Plus de 450 personnes sans-papiers sont toujours en grève de la faim depuis plus d'un mois à Bruxelles, le 2 juillet 2021. Crédit : REUTERS/Yves Herman REFILE
Plus de 450 personnes sans-papiers sont toujours en grève de la faim depuis plus d'un mois à Bruxelles, le 2 juillet 2021. Crédit : REUTERS/Yves Herman REFILE

Depuis plus d’un mois, quelque 450 personnes sans-papiers sont en grève de la faim et occupent trois lieux à Bruxelles pour demander leur régularisation. Leur état de santé se dégrade et leurs soutiens s’inquiètent que certains ne survivent pas, alors que le gouvernement belge se montre toujours inflexible.

La situation des 456 personnes sans-papiers, en grève de la faim depuis plus d’un mois à Bruxelles, est de plus en plus alarmante. Installées dans trois lieux de la capitale belge - l’église de Béguinage, l’université libre de Bruxelles (ULB) et la Vrije Universiteit Brusselles (VUB) [université de langue néerlandaise NDLR] – elles réclament une régularisation générale.

Après 41 jours sans s’alimenter, leurs corps sont extrêmement affaiblis. "Médecins du monde et la Croix rouge donnent aux personnes de l’eau, du sucre et des vitamines mais nous avons dépassé le 38e jour fatidique où il commence à y avoir des séquelles irréversibles pour le corps. Il y a des gens qui ont perdu plus de 15% de leur masse corporelle", s’alarme André Réa, sociologue spécialiste de l’immigration et membre du comité ULB-VUB de soutien aux sans-papiers, interrogé par InfoMigrants.

"Il y a déjà eu quatre tentatives de suicide et des personnes se sont cousues les lèvres", ajoute-t-il, précisant que, parmi les quatre personnes qui ont fait des tentatives de suicide, l’une d’elles avait avalé des lames de rasoir et s’est remis en grève de la faim après avoir été opérée. "C’est dire sa détermination", souffle le sociologue.

Affectés par le Covid

À l’église de Béguinage, comme à l’ULB et à la VUB, les grévistes de la faim sont des personnes arrivées "il y a dix, vingt ans en Belgique", indique Sotieta Ngo, directrice générale du CIRÉ (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), contactée par InfoMigrants.

La plupart sont originaires du Maghreb et occupaient des emplois peu qualifiés en Belgique. Elles ont été frappées économiquement et socialement de plein fouet par la pandémie de Covid-19.

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"En Belgique, c’est à l’employeur de faire les démarches pour que son employé obtienne un titre de séjour. Mais dès que son contrat se termine, cela affecte aussi son titre de séjour. En année de [pandémie de] Covid-19, si l’employeur met fin à la mission d’un travailleur, ce dernier perd son titre de séjour", explique Sotieta Ngo.

C’est ce qui est arrivé à beaucoup d'entre eux. Avec la pandémie, la "débrouille" qui faisait vivre des milliers de personnes n’a plus été possible et elles ont "plongé", décrit la militante.

Mais selon elle, l’élément qui a véritablement poussé les personnes sans-papiers à aller plus loin dans leurs démarches remonte au mois de janvier 2021. À ce moment là, des centaines de sans-papiers commencent à occuper l’église du Béguinage, l’ULB et la VUB et espèrent pouvoir entamer des discussions avec Sammy Mahdi, le secrétaire d’État belge à l’Asile et à la migration. Mais ce dernier se montre intraitable et refuse catégoriquement d’envisager toute régularisation.

"La situation est vraiment très bloquée"

"Le gouvernement assume qu’il n’y a pas de critère qui permette de considérer qu’à un moment on gagne son droit au séjour en Belgique", déplore Sotieta Ngo, qui a, elle-même, rencontré le secrétaire d’État avec plusieurs autres membres d’associations et de collectifs.

"Aujourd’hui en Belgique, quand on est hautement qualifié on peut accéder au marché du travail, sinon, c’est extrêmement difficile", souligne la militante. Elle y voit une situation injuste car "il y a en Belgique une énorme poche de travailleurs sans-papiers dans les secteurs de la construction, des soins aux personnes et de l’hôtellerie-restauration". "Mais tous ces métiers représentent de basses qualifications" et ne donnent pas droit à une régularisation.

Plusieurs recteurs d’universités ont appelé le gouvernement à agir en faveur des sans-papiers, en vain. "La situation est vraiment très bloquée", s’inquiète André Réa. Le sociologue a lui aussi rencontré Sammy Mahdi. "Nous avons fait des propositions à court et moyen terme, notamment l’attribution d’un titre de séjour de courte de durée aux grévistes de la faim avec la possibilité qu’ils puissent introduire une demande de régularisation. Il nous a écoutés et nous a dit qu’il ne ferait rien parce qu’il ne veut pas de régularisation collective", déplore-t-il.

Et d’ajouter : "Le secrétaire d’État [membre du parti des Chrétiens-démocrates flamands NDLR] en fait une histoire de trophée car, du côté flamand, s’il y avait des élections aujourd’hui, l’extrême droite gagnerait. L’immigration étant le sujet de polarisation politique le plus fort."

Parmi les soutiens des sans-papiers, tous craignent maintenant que leur téléphone ne sonne et qu’on leur apprenne la nouvelle d’un premier mort. Un drame d’autant plus probable qu’aucune avancée n’est observée, déplore Sotieta Ngo : "Les jours passent, les discussions ont lieu, mais la détermination dans un camp est aussi grande dans l’autre."

 

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