Les Afghans rencontrés à Hambourg ne s’imaginent pas retourner vivre en Afghanistan. Crédit : Getty Images
Les Afghans rencontrés à Hambourg ne s’imaginent pas retourner vivre en Afghanistan. Crédit : Getty Images

Les Afghans vivant à Hambourg suivent avec inquiétude la détérioration de la situation sécuritaire en Afghanistan. Le retour en force des Taliban leur donne peu d’espoir de pouvoir retourner un jour dans leur pays.

Hambourg abrite une importante communauté d’immigrés afghans. La rue Steindamm est même surnommée le "petit Kaboul" et regorge de magasins et de restaurants appartenant à des Afghans.

À l’image du restaurant "Kabul", généralement bondé le week-end. De nombreux Allemands et Afghans viennent ici pour passer un moment authentique, assis au milieu de peintures représentant des lieux célèbres d'Afghanistan.

Dans ce restaurant, la situation politique et sécuritaire en Afghanistan fait régulièrement partie des sujets de discussion. 

"Les Afghans de différents horizons partagent leurs histoires ici", explique un client. "Beaucoup d'entre eux ont encore des membres de leur famille en Afghanistan. Ils se parlent régulièrement pour savoir ce qui se passe dans leur pays d’origine."

Actuellement, le principal sujet de discussion est le retrait des forces de l'OTAN. Les Taliban, qui sont sortis renforcés de l’accord signé en 2020 avec les États-Unis et par le retrait progressif des troupes étrangères, sont en train d’étendre leur zones de contrôle dans le pays.

Espoirs douchés

Parmi les clients réguliers du restaurant Kabul se trouve Ibrahim Khadimi. Il vient ici parce qu’on y trouve des plats typiques du nord de l’Afghanistan, où il a vécu jusqu’en 2014. Ibrahim pensait que le pays allait pouvoir renaître de ses cendres après l’effondrement du régime Taliban en 2001. 

"Rien que dans mon village, des centaines de garçons et de filles ont commencé à aller à l'école. De nouvelles routes ont été construites et nous avons même obtenu une clinique pour notre région", se souvient-t-il.

Mais cette période de renouveau n’a pas duré. "La situation en Afghanistan a empiré dès 2007. Il est devenu très difficile pour moi de rester dans le pays, alors j'ai quitté l'Afghanistan en 2014. Les insurgés ont tué deux de mes amis. Si j'étais resté là-bas, ils auraient pu me tuer aussi."

Et depuis le début du retrait des troupes de l’OTAN au printemps, la situation sécuritaire a continué à se dégrader, avec des attentats devenus quasi quotidiens. "La recrudescence des attaques a anéanti nos espoirs de retourner un jour en Afghanistan", confie Ibrahim Khadimi, qui fait partie des derniers arrivés à Hambourg, où les Afghans vivent depuis des décennies. Cette diaspora avait l’habitude de se rendre en Afghanistan pour visiter les proches. 

"L'Afghanistan est mon pays d'origine. Comment pourrais-je l'oublier ? Cela me fait mal de voir ce qui se passe là-bas", explique Abdul Wali, 67 ans, qui a vécu en Allemagne la majeure partie de sa vie.

Perdre l'espoir pour l'Afghanistan

Au-delà des liens familiaux et émotionnels, beaucoup d’Afghans de Hambourg entretiennent également des liens commerciaux avec leur pays d'origine.

"Les gens volent votre argent en plein jour, même dans les grandes villes comme Kaboul et Herat. Les attentats à la bombe sont fréquents et ont lieu partout", explique un homme d'affaires afghan, qui souhaite garder l’anonymat à cause de ses séjours fréquents en Afghanistan.

Il assure qu'il est désormais de plus en plus difficile de réaliser des transactions commerciales avec ses partenaires afghans.

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"Les membres de ma famille rapprochée sont en Allemagne, mais j'ai d'autres membres de ma famille qui vivent encore en Afghanistan. Tous ceux à qui j'ai parlé là-bas veulent quitter le pays. Nous avons perdu tout espoir pour l'Afghanistan. Maintenant que les troupes étrangères partent, les seigneurs de la guerre vont devenir encore plus puissants. Cela va rendre les choses difficiles pour tout le monde", conclut-il.

Auteurs : Masood Saifullah et Hussain Sirat

Source : dw.com

 

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