Manifestation de migrants à Barcelone après l'incendie de leur immeuble (archives). Crédit : Picture alliance
Manifestation de migrants à Barcelone après l'incendie de leur immeuble (archives). Crédit : Picture alliance

En Espagne, des vendeurs ambulants ont créé en 2015 le syndicat Manteros pour mettre la lumière sur les difficultés quotidiennes auxquelles ils sont confrontés. Deux ans plus tard, ces vendeurs, majoritairement originaires d'Afrique de l'ouest, ont lancé leur marque de vêtement. Aujourd'hui, ils possèdent une boutique à Barcelone et viennent de sortir une paire de baskets.

La marque Top Manta s'est fait une place sur le marché espagnol de la mode. Créée en 2017 par des vendeurs ambulants de Barcelone, via leur syndicat Manteros, elle vient de sortir pour la première fois une paire de baskets, baptisée "Ande Dem", qui signifie "marcher ensemble" en wolof.

Majoritairement originaires d'Afrique de l'ouest, ces anciens vendeurs à la sauvette ont pendant longtemps dû esquiver les contrôles de police afin d'éviter des amendes et leur expulsion du territoire espagnol. Ils sont aujourd'hui pour la plupart régularisés, mais continuent le combat pour leurs anciens compagnons d'infortune.

Rencontre avec l'un d'entre eux, le Sénégalais Lamine Sarr, arrivé en 2006 aux Canaries.

InfoMigrants : Vous avez quitté le Sénégal en 2006 pour rejoindre l'Espagne. Comment s'est passée la traversée de l'océan Atlantique ?

Lamine Sarr : En 2006, je suis monté à bord d'une pirogue avec des dizaines d'autres personnes depuis la région de Dakar, avec pour objectif les Canaries. 

Le voyage a duré une semaine et était très éprouvant. Il faut parcourir plus de 1 000 km en haute mer à bord d'une embarcation non adaptée pour un si long voyage. Les vagues sont comme des montagnes, c'est très impressionnant depuis un petit bateau. 

Pendant une semaine, nous avons mangé uniquement des biscuits que nous avions emportés avec nous, et nous devions gérer l'eau, en faible quantité.

>> À (re)lire : Îles Canaries : "Toutes les embarcations dans l'Atlantique sont en danger"

Durant le trajet, plusieurs sentiments se mélangent : la peur, la fatigue, le stress et finalement la joie d'arriver à destination sain et sauf.

Je suis resté environ un mois à Ténérife, l'île des Canaries où j'ai débarqué. Puis, les autorités espagnoles m'ont transféré à Malaga, dans le sud de l'Espagne continentale.

Là-bas, j'ai été hébergé quelques semaines dans un centre de la Croix-Rouge, puis j'ai pris un bus vers Barcelone.

IM : En arrivant à Barcelone, comment avez-vous connu le métier de vendeur à la sauvette ?

LS : J'avais un ami à Barcelone, que je connaissais du Sénégal. Il m'a hébergé à mon arrivée.

Il était vendeur à la sauvette dans la ville : il achetait des vêtements dans les grands magasins et les revendait un peu plus cher dans la rue.

J'ai donc décidé de faire le même travail que lui. Je n'avais pas de papiers, je n'avais pas beaucoup d'alternatives.

IM : En 2015, le syndicat Manteros est né. Comment a germé l'idée d'un syndicat pour les vendeurs ambulants ?

LS : Avec plusieurs vendeurs à la sauvette, nous ressentions la nécessité de nous regrouper de manière officielle.

Lorsqu'on travaille comme vendeur ambulant, on est quotidiennement confrontés au harcèlement policier et à la violation de nos droits. Dès que les policiers nous voient, ils nous pourchassent dans les rues, et parfois nous maltraitent.

Quand on se fait attraper, on est amenés au poste de police et on doit payer une amende qui peut aller de 60 à 10 000 euros. Mais comment payer cette somme lorsqu'on a pas d'argent ? La seule solution est de retourner dans la rue et de vendre des vêtements à la sauvette.


Le syndicat permet de rendre visibles les atteintes aux droits et les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés les vendeurs ambulants en Espagne, comme obtenir des papiers. [En Espagne, il faut justifier d'une présence de trois ans sur le territoire et d'un contrat de travail d'un an pour obtenir une régularisation. Or, les vendeurs à la sauvette n'ont pas de contrat, ndlr].

IM : En 2017, le syndicat Manteros a créé la marque Top Manta. Cette année est sortie une paire de baskets, baptisée "Ande Dem", qui signifie "marcher ensemble" en wolof. Comment est née cette marque ?

LS : La marque Top Manta a vu le jour grâce à une campagne de financement participatif sur internet. Au départ, ce n'était que des t-shirts avec des dessins représentant les droits humains, notre lutte et les difficultés à s'installer en Europe quand on est étranger.


L'idée de faire des baskets existait depuis le début de la marque mais nous n'avions pas les moyens. C'est grâce à la gamme de vêtements qu'on a pu financer la création de ces chaussures.

Ce succès, on le doit à notre travail et à la lutte menée toutes ces années. On est fier de ce que nous avons réalisé et d'avoir mené à bien ce projet.

Aujourd'hui, on s'est bien développés : on a un atelier de couture, de sérigraphie, et une boutique à Barcelone.

Beaucoup de vendeurs du syndicat Manteros ont obtenu un titre de séjour de cinq ans, c'est une victoire.

 

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