Les six membres de l'équipe paralympique des réfugiés pour les JO de Tokyo | Photo : getty/UNHCR/IPC
Les six membres de l'équipe paralympique des réfugiés pour les JO de Tokyo | Photo : getty/UNHCR/IPC

Six athlètes ayant un handicap participent aux compétitions d’athlétisme, de natation, de canoë et de taekwondo pour les Jeux paralympiques de Tokyo. Portraits.

Originaires d'Afghanistan, du Burundi, d'Iran et de Syrie, cinq hommes et d’une femme ont fait partie de l'équipe des réfugiés pour les jeux paralympiques de Tokyo. Ils ont concouru dans quatre disciplines, à savoir l’athlétisme, la natation, le canoë et le taekwondo. Les six athlètes vivent et s'entraînent en Allemagne, en Grèce, au Rwanda et aux États-Unis. Portraits.

1) Anas Al Khalifa

Le canoéiste Anas Al Khalifa, qui vit en Allemagne après avoir fui la guerre en Syrie, n’aurait jamais imaginé faire un jour partie de cette équipe paralympique. "Autour de moi il n’y avait que guerre et destruction. Je passais d’un camp de réfugiés à l’autre, d’une frontière à une autre", explique-t-il.

Comme les 29 membres de l'équipe olympique des réfugiés, l'équipe paralympique des réfugiés représente les plus de 82 millions de personnes déplacées dans le monde, dont 12 millions vivent avec un handicap. 

A (re)lire également : Au Kenya, une équipe de réfugiés s'entraîne pour les Jeux olympiques de Tokyo

"L’année dernière a été particulièrement difficile pour les athlètes réfugiés, mais ils surmontent régulièrement l’adversité au cours de leur vie", a commenté Ileana Rodriguez, cheffe de mission de l’équipe. Elle même réfugiée, Ileana Rodriguez avait représenté les Etats-Unis en natation aux Jeux paralympiques de Londres en 2012. Le groupe de Tokyo sera soutenu et accompagné par six entraîneurs ainsi que par quatre membres du Comité international olympique (CIO) et du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations unies (HCR).

2) Ibrahim Al Hussein

Le Syrien Ibrahim Al Hussein, déjà double champion olympique en para natation, a commencé à nager à l'âge de cinq ans dans l’Euphrate, le fleuve passant près de sa ville natale de Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie. 

En 2012, il est blessé par l’explosion d’une bombe alors qu’il tente de porter secours à un ami abattu par un sniper. La gravité de la blessure est telle, qu’il faut amputer la moitié de sa jambe droite.

Malgré cet handicap, Ibrahim Al Hussein entreprend en 2014 le dangereux voyage vers la Grèce, qu’il rejoint par la mer à bord d’un bateau pneumatique avec 80 autres passagers. À cette époque, il se déplace en fauteuil roulant. Contrairement à de nombreux autres Syriens qui vont poursuivre leur route vers les autres pays d’Europe, Ibrahim Al Hussein décide de rester en Grèce.

A son arrivée, il passe deux semaines à errer dans les rues d'Athènes, avant qu’un autre Syrien ne l’emmène voir un médecin. Celui-ci lui procure une prothèse de jambe. En 2015, Ibrahim Al Hussein obtient le statut de réfugié en Grèce et trouve un premier emploi.

"Je ne nage pas pour moi-même", a-t-il confié à l'agence de presse Reuters début mai. "Il y a environ 80 millions de réfugiés dans le monde. Je nage pour chacun d’eux".

3) Alia Issa

Athènes est également le lieu de vie et d’entraînement de l’athlète Alia Issa. Née en Grèce en 2001, ses parents ont quitté la Syrie pour rejoindre la Grèce quelques années plus tôt à la recherche d’une vie meilleure. 

À l'âge de quatre ans, Alia Issa contracte la variole et doit être hospitalisée. Une forte fièvre va entraîner des séquelles irréversibles. Depuis, elle est dans un fauteuil roulant et éprouve des difficultés à parler. 

"Certains enfants m'ont maltraitée", confie-t-elle. "Mais cela ne m'a pas empêché de vouloir aller à l'école. J'aimais beaucoup l'école".

Découvrez Alia Issa dans cette vidéo du CIP :


En 2017, Alia Issa commence à fréquenter une école réservée aux élèves handicapés. "Dès lors, je ne me sentais plus aussi différente. Dans mon école primaire, j'étais la seule à avoir un handicap", se souvient-elle. Les cours de sport vont alors lui donner une nouvelle motivation. "L'initiation au sport a été très importante pour moi. Je me suis sentie plus forte et plus en confiance avec mon corps et ma mobilité."

Après avoir essayé la boccia, un sport de boule proche de la pétanque, ainsi que d'autres sports, l’un de ses professeurs remarque sa puissance physique et lui fait découvrir le lancer de massue. La discipline va la fasciner immédiatement.

Selon le CIP, le lancer de massue est une "discipline pour les athlètes qui n'ont pas une prise assez forte pour tenir un javelot, un poids ou un disque. Ils tiennent une massue en bois qui ressemble à une quille de bowling. Les athlètes sont assis sur un fauteuil roulant ou une plate-forme et tentent de lancer la massue le plus loin possible. Certains lancent vers l'avant, l'arrière, voire le côté, en fonction de leur handicap."

En tant que première athlète féminine réfugiée paralympique, Alia Issa dit qu’elle se rendrait à Tokyo avec un message spécial pour les femmes. "Ne restez pas à l'intérieur dans vos maisons. Soyez actives. Cela va vous donner une indépendance et un moyen d'être incluses dans la société."

Selon Philip Dorward, responsable de la communication du CIP, l'équipe de Tokyo est le premier groupe qui a pu être soutenu et suivi sur l’ensemble d’un cycle de préparation, soit la durée qui sépare deux Jeux olympiques d’été.

Les athlètes qui ont tous été retenus ont ainsi reçu un soutien financier pour l'équipement, l'entraînement, les compétitions et d’autres coûts comme les séances de physiothérapie. La forme que va prendre ce soutien au delà des Jeux est "en cours d’étude" selon Philip Dorward.

Le budget lié aux compétitions a été principalement financé par des sponsors privés tels que les entreprises Panasonic et Airbnb. Ces partenariats ont également été l’occasion pour plusieurs athlètes de gagner de l’argent en organisant des événements en ligne lors desquels ils ont "partagé leurs histoires avec le monde", explique Philip Dorward.

Le CIP travaille également en étroite collaboration avec le HCR pour "envoyer un message fort à tous les réfugiés et à toute personne forcée à quitter son chez-soi". 

4) Abbas Karimi

C’est ainsi que le para nageur afghan Abbas Karimi a récemment été nommé "Sympathisant" de l’agence onusienne, pour représenter la cause des athlètes réfugiés.



Né en Afghanistan, sans bras, Abbas a quitté son pays à l'âge de 16 ans pour rejoindre la Turquie et vivre dans un camp de réfugiés. C'est là qu'il rencontre un ancien entraîneur de lutte américain qui accompagne d'autres réfugiés. En Turquie, Karimi décroche 15 médailles, dont deux titres de champion national. Pourtant, il ne peut toujours pas faire de compétitions à l’international car il n’a pas de passeport, ni de documents officiels. 

En septembre 2015, l'ancien entraîneur de lutte l'encourage à aller à Portland, aux États-Unis. Abbas reçoit finalement le statut de réfugié aux Etats-Unis, où il participe à des compétitions de para-natation.

"Bien que tous les réfugiés soient confrontés à d’importants défis, ceux qui ont un handicap sont souvent exposés à des risques accrus et doivent faire face à des obstacles supplémentaires pour accéder à l'aide, aux services et aux opportunités", rappelle le CIP dans un communiqué de presse.

"Ces athlètes prouvent que le pouvoir transformateur du sport change des vies : ils ont subi des blessures qui affecteront leur vie pour toujours, ont craint pour leur sécurité et ont entrepris de dangereux périples mais, malgré de nombreux obstacles, ils sont devenus des athlètes d’élite prêts à participer aux Jeux paralympiques de Tokyo 2020", a déclaré le président du CIP, Andrew Parsons. 

5) Parfait Hakizimana

L’un des six athlètes retenus pour Tokyo vit même encore dans un camp de réfugiés. Il s’agit du Burundais Parfait Hakizimana, qui a fui la violence et les troubles dans son pays en octobre 2015. Né en 1988, sa vie a changé à jamais en 1996 lorsque sa mère est tuée sous ses yeux lors d'une attaque contre le camp de déplacés où ils vivaient à l'époque. Blessé par balle, Parfait Hakizimana a quant à lui perdu l’usage de son bras gauche.



Malgré cet handicap, le Burundais a commencé dès l’âge de 16 ans à organiser des entraînements de taekwondo dans son camp. Cela "m’a sauvé et m'a remonté le moral", dit-il. En 2010, Parfait Hakizimanail décroche la ceinture noire et ouvre un club de taekwondo au Burundi, avant qu’un nouveau conflit le pousse à fuir au Rwanda en 2015.

Là bas, il persiste et ouvre un nouveau club dans le camp de réfugiés de Mahama, près de la frontière avec la Tanzanie. Selon le CIP, Parfait Hakizimana entraîne désormais environ 150 personnes dans le camp, les plus jeunes ont à peine six ans.

"Les réfugiés n'ont pas grand-chose. Mais le sport les aide à oublier leurs problèmes", assure le Burundais. "Tout le monde respecte les olympiens et les paralympiens. J’aime montrer aux autres des capacités qu’ils ne soupçonnent pas."

6) Shahrad Nasajpour 

Le rêve des JO s'est également exaucé pour Shahrad Nasajpour. Le lanceur de disque et de poids iranien était porte-drapeau lors de la cérémonie de clôture des Jeux 2016. Né en Iran avec une paralysie cérébrale qui a entraîné des limitations de mobilité du côté gauche, il a pratiqué le tennis de table avant de découvrir l'athlétisme.

Après avoir immigré aux États-Unis en 2015, il a continué les entraînements. Il atterrit à San Francisco, complètement seul. "Tu te retrouves quelque part où tu ne connais personne. C'est un nouveau monde. C'est toi contre toi-même", se rappelle le para-athlète. A force de persévérance et de travail, il réussit à intégrer l'équipe paralympique de réfugiés, nouvellement créée. Il reçoit la nouvelle en août 2016. A Rio, il termine onzième avant d'établir un nouveau record personnel à 46,30m lors des championnats du monde 2019 qui lui confère la septième place.


 

Et aussi