70 ans, parti d’Afghanistan".

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Les mineurs et les femmes sont également de plus en plus nombreux. "Certaines femmes arrivent chez nous au terme de leur grossesse, sans qu’aucun suivi médical n’ait pu se faire. D’autres portent leur bébé de quelques semaines, né sur la route de l’exil, dans leurs bras, décrit-elle. Pour ces populations vulnérables, l’accueil ne peut pas être le même que pour de jeunes gens en bonne santé".

 

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