Une file d'attente de migrants devant le gouvernorat de Rabat, au Maroc, le 2 janvier 2014. Crédits : Reuters
Une file d'attente de migrants devant le gouvernorat de Rabat, au Maroc, le 2 janvier 2014. Crédits : Reuters

Dans son rapport annuel, le HCR loue le Maroc pour sa politique migratoire. Si ces dernières années, le royaume a affiché une certaine volonté d'intégration, les difficultés rencontrées au quotidien par les sans-papiers, elles, n'ont guère évolué.

Pour ce qui est de sa politique migratoire, le Maroc peut compter sur un soutien de taille. À l’occasion de la présentation de son rapport annuel le 21 juin, le représentant dans le royaume de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) s’est montré élogieux. Pour François Reybet-Degas, la politique "très progressiste" des autorités fait du Maroc "une terre d’asile" pour les 14 952 réfugiés et demandeurs d’asiles originaires de plus de 45 pays qui y vivent.

"La Stratégie nationale d’immigration et d’asile adoptée en 2013 est basée sur l’humain, cite-t-il en exemple à InfoMigrants. Son objectif est de garantir au plus grand nombre l’obtention d’un titre de séjour, ainsi que l’accès à la santé et à l’éducation. Cela traduit d’une volonté politique que l’on ne retrouve pas forcément partout".

Traditionnellement pays de transit pour les migrants subsahariens qui désirent se rendre en Europe, le Maroc - qui avec l'intégration des migrants et des réfugiés soigne aussi ses relations avec l'Union européenne et le continent africain - s’est mué depuis quelques années en pays d’accueil.

En cause, notamment : le durcissement des politiques européennes concernant l’accueil des exilés. Nombre d'entre eux se retrouvent donc à rester plus longtemps que prévu au Maroc. Quitte à s’y installer définitivement. D’après une enquête du Haut-Commissariat au Plan (HCP) réalisée au cours du premier trimestre 2021, 53,7% des migrants déclarent vouloir finalement rester dans le royaume.

Des mesures inclusives pour les migrants

Pour les familles, l’intégration des enfants par l’Éducation nationale des "élèves étrangers issus des pays du Sahel et subsahariens dans le système scolaire marocain", décidée en 2013 via une circulaire le ministère de l’Éducation nationale, fait partie des raisons qui confortent le choix d'une installation définitive.

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Par ailleurs, le royaume a lancé deux vastes campagnes de régularisation des sans-papiers, décidées dans le cadre de l’adoption de la Stratégie nationale d’immigration et d’asile en 2013. En 2014, près de 23 000 migrants, la plupart d’origine subsaharienne, ont été régularisés. Trois ans plus tard, près de la moitié des 28 400 dossiers de régularisation de sans-papiers déposés – représentant 113 nationalités – ont été acceptés en premiers recours, selon le Conseil national des droits de l'homme (CNDH).

"Ces opérations de régularisation ont permis aux sans-papiers d’accéder à divers droits, ce qui a, en même temps, réduit l’impact des réseaux de traite et de trafic de migrants, reconnaît Ali Zoubeidi, chercheur spécialiste des migrations. Les migrants et les réfugiés ont enfin pu bénéficier d’un cadre institutionnel et législatif".

Des difficultés de renouvellement

Mais franchir l'étape de la régularisation ne signe pas pour autant la fin des tracas administratifs pour les exilés. D'après Camille Denis, directrice du Groupe antiraciste d'accompagnement et de défense des étrangers et des migrants (GADEM), "ces régularisations n’ont réglé qu'une partie du problème". "Lorsqu’est venu le moment du renouvellement, beaucoup d’exilés ont eu des difficultés, déplore-t-elle. Car le renouvellement automatique annoncé dans le cadre des régularisations dépendait en fait beaucoup du lieu de résidence officiel. Sauf qu’il est très difficile pour les régularisés d’obtenir un logement. La plupart travaillant de manière informelle, ils ne peuvent pas officiellement déclarer de revenus. C’est un cercle vicieux infernal qui laissent les migrants dans une sorte de statut quo, dont il est très difficile de sortir".

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Serge Aimé Guemou, président du Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMSM), confirme : l’accès à l’emploi "reste encore très compliqué pour les migrants au Maroc". "Les opérations de régularisation, c’est bien, mais dans le fond, cela ne change pas grand-chose. Trouver un travail en dehors de l’informel, ici, relève du parcours du combattant", affirme-t-il.

Pour les migrants, accéder à l'emploi reste un sacerdoce, quelque soit le secteur. L’enquête du HCP révèle en effet que seuls 48% exercent une activité professionnelle, et plus de 27% sont au chômage. Les réfugiés, quant à eux, ont été parmi les populations les plus touchées par les restrictions liées au Covid-19. "Neuf réfugiés sur dix qui avaient un emploi avant la pandémie l’ont perdu", révèle François Reybet-Degas.

Des actes de racisme dans de nombreux secteurs

Les difficultés d’accès à la santé et le racisme sont d’autres obstacles auxquels font face, quotidiennement, les migrants installés au Maroc. "Dans un pays où les principes démocratiques ne sont pas encore acquis et où le développement économique reste fragile, l’accueil est caractérisé par une ambivalence certaine : les Marocains manifestent à la fois du rejet et de la compassion à l’égard des migrants, notamment des Subsahariens", écrit Houria Alami M’Chichi dans son livre "Un autre regard sur les migrations - Expériences du Maroc". "La comparaison des perceptions des Subsahariens et des Espagnols à Tanger permet de confirmer les représentations qui valorisent les Occidentaux et au contraire, disqualifient les migrants du Sud", ajoute-t-elle.

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En 2019, Tendayi Achiume, la Rapporteure spéciale de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance a interpellé le gouvernement marocain à réagir. "Certains migrants et réfugiés, notamment ceux d’origine noire, subsaharienne, ont rapporté des incidents de racisme et de stéréotypage xénophobe lors de l’accès aux soins, au logement, à l’éducation, à l’emploi et dans d’autres secteurs", avait-elle dénoncé. La Rapporteure spéciale s'était également inquiété d'informations concernant "des déplacements forcés, des évictions, et des profilages raciaux".

Pour les sans-papiers et les réfugiés installés au Maroc, "même si la loi et les politiques nationales [leur] garantissent un échantillon de droits [...] leurs violations persistantes et la discrimination restent un obstacle clé à l’intégration".

 

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