Des migrants afghans se préparent à quitter le camp de Doyran près de la rivière Evros, March 2020. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Des migrants afghans se préparent à quitter le camp de Doyran près de la rivière Evros, March 2020. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Le gouvernement afghan appelle l'Europe à ne plus renvoyer dans le pays ses ressortissants durant les trois prochains mois. En cause : la dégradation sécuritaire dans le pays, où les Taliban conquièrent chaque jour de nouveaux territoires.

L’appel de l’Afghanistan à l’Europe sera-t-il entendu ? Dans un communiqué publié samedi 10 juillet, le ministère des Réfugiés et du Rapatriement exhorte "les pays hôtes à s'abstenir d'expulser de force les réfugiés afghans à compter du 9 juillet pour les trois prochains mois". Le gouvernement a aussi indiqué avoir décidé de ne plus accepter les "retours forcés" de migrants de tous les pays avec lesquels Kaboul a conclu des accords de coopération en matière de migration.

Pour les autorités afghanes, "l'escalade de la violence de la part du groupe terroriste Taliban dans le pays et la propagation de la troisième vague de coronavirus ont créé un important désordre économique et social, suscitant inquiétudes et défis pour le peuple" afghan. Et forceraient donc des milliers d’entre eux à quitter le pays pour l’Europe.

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En mai dernier, le ministère français des Affaires étrangères a mis en place un dispositif d’accueil des Afghans qui travaillent pour des institutions françaises et souhaiteraient quitter le pays. D’après Le Monde, la procédure concernerait une centaine de personnes ayant travaillé pour la France, ainsi que 500 membres de leurs familles.

Les Taliban en reconquête

Mais au vu de la situation qui prévaut dans le pays actuellement, la mesure pourrait s’avérer bien insuffisante. Selon le représentant spécial adjoint des Nations unies en Afghanistan, Ramiz Alakbarov, au moins la moitié des quelque 39 millions d'Afghans ont actuellement besoin d'assistance. "Les besoins humanitaires préexistants sont exacerbés" par la situation sécuritaire qui ne cesse d'empirer, a-t-il expliqué dimanche 11 juillet. "L'escalade des activités militaires, du conflit et de la guerre cause encore plus de souffrances".

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Alors que l’armée américaine et les forces de l’OTAN achèvent en ce moment même le retrait de leurs unités, ces deux derniers mois, les Taliban ont conquis de vastes portions du territoire. Très présents autour des villes de Kunduz et de Mazar-e-Charif, ainsi que dans la province du Badakhshan, ils contrôleraient désormais, selon eux, près de 85% du territoire. Laissant aux forces afghanes les grands axes et les capitales provinciales, dont certaines sont encerclées.

Les Afghans, premiers demandeurs d’asile en France

Le président américain Joe Biden a tenté, jeudi 8 juillet, de rassurer la communauté internationale, en assurant qu’il "n’abandonnerait par le régime de Kaboul". Une déclaration restée, sur place, lettre morte : la semaine dernière, pour fuir l’avancée des Taliban, un millier d'Afghans dont des militaires, ont franchi la frontière avec le Tadjikistan. S’engageant ainsi sur une des routes migratoires principales vers l'Europe, qui conduit les migrants des Républiques d’Asie centrale à la Russie, puis à la Biélorussie.

En 2020, les Afghans constituaient 10,6% des demandeurs d'asile de l’Union européenne (UE), avec un peu plus de 44 000 demandes sur 416 600 au total. Soit le deuxième contingent derrière les Syriens (15,2%), selon l'agence statistique de l'UE Eurostat. En France, les migrants afghans sont les premiers demandeurs d’asile, d'après l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Un tiers de ces demandes sont présentées après un premier refus dans d’autres états de l’UE.

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Mais depuis quelques années, l'Ofpra a réduit le taux de protection accordé aux Afghans. Il est passé de plus de 80 % en 2015 à moins de 60 % en 2019. Reste à savoir si l'appel du gouvernement afghan modifiera ces chiffres.

 

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